Verviers : le socialiste Ben Achour tacle Muriel Targnion, un "schéma Istasse" est sur la table

Malik Ben Achour, Muriel Targnion, Jean-François Istasse
Malik Ben Achour, Muriel Targnion, Jean-François Istasse - © RTBF et Belga

Malik Ben Achour, député socialiste verviétois et ancien échevin a été plusieurs fois présenté comme le "grand marionettiste" qui tirerait le ficelles de la crise. Il s'en défend. Il pense que la socialiste dissidente Muriel Targnion n'a plus sa place à la tête de la Ville de Verviers. Il confirme que si elle s'en va, ce ne sera pas forcément Hasan Aydin qui prendra le mayorat, mais "le schéma qui suscitera le plus d'adhésion". Le poste de bourgmestre pourrait revenir à l'ancien échevin des finances Jean-François Istasse, "c'est un des schémas qui se trouvent sur la table" nous a expliqué Malik Ben Achour dans cette longue interview.

Malik Ben Achour, où en est le jeu politique verviétois ? Vous considérez que Muriel Targnion a perdu la partie ?

Quiconque a encore un peu de lucidité doit prendre acte de la mort du projet Targnion. Elle n'a plus de majorité. Ni dans le groupe PS, ni même au conseil communal. Vendredi, Jean-François Istasse et Didier Nyssen ont envoyé un mail à la directrice générale de la Ville pour retirer leurs signatures du pacte de majorité. A partir de ce moment-là, c'en était terminé du projet dissident de Muriel Targnion.

Le deuxième acte, ça va être pour les socialistes verviétois de reconstituer une base au sein du groupe qui soit la plus large possible. Remonter à neuf, dix, onze, peut-être plus un, avec Bernard Piron. Sachant qu'en ce qui concerne Muriel Targnion et Alexandre Loffet, ils sont allés tellement loin dans la transgression, ils se sont à ce point assis sur le risque - pourtant clair - de division du parti, que ça me paraît difficile pour eux de faire marche arrière.

Troisième acte, quand on saura combien on est, il faudra commencer à discuter avec des partenaires potentiels. Le but du jeu, c'est quand même de reconstituer le plus rapidement possible une majorité, un collège qui va gérer la Ville. 

Avec la même coalition que maintenant ? 

En fait, tout est possible. Le jeu est complètement ouvert. Moi, je me rallierai au projet le plus consensuel en interne au PS et à la majorité qui sera la plus efficace possible. Parce que le bilan qu'on peut faire des dix-huit premiers mois du collège Muriel Targnion, c'est quand même un bilan calamiteux. 

On est dans une forme de fiasco : l'affaire Francken, son burn-out, l'affaire Luminus, son embourbement dans l'affaire Enodia, ça fait quand même beaucoup. Et puis les conflits au sein du collège avec Hasan Aydin et cette motion de méfiance qui tourne en eau de boudin, c'est beaucoup de gâchis pour la Ville, sa gestion et ses citoyens. 

Il est temps maintenant de remettre en place une majorité efficace qui, je le souhaite, reposera sur une base progressiste la plus forte possible. Et, préalablement à l'ouverture de ces discussions - on n'en est pas encore à ce stade -  il faudra que ceux qui se sont engagés très loin dans le projet de Muriel Targnion, quelles que soient leurs raisons, il faudra que ceux-là puissent se refaire une forme de virginité et aient fait une série de pas en arrière, qu'ils se soient éloignés de ce projet funeste qui ne menait à rien.

Et donc quand cette troisième phase de la gestion de crise sera arrivée, on parlera avec tout le monde de la manière la plus ouverte possible, dans l'intérêt des verviétois. Et je rappelle aussi un élément essentiel, c'est qu'il y a une tutelle du PS qui aura un rôle très important à jouer pour construire le nouveau PS à Verviers et envisager les majorités dont les verviétois ont besoin.

Muriel Targnion dit vouloir finalement conserver l'actuel collège. Ce plan de repli a une chance de fonctionner ?

Je ne sais pas comment qualifier ce dernier mouvement de désespoir, mais il y a là la démonstration que tout ce qui intéresse Muriel Targnion, c'est de garder son poste. Depuis le début de la crise, tout ce qui l'intéresse, c'est ça puisqu'elle est prête à renier tout ce qu'elle a dit, tout ce qu'elle a fait depuis le 28 juin pour rester en place. Je trouve que c'est un peu gros. Et ça ne va pas marcher. 

Après tout ce qui s'est passé, c'est impossible de revenir au statu quo antérieur. Ce statu quo antérieur, je le défendais, moi, au départ. J'ai supplié Muriel Targnion le 28 juin au soir de ne pas s'engager dans cette voie-là qui allait être destructrice pour le PS. Elle a trouvé mille et une raisons pour, comme d'habitude, ne pas entendre ce que je lui disais. Et maintenant qu'elle est dans une impasse, complètement coincée et à mon avis de plus en plus isolée, il faudrait revenir à cette situation-là ? Ca n'a aucun sens.

Ca veut dire qu'il y aura une motion de méfiance contre Muriel Targnion ? 

En termes de méthodologie, tout ça se travaille. Je ne peux pas encore expliquer le chemin que ça prendra. Mais c'est clair que Muriel Targnion s'est mise elle-même hors-jeu, par son obstination, par son jusqu'au-boutisme, par son radicalisme. 

Quelqu'un d'autre sera bourgmestre à sa place ?

Il faut un bourgmestre dans une ville. Sera-t-il socialiste ? Ca dépend des coalitions qui se formeront. Ca dépend de l'importance du groupe socialiste au conseil communal et dans les coalitions possibles, mais le PS, numériquement, reste une force, à treize incontournable, à dix ou onze quasi-incontournable. 

Le candidat naturel, c'est bien Hasan Aydin ?

Le candidat naturel, c'est Hasan Aydin et je me rallierai au projet, au schéma qui suscite le consensus le plus large possible. Il faudra donc analyser, sur base des informations que nous transmettront les tuteurs [envoyés par la tête du PS] quel est le schéma qui crée l'adhésion la plus large au sein de la famille socialiste. 

Ce n'est pas forcément le schéma Hasan Aydin, comme ce n'est pas forcément le schéma Ben Achour, comme ce n'est pas forcément le schéma  X ou Y.

Le nom de Jean-François Istasse est cité pour le poste de bourgmestre ?

C'est une possibilité comme toutes les autres. Le schéma Jean-François Istasse offre un avantage : il permet de rassembler largement, sur la base de son expérience très ancienne, sur base du fait qu'il n'a plus d'ambition au-delà de 2024 et qu'il a cette figure de sage rassembleur. En effet, c'est une formule qui a l'intérêt de permettre cette transition vers la construction d'un nouveau PS à Verviers orienté sur les élections de 2024 et en même temps de pouvoir gérer la ville de manière efficace.  

C'est un schéma que vous, Malik Ben Achour, vous défendez ?

A ce stade-ci, je soutiendrai le schéma qui recueillera le plus d'adhésion au sein de la famille socialiste. Quand la famille socialiste sera rassemblée, elle devra se parler et c'est là qu'on verra l'ampleur des convergences. 

Hasan Aydin va-t-il devoir de nouveau renoncer au mayorat ?

Je ne l'interpréterais pas comme ça. Pour renoncer à quelque chose, il faut que ce quelque chose existe. On verra si démonstration est faite qu'un plan "Hasan Aydin bourgmestre" suscite l'adhésion, l'adhésion large. Donc notamment de ceux qui avaient goûté à l'aventure Targnion [la motion de méfiance contre Hasan Aydin]. On verra si le schéma Hasan Aydin permet de susciter l'adhésion de ceux-là.

Si c'est le cas, moi je m'y rallie. Si on me dit que c'est avec moi, je prendrai mes responsabilités. Si on me dit que c'est avec Istasse, alors ce sera avec Istasse. Pour moi, ce qui compte, c'est l'unité du PS. 

J'ai beaucoup de respect pour Hasan. Je considère que je me suis beaucoup mouillé pour lui. Je l'ai énormément défendu. j'ai passé des dizaines d'heures à essayer de protéger sa position parce que je considérais que la méthode qu'on employait n'était pas la bonne et était injuste. J'ai beaucoup de respect et d'amitié, après, chacun fait ses choix.

Moi, je me suis toujours opposé à une exclusion d'Hasan Aydin, mais ça ne prive pas Hasan Aydin de sa liberté, de son libre arbitre, de sa conscience. Hasan Aydin fera ses choix en conscience et en responsabilité. 

Etes-vous le grand marionettiste derrière toute cette crise ?

Ca n'a aucun sens. On n'est pas dans un film d'espionnage. Je me suis plusieurs fois proposé pour essayer de trouver des solutions de médiation entre les protagonistes. Par contre, que je me sois impliqué, depuis le 29 juin pour contrecarrer une entreprise qui allait détruire le parti socialiste à Verviers, bien sûr que c'est vrai et je l'assume. Muriel Targnion et Alexandre Loffet allaient faire un hold-up sur les voix socialistes en fichant le camp avec plus de la moitié des sièges du parti au conseil communal. J'ai effectivement consacré beaucoup d'énergie à empêcher ce plan destructeur d'aboutir. 

Quels éléments ont fait basculer Jean-François Istasse et Didier Nyssen ?

Ce sont les deux mandataires les plus expérimentés de l'ex-groupe Targnion. 85 ans de militantisme socialiste à eux deux. Ils ont fini par comprendre qu'ils ne pouvaient pas gâcher ça dans une aventure sans queue ni tête et qui allait conduire à leur exclusion du parti. Je salue le sens du parti dont ils ont fait preuve.

Ce ne sont pas des menaces qui les ont fait basculer. Ce n'est absolument pas mon genre. Je respecte la liberté de tout le monde. Je respecte aussi l'intelligence et la rationalité des gens. Et donc je m'adresse à leur raison pour leur expliquer ce qui à mes yeux est bon pour le parti et ce qui est bon pour les individus qui le composent. Nous avons eu des dialogues où je leur ai dit : "est-ce-que rationellement, tu fais le bon choix ?" C'est un travail de conviction.

Pour Jean-François Istasse, revenir "à la maison" avec la possibilité de devenir bourgmestre, ça ressemble à un choix rationnel. C'est une promesse qui lui a été faite ?

Moi, ce que j'ai dit à Jean-François, c'est que je me rallierai au schéma qui suscitera le plus d'adhésion en interne. Il n'y a pas de promesse.

Ca lui a été proposé ?

Ca fait partie des schémas qui sont sur la table. Mais ces schémas devront faire l'objet de débats avec les autres élus. On se comptera et je me rallierai à celui qui emportera le plus grand consensus.

Il y a un schéma Ben Achour ?

Il y a eu un schéma Ben Achour, comme il y a y schéma Aydin. J'ai eu des contacts avec Paul Magnette qui m'a dit qu'en effet c'était à envisager. Parce qu'à ce moment-là de la crise - ce n'est plus maintenant - ça paraissait porteur d'avenir. Moi, je suis très bien au Parlement, je n'ai pas envie de le quitter, mais j'ai dit au président : "je suis un homme de parti, si le parti pense que c'est la meilleure solution pour lui, je prendrai mes responsabilités". 

Mais est-ce que ce schéma-là susciterait une adhésion large des socialistes ? Je n'ai pas de signaux convergents dans ce sens-là. Je ne pense pas que ce soit le bon moment pour mes camarades. 

Ni pour vous ?

Pour moi, ça peut être le bon moment. Si le parti et les élus verviétois me disent "il faut que ce soit toi", je quitte le Parlement, peut-être la mort dans l'âme et je viens avec beaucoup de fierté à Verviers, mais ce n'est pas le schéma qui paraît le mieux placé pour le moment. 

Muriel Targnion exclue du PS, direct dans notre journal de 13h du 30 juillet

Newsletter info

Recevez chaque matin l’essentiel de l'actualité.

OK