Une famille avec un bébé bientôt à la rue à Anderlecht

Gennifer et son Grand-père dans la maison qu'ils occupent à Anderlecht
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Gennifer et son Grand-père dans la maison qu'ils occupent à Anderlecht - © rtbf

Sur le seuil de sa porte, Florica (19 ans) passe un coup de torchon, à l'aide du peu d'eau qu'elle a économisé dans un seau. La jeune mère avait été prévenue de notre arrivée, et s'interrompt dans sa tâche pour nous saluer chaleureusement et nous faire monter dans l'une des deux pièces de vie. Une petite chambre, où sont posés deux matelas pour elle et sa soeur Roxana (14 ans), ainsi qu'un lit parapluie pour son bébé, la petite Gennifer, âgée de 4 mois. Florica, qui s'exprime difficilement en français, nous fait comprendre que son père va nous rejoindre d'un moment à l'autre.

Dix jours dans un parc

La famille hispano-roumaine Tanasie-Cadreanu s'est installée il y a plusieurs semaines dans cette petite maison sociale inoccupée de l'avenue des Droits de l'homme. Des voisins les y ont fait venir, alors qu'ils (sur)vivaient depuis 10 jours dans le parc voisin, après avoir été mis à la porte d'un appartement de Molenbeek, faute de loyer en règle.

Verdisan, le père, arrive et nous salue à son tour chaleureusement. Il nous invite à visiter la deuxième pièce que la famille a aménagée: c'est là qu'il dort; une pièce humide où le plafonnage menace de s'effondrer.

Verdisan boîte, il est blessé au dos. Il y a plusieurs mois, il a été victime d'un accident de travail, sur un chantier. Un escalier métallique de 300 kg s'est détaché, alors qu'il se trouvait en dessous. Or, pour ce travail mal rémunéré, Verdisan avait accepté de prendre un statut d'indépendant, déresponsabilisant de facto l'entreprise pour laquelle il réalisait les travaux.

Comme Verdisan ne bénéficie d'aucune couverture sociale, plus aucun revenu ne rentre aujourd'hui dans cette famille. Ni salaire, ni allocation sociale -"le CPAS dit qu'on n'y a pas droit", explique le père. Rien.

La famille vit dans le froid, de dons alimentaires et de vêtements et de matériel apportés par des associations ou voisins généreux. "Là, on n'a plus mangé depuis 3 ou 4 jours, poursuit Verdisan. Et ma fille Florica nourrit son bébé au sein. Au départ, il y avait de l'eau et de l'électricité. Maintenant, même plus. On se débrouille avec ça", dit-il en désignant un petit barbecue au charbon.

Soixante jours pour quitter les lieux

Mais même ce confort sommaire ne durera pas. Parce que la famille Tanasie-Cadreanu va devoir quitter les lieux. Elle en a été informée.

La maison squattée appartient au Foyer Anderlechtois, une société de logements sociaux, propriétaire de plus de 3600 logements sur le territoire de la commune d'Anderlecht.

"C'est trop dangereux, le logement est insalubre, explique Mr Gabele, vice-président, notre responsabilité est engagée en cas de pépin. Au début du mois de novembre, un arrêté d'inoccupation a même été pris par le Bourgmestre d'Anderlecht, et la famille a 60 jours pour trouver une solution de relogement."

Pratiquement, la famille a jusqu'au 9 janvier pour se retourner. Mais elle semble si impuissante: sans revenu ni travail. "La procédure sociale est lancée, explique-t-on au Foyer Anderlechtois. Des assistants sociaux vont voir ce qui est faisable, parce que vous comprenez bien qu'on ne veut pas mettre pas à la rue une famille avec un bébé. Mais vous devez aussi comprendre qu'on évite de faire la publicité de ce genre de cas. On ne voudrait pas que le squat devienne une porte d'entrée".

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