Une école au milieu des champs et... des pesticides

L'école Saint-Martin de Cortil-Wodon (Fernelmont), en pleine campagne, et au milieu des champs agricoles
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L'école Saint-Martin de Cortil-Wodon (Fernelmont), en pleine campagne, et au milieu des champs agricoles - © RTBF

A l'école Saint-Martin de Cortil-Wodon (Fernelmont), la cour de récréation et le champ voisin sont séparés par une simple clôture. Les enfants l'enjambent régulièrement pour aller rechercher leur ballon. Cette année, le fermier du coin a semé du froment. Il passera bientôt avec son tracteur et ses buses de pulvérisation pour arroser les jeunes pousses de pesticides.

La saison des pulvérisations (mars-avril-mai) n'empêche pas la directrice de l'école Michelle Libens de dormir. "Cela fait trente ans que je travaille ici; la cohabitation avec les fermiers est très bonne. Je ne me souviens pas que des pulvérisations aient eu lieu pendant que les enfants étaient à l'école, encore moins pendant les heures de récréation."

Selon Jean Nandrain, qui exploite le champ voisin, "pulvériser quand le vent souffle, en direction de l'école ou non, c'est absurde. C'est du bon sens, d'autant que les produits phytos coûtent cher. En général, on pulvérise le soir, quand le vent est tombé."

Son fils Martin (22 ans), qui s'apprête à reprendre la ferme familiale, ajoute : "Les buses de pulvérisation sont beaucoup plus précises qu'auparavant; elles sont équipées de jets qui évitent la dérive des produits dans l'environnement. Et ces équipements doivent passer au contrôle technique tous les trois ans."

Mieux protéger les écoles et les crèches

Cela dit, tous les agriculteurs ne sont pas nécessairement scrupuleux, d'autant plus quand l'exploitation des champs est confiée à de grandes entreprises agricoles qui entretiennent peu de liens avec les habitants d'un village.

Juridiquement, les agriculteurs sont obligés de respecter une zone tampon de plusieurs mètres entre les zones pulvérisées et un cours d'eau ou un filet d'eau d'égouttage. Mais par contre rien n'interdit de frôler un jardin ou une cour d'école.

"Nous enregistrons des plaintes chaque année, constate Bruno Schiffers, directeur du laboratoire de Phyto-pharmacie de Gembloux Agro Bio Tech (université de Liège). Souvent, c'est parce que la haie d'un jardin a été pulvérisée ou qu'une couche de produit phyto se retrouve sur les fenêtres des habitations. Il serait prudent de prévoir des zones tampons entre les champs agricoles et des zones sensibles comme des écoles ou de crèches. Un décret wallon a été adopté en ce sens en 2013, mais en pratique il est inapplicable."

Une épidémie de cancers ?

Récemment, une habitante de Fernelmont, atteinte d'un cancer, a publié une lettre ouverte dans sa commune pour mettre les pesticides sur le banc des accusés. Ils seraient responsables d'un nombre anormalement élevé de cancers dans son quartier, le même que celui de l'école Saint-Martin. La commune a sollicité la Région wallonne, qui a lancé une enquête à Fernelmont, avec l'aide notamment des médecins de la zone.

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