Vente record du "Lotus bleu": un dessin réapparu lorsque Tchang est venu à Tournai

C’est un dessin offert par Hergé à un petit garçon en 1936. C’est alors un projet de couverture pour le Lotus Bleu, une version impossible à imprimer telle quelle, car elle comporte trop de détails. Et ce garçon, Jean-Paul Casterman, fils de l’éditeur d’Hergé, le plie en six, le range dans une enveloppe et le garde précieusement. Une génération et 85 ans plus tard, ses enfants ont décidé de s’en défaire. Un collectionneur l’a acquis aux enchères pour 3,2 millions d’euros, frais compris, ce jeudi.

Cette histoire, la société Moulinsart l’a mise en doute, mais Hergé lui-même l’aurait tacitement validée au début des années 1980. C’est en tout cas l’avis du Tournaisien Étienne Pollet, 75 ans, membre de la famille Casterman par sa mère : "Évidemment, dès que des sommes aussi considérables sont en jeu, tout le monde s’excite un petit peu. D’un côté, les vendeurs, mes cousins, ont toujours connu ce document dans leur maison. Ils ont avec eux la salle de vente et ses juristes. De l’autre, il y a Nick Rodwell, le mari de la veuve d’Hergé, qui conteste, mais sans apporter aucune preuve."

"Tchang avait contribué au Lotus bleu"

Pour Étienne Pollet, ancien cadre de la société Casterman, "les événements de 1981" plaident en la faveur de ses cousins. "Ce dessin, mon oncle Jean-Paul l’a ressorti cette année-là à l’occasion d’une visite de Tchang à Tournai. Tchang, ami d'Hergé, avait contribué au Lotus bleu. Il a paru intéressant d’utiliser ce document lors de l’inauguration d’une rotative, où il était présent". Hergé, souffrant, n’a pas pu participer à cette festivité, mais il a accepté de dédicacer une cinquantaine de copies du fameux projet de couverture plié en six : des lithographies imprimées pour la circonstance. "J’ai moi-même un exemplaire signé par Hergé et Tchang : ce qui est certain, c’est qu’Hergé n’a alors jamais remis en cause l’histoire qu’on avait racontée, à l’envi, du petit Jean-Paul recevant ce cadeau".

Ce jeudi, Étienne Pollet a suivi le déroulement de la vente en direct, via internet. Même si c’était annoncé, il s’étonne que l’œuvre soit partie à un tel prix : "Je suis depuis très longtemps le monde de la collection de Tintin. J’ai connu la montée en puissance de tous les originaux. Tous les cinq ans, quand les prix augmentaient, on se disait, attention, ça va peut-être s’arrêter un jour. Mais on atteint des niveaux qui montrent bien qu’on n’est plus dans le domaine de la collection des amoureux de Tintin qui l’ont lu dans leur jeunesse, mais dans le marché de l’art."

Cet original, une exception chez Casterman

Lui-même collectionneur d’albums de Tintin  avec une prédilection pour le Secret de la licorne et ses traductions , Étienne Pollet a-t-il gardé dans son grenier un original capable d’affoler un jour les enchères ? "D’un point de vue familial, le document du petit Jean-Paul est exceptionnel. C’est justement parce qu’il l’a reçu à titre privé qu’il l’a gardé. Les autres originaux, quand ils arrivaient à l’imprimerie ou à l’édition pour être traités, ils étaient renvoyés chez Hergé. Donc, contrairement à ce qu’on pourrait imaginer, il n’y a pratiquement pas eu d’originaux chez Casterman."

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