Une étude démontre l'importante exposition aux pesticides de populations rurales en Wallonie

En Wallonie, des centaines de milliers de personnes habitent en zone agricole. Leur jardin n'est parfois séparé des champs que par une simple clôture, un mur ou une haie. L'étude Propulpp, coordonnée par l'Institut scientifique de service public (ISSEP), a mesuré l'exposition de ces populations rurales aux pesticides dans les heures et les jours qui suivent les pulvérisations.

Les chercheurs ont installé des capteurs de produits chimiques dans des cours d'école ou dans des jardins... une vingtaine de sites différents en Wallonie. Et ils ont enregistré systématiquement, dans l'air et sur le sol, les quantités de produits phytopharmaceutiques, à commencer par ceux pulvérisées par l'agriculteur propriétaire du champs voisin.

"Des pics de pollution inquiétants"

Les chercheurs constatent que l'essentiel de la pollution se produit durant les deux heures qui suivent la pulvérisation mais certains produits continuent à se déposer ou à flotter dans les jardins ou les cours de récréation parfois 12 heures ou même 24 heures plus tard. En d'autres termes, il ne suffit pas de fermer les fenêtres ou de faire rentrer les enfants pendant la durée de la pulvérisation pour les protéger complètement. Deuxième enseignement : certes, la pollution diminue à mesure que l'on s'éloigne du champ, mais elle est toujours bien présente à 50 mètres de distance.

"Ce qui est inquiétant, estime le professeur Bruno Schiffers (un des auteurs de l'étude, professeur émérite à l'Université de Gembloux-ULg), ce sont les pics de pollution. A certains moments, nous avons mesuré des concentrations de plusieurs centaines de nanogrammes par m³ d'air, parfois encore 24 ou 48 heures après la pulvérisation. Je pense que l'exposition des populations concernées a été sous-estimée."

Des risques pour la santé ?

L'Institut scientifique de service public estime que vu les niveaux de pollution enregistrés, dans un rayon de 10 mètres autour du champ, "les risques pour la santé ne peuvent être exclus". L'ISSEP recommande donc d'éviter de pulvériser certains pesticides à une distance inférieure à 10 mètres des lieux habités.

Depuis cette année, les agriculteurs doivent déjà respecter une distance de sécurité, de 50 mètres, par rapport aux écoles et aux crèches. Ils doivent aussi s'abstenir de pulvériser durant les périodes de fréquentation des écoles. "Cette nouvelle norme est très importante pour nous, réagit Paul Vandeleene, le directeur de l'école Saint-Joseph aux champs (Grez-Doiceau), un des sites étudiés dans l'étude Propulpp. Nous avons une très bonne relation avec les agriculteurs du coin. Mais le conseil d'administration de l'école a décidé de déposer plainte à la police dans le cas où nous constaterions une infraction."

Par contre, il n'existe encore aucune norme pour protéger les habitations et les jardins privés.

Enfin, aux rayons des bonnes nouvelles, l'étude confirme l'efficacité relative des équipements qui servent à rabattre les pesticides vers le sol lors de la pulvérisation. Les buses anti-dérives permettent de diminuer la pollution par deux. Leur usage est obligatoire en Wallonie depuis cette année. Du côté des agriculteurs, la Fédération wallonne de l'agriculture tend a relativiser les résultats d'une étude uniquement basée sur les résultats d'une année. Le ministre wallon Carlo Di Antonio envisagera de renforcer les mesures notamment en ce qui concerne les normes de vent.

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