Une chômeuse bénévole récolte des tonnes de déchets par an sur les routes et dans les rivières

Depuis quelques années, Ann-Laure Furnelle, une habitante de Grez-Doiceau, en Brabant wallon, se bat gratuitement pour l'environnement et les générations futures. Convaincue de l'urgence à lutter contre la pollution, cette quadragénaire au chômage s'est fixée une mission à la fois courageuse et exceptionnelle: consacrer une bonne partie de son temps à assainir les routes et les cours d'eau, principalement en Brabant wallon, sa province d'adoption.

Plastique et pollution

C'est après avoir vu un documentaire sur la pollution due au plastique que la quadragénaire a ressenti le besoin d'agir sur le terrain. "Le plastique et d'autres déchets, comme les canettes et les bouteilles, polluent la planète. Chacun a sa part de responsabilité par rapport à la dégradation de l'environnement. Il est urgent d'agir, car c'est l'avenir des nos enfants qui se joue dès aujourd'hui. A l'époque, j'habitais à Huldenberg. Et en voyant les déchets dans ma commune, sur les routes notamment, je me suis dit qu'il fallait ramasser, recycler et essayer de conscientiser les gens. Tout a commencé en 2012. Et j'ai donc commencé à ramasser les crasses des autres!"

Des heures de bénévolat

Après avoir collecté des canettes, sacs ménagers, mégots et autres bouteilles le long des routes du Brabant flamand, puis du Brabant wallon, Ann-Laure s'est attaquée aux cours d'eau. "J'ai été impressionnée de voir à quel point nos rivières sont encore bien plus polluées que nos voiries. Nos cours d'eau sont devenus de véritables poubelles. On y trouve de tout. Des canettes et des bouteilles, ici aussi. Mais aussi des balles de tennis, des pièces de voitures, des éléments d'électroménager et de hi-fi, des vieux gsm, des récipients contenant encore un peu d'huile,... Tout comme, de la frigolite (polystyrène)... Un véritable fléau!" 

Des déchets nuisibles

"On fait parfois des découvertes incroyables", explique Marc, le compagnon (de route... et de rivière) d'Ann-Laure. "Nous avons retrouvé des pneus, un frigo, une partie de voiture, par exemple". "Mais le pire, c'est la frigolite", poursuit la courageuse bénévole. "Elle s'envole, elle flotte, elle se décompose. Des millions, voire des milliards de particules contaminent ainsi l'environnement. Même chose pour l'aluminium. Dans l'eau, les canettes en alu finissent par se décomposer. Cette pollution devenue invisible empoisonne la faune et la flore. Puis, la chaîne alimentaire. C'est notre planète qu'on est en train de détruire. Et au final, l'humanité."

21 tonnes récoltées en 2016

21 tonnes! Un poids impressionnant de déchets ramassés l'an dernier par la demandeuse d'emploi. "Et sur ces 21 tonnes, il y avait 10 tonnes de déchets récoltés sur 1600 mètres de la Nethen, un affluent de la Dyle", précise Ann-Laure. "Plusieurs demi-journées par semaine, je repère les sites pollués. Je récolte les déchets que je peux récupérer moi-même. Je trie. Et j'expédie les déchets recyclables vers les filières de recyclage adéquates. Le week-end, Marc m'aide pour les interventions plus délicates. Il n'y a pas que les déchets qui flottent ou qui forment un barrage en surface. Il y a aussi des couches de plastic au fond de l'eau... une véritable lasagne... royalement indigeste!"

Des couches de plastique qui posent aussi problème pour l'écoulement des eaux, avec des conséquences sur la biodiversité et un risque important d'inondations.

Un travail sans offre d'emploi

Il n'y a pas que la lasagne de plastique qui empoisonne la vie de notre bénévole. Il y a aussi la lasagne... institutionnelle. "En Belgique, tout est complexe", explique Ann-Laure. "Ici, par exemple, nous sommes au bord de la Lasne, à Rosières. Je croyais que c'était un champ privé, mais c'est un terrain communal. Un peu plus loin, le cours d'eau passera sur une autre commune. Puis, je ramasserai des déchets sur une route communale, ensuite régionale. Puis, je serai sur un terrain d'Infrabel, par exemple. Ou d'une entreprise locale. C'est compliqué!

Pour les cours d'eau, il y a différents gestionnaires. Mais ils n'effectuent pas les mêmes tâches que moi. En fait, il y a peu d'actions pour les déchets en rivière. Bref, comme moi je travaille un peu partout, personne ne peut me proposer un boulot rémunéré. C'est surréaliste! Il faudrait créer une nouvelle fonction, car il y a du travail. Et pas un peu! Les autorités m'applaudissent. Mais personne ne peut me proposer ce genre de poste. Je suis volontaire, bénévole et je travaille gratuitement pour protéger la planète. Par ailleurs, comme je suis chômeuse, faute d'avoir envoyé suffisamment de CV, j'ai été temporairement privée de mes droits. Je suis restée sans revenus pendant des semaines! Aussi surréaliste!"

Une asbl pour sortir la tête de l'eau

La solution, c'est la création d'une asbl. "J'ai donc créé l'association Aer Aqua Terra dont le but est de lutter contre ce que j'appelle les déchets errants, souligne Ann-Laure. La nature n'est pas une poubelle. Elle n'a pas de prix. Mais si cette asbl me permet d'assainir les rivières en me permettant aussi de pouvoir sortir la tête de l'eau, ce serait bien", ajoute l'habitante désormais installée avec Marc, à Grez-Doiceau.

Faute d'avoir été soutenue par certains élus, Ann-Laure remercie les collaborateurs et autres bénévoles qui l'encouragent et l'aident concrètement dans sa démarche, comme les membres du Contrat de Rivière Dyle-Gette et d'autres associations soucieuses de l'avenir de la planète.

 

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