Victime d'attouchements dans le métro bruxellois, elle filme son agresseur: "Je me suis sentie hyper seule"

Dans le métro bruxellois, un homme se plonge la tête dans son manteau et une voix commente: "Ce monsieur est en train de me toucher". Publiée sur Facebook (voir ci-dessous), cette vidéo a atteint 100 000 vues en quelques heures. Victime d'attouchements sexuels dans une rame de métro de la ligne 6, Isabel Morales a filmé la scène via son téléphone. 

J'ai senti quelque chose de bizarre sur mon entrejambe

Contactée par la RTBF, la jeune femme de 31 ans raconte: "Il était 16h30 de l'après-midi et soudainement j'ai senti quelque chose de bizarre sur mon entrejambe et je me suis rendue compte que l'homme assis à côté de moi avait mis sa main sur mon vagin".

"J'ai eu une demi seconde d'incompréhension", continue-t-elle, "et puis j'ai réalisé. Je lui ai mis un coup de coude et le monsieur s'est levé et il est parti dans le fond de la rame. J'ai été le voir et je l'ai confronté à la situation. Je l'ai retenu pendant six arrêts et la vidéo que j'ai postée sur Facebook, c'est la dernière demi-minute de la confrontation"

"Je ne sais pas pourquoi je me suis dit que j'allais filmer", ajoute Isabel Morales, "Il fallait que j'aie son visage. Je n'ai pas réussi parce qu'il s'est caché, mais je voulais absolument avoir une preuve - même pour moi - de ce qui venait de m'arriver parce que je trouvais ça absurde, hallucinant." 

Un silence autour de moi

Elle déplore le manque de réaction des personnes autour d'elle dans la rame de métro. "Le métro était assez rempli, vu qu'il était 16h mais je me suis sentie hyper seule", explique-t-elle. "J'avais l'impression de crier et d'avoir un silence autour de moi. Il y avait des regards un peu abasourdis, mais pas hyper choqués. Je n'ai pas vu un regard de soutien, j'ai presque eu l'impression qu'on était au spectacle (...) et je pense aux gamines de 13-14 ans qui n'osent pas se défendre". 

Isabel Morales s'est rendue au commissariat pour porter plainte. "Ils ont été très gentils mais j'en suis sortie un peu dépitée", confie-t-elle. "On m'a dit que mon cas allait être compliqué car il n'y a pas de violence, parce qu'ils considèrent une agression uniquement quand il y a des coups. Mettre sa main sur mon vagin est un attentat à la pudeur."

Une loi difficile à appliquer

"On sait que c'est difficile de faire aboutir des plaintes concernant des situations de ce type," explique Hafida Bachir, secrétaire politique de l'asbl Vie féminine. "La loi qui pourrait être activée dans le cas là - celle de 2014 sur le sexisme - est mal connue et difficile à appliquer parce que la victime doit apporter elle-même la preuve de cette agression".


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Ensuite, ajoute Hafida Bachir, "l'appréciation sur la gravité du fait est laissée au juge donc ce n'est même pas parce qu'on arrive à apporter la preuve qu'on voit aboutir ce type de procédure. Mais on invite quand même les victimes à porter plainte en vertu de cette loi qui a le mérite d'exister, même si elle est insuffisante."

Trouver les bonnes images

D'autant qu'il s'agit encore de retrouver l'agresseur. Mais dans ces cas-là, il est difficile pour la police de trouver les bonnes les images. Toutefois, grâce à la vidéo publiée sur les réseaux sociaux la STIB a pu anticiper. "Les réseaux sociaux nous ont permis d'aller très vite," explique Françoise Ledune, porte-parole. "C'est une vidéo qui contenait beaucoup d'informations assez précises qui nous permettait d’identifier la rame dans laquelle l'incident s'était passé. Ca nous a permis de mettre les images de côté, on a anticipé pour être bien sûr que les images soient de côté et pas effacées." 

Cette vidéo aura eu le mérite d’attirer l’attention sur ces agressions très fréquentes dans les transports en commun. Selon les chiffres de l'asbl Touche pas à ma pote, 98% des femmes belges ont déjà été victimes de harcèlement de rue.

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