Une petite société bruxelloise aide les médecins à mieux soigner les pathologies du cerveau

C'est une toute petite entreprise bruxelloise de deux personnes qui a déjà aidé à soigner plus de 2000 patients dans le monde. Des patients atteints de maladies neurologiques. Imagilys, c'est son nom, a développé un logiciel d'imagerie du cerveau. Il aide les radiologues à préciser leurs analyses. Et in fine aux chirurgiens à éviter les zones critiques quand ils opèrent une tumeur ou une malformation.

Un long tunnel blanc et lumineux. Des bruits de marteaux piqueurs pendant de longues minutes. L'IRM est bien souvent un passage obligé pour tous les patients atteints de troubles neurologiques. Les images acquises par résonance magnétique permettent d'établir un premier diagnostic mais elles doivent parfois être affinées à l'aide d'un logiciel informatique.

Cartographier le cerveau

Depuis 2005, Laurent Hermoye et Wojciech Gradkowsky développent leur système qui combine les techniques les plus avancées de neuro-imageries. " Au-delà de l’image de l’IRM de base, notre logiciel ajoute la possibilité de voir des choses plus compliquées comme par exemple les zones du langage ou les zones motrices " détaille Laurent Hermoye, CEO d’Imagilys. Elles apparaissent clairement avec des codes couleurs sur l’image qu’on propose. Pour parvenir à ce résultat, il ne faut pas une image mais environ 3000 images. Donc ça veut dire que ces 3000 images qui sont acquises par la machine IRM, non seulement le radiologue n’a pas le temps de les regarder. Mais même s’il les regardait, il ne trouverait pas. Pour y arriver, il faut une analyse de traitement d’image et une analyse statistique. Et c’est précisément ce que fait notre logiciel. "

Pour simplifier, ce logiciel est un peu le Photoshop du neuroradiologue pour traiter des images a posteriori de manière assez facile. " Ce sont des méthodes qui ont été développées un peu partout dans le monde, mais souvent par des chercheurs, pour des chercheurs. Or en pratique clinique, qu’est-ce que va attendre un médecin ? Il n’a pas beaucoup le temps. Il voit défiler des cas toute la journée. Il faut que ça aille vite. Un médecin n’est pas un informaticien ".

Ce logiciel permet en fait aux neuroradiologues d'établir une cartographie très précise du cerveau en vue d'une opération. L'hôpital Erasme à Bruxelles l'utilise depuis deux ans. " Avant, on utilisait le logiciel fournit par les constructeurs des machines IRM. Mais ce n’était pas satisfaisant car très compliqué à utiliser et surtout pas assez précis et pas suffisamment fiable explique Niloufar Sadeghi, cheffe du service de radiologie. " Avant, on ne pouvait pas bien localiser toutes les zones fonctionnelles, langage, vision, motricité etc. Et donc on n’enlevait pas le maximum de la lésion que ce soit une tumeur ou une malformation, de peur de toucher une de ces zones et de rendre le patient aveugle ou handicapé moteur. Or, au plus on enlève la lésion, au mieux le patient se porte après. Ce type de logiciel est donc une avancée importante en termes de soin pour le malade 

L’anticipation va réduire la morbidité du geste

En bout de piste, le neurochirurgien qui doit opérer est donc mieux renseigné pour définir le chemin qu’il doit emprunter pour réséquer une tumeur ou une malformation. " Ça permet de déterminer comment sont parfois déplacées certaines structures importantes " précise Michaël Bruneau, neurochirurgien et chef de Clinique à l’hôpital Erasme. " On connaît l’anatomie normale mais lorsqu’il y a une tumeur ou tout processus qui occupe un certain espace, les faisceaux sont déplacés. Et le déplacement de ces structures fait que l’on doit anticiper leurs positions. Et pour ce faire, on utilise ce type de software ".

Et c’est bien utile car dans le cerveau la précision du geste chirurgicale est de l’ordre du millimètre. " Le but de tous ces examens-là, c’est donc de pouvoir anticiper toutes les difficultés que l’on va rencontrer durant l’opération. Et l’anticipation va réduire la morbidité du geste que nous allons effectuer car nous avons anticiper l’ensemble des problèmes ".

Mais les images produites par le logiciel servent aussi pendant l'intervention. Car les contours des zones à impérativement ne pas toucher peuvent être intégrées au système de neuronavigation, le " GPS " de la neurochirurgie. Pendant l’opération, le chirurgien peut ainsi voir dans son microscope, en réalité augmentée, à la fois les contours de la lésion mais aussi les projections des faisceaux ou des zones fonctionnelles qu’il doit à tout prix éviter.

Aujourd'hui, plus de 2000 patients ont bénéficié de cette technologie dans une cinquantaine d'hôpitaux à travers le monde.

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