Mosquée d'Anderlecht: le suspect se dit motivé par la situation en Syrie

Arrivée de Joëlle Milquet à la mosquée.
2 images
Arrivée de Joëlle Milquet à la mosquée. - © BELGA PHOTO CHRISTOPHE LEGASSE

Attentat lundi soir contre une mosquée chiite à Cureghem. Un individu a mis le feu à l'édifice qui a presque entièrement brulé. L'imam est décédé, intoxiqué par la fumée. Le suspect dit avoir agi seul et avoir été motivé par la situation en Syrie.

"Le suspect a expliqué que les images de ce qui se passait pour le moment en Syrie, avaient eu un effet important sur lui", a noté le porte-parole du parquet Jean-Marc Meilleur. "Ce qui l'a incité à faire peur à la communauté chiite, responsable, selon lui, de la situation en Syrie. Il a dit être un musulman sunnite mais qu'il ne s'agissait en aucun cas d'un acte de vengeance. Il n'aurait également pas eu l'intention de tuer quelqu'un, il voulait simplement poser un acte."

L'homme aurait décidé il y a une quinzaine de jours déjà de commettre les faits et aurait agi totalement seul, selon ses dires. La juge d'instruction Marie Dagnely a maintenu l'individu en détention lundi soir et l'a poursuivi pour incendie volontaire ayant entraîné la mort d'une personne, avec pour circonstances aggravantes que le feu a été bouté pour des motifs religieux.

"L'homme n'est néanmoins pas encore poursuivi pour terrorisme, mais cela pourrait être le cas", selon le porte-parole du parquet. "Une concertation à ce sujet doit d'abord être menée avec le parquet fédéral, compétent pour les faits de terrorisme."

L'identité exacte de l'individu n'a pas encore été confirmée. Il a décliné trois identités différentes mais aucune d'entre elles n'a été reconnue par la police ou la justice.

"L'homme prétend être de nationalité marocaine et a probablement une trentaine d'années", poursuit le porte-parole du parquet. "C'est plus ou moins l'âge qu'il a lui-même avoué avoir. Il prétend également être en séjour illégal sur le territoire belge, mais a refusé de dire où il était établi. Son passeport s'y trouverait probablement".

Le suspect a enfin indiqué que son intention était de se rendre lui-même à la police, s'il n'avait pas été interpellé.

Piste salafiste?

La piste syrienne était évoquée dès lundi soir. Selon des témoins (un témoignage à voir en vidéo ci-contre), l'auteur de l'attaque a accusé les chiites d'être responsables des morts en Syrie. Joëlle Milquet, la ministre de l'Intérieur, interrogée par la RTBF semblait le confirmer lundi soir : "Il semble que ce soit quelqu'un issu de mouvements très radicaux. D'après des informations à confirmer, il s'agirait d'islamisme radical, avec toutes les tensions internationales qu'on peut avoir pour le moment".

La vice-présidente de l'Exécutif des musulmans de Belgique, Isabelle Praile, elle-même chiite, a estimé que les témoignages recueillis à la mosquée pointaient du doigt une action des extrémistes salafistes. "Le centre islamique Rida, qui est la plus importante mosquée chiite de Bruxelles, avait déjà dû être placée sous la protection de la police, voici quelques années" à la suite de menaces des salafistes, a dit Isabelle Praile.

L'incendiaire enfermé

Selon la police et le parquet de Bruxelles, les faits se sont produits vers 18h45 quand un homme a bouté le feu à la mosquée "Rida", une des plus importantes de la capitale et centre culturel chiite, située au n°33 de la rue Docteur De Meersman à Anderlecht près de la chaussée de Mons. Cet homme portait un sac à dos qui contenait un bidon d'essence, un couteau et une hache, a expliqué le parte-parole du parquet de Bruxelles Jean-Marc Meilleur. Il a répandu du combustible dans la mosquée et y a bouté le feu.

Un témoin l'a vu et a prévenu les secours. Une dizaine de personnes se trouvaient dans la mosquée au moment des faits. Elles ont enfermé l'incendiaire dans le bâtiment avant de le quitter alors que les pompiers arrivaient sur place. Les policiers ont pu maîtriser le suspect et l'ont emmené.

Un mort, une personne intoxiquée, un blessé

Les pompiers ont rapidement éteint le feu mais on découvert ensuite le corps sans vie de l'imam au premier étage. L'imam, Abdallah Baddou, âgé de 46 ans et père de quatre enfants selon des fidèles, est décédé, intoxiqué par la fumée.

Un autre responsable de la mosquée, ayant tenté en vain avec l'imam d'éteindre l'incendie, a réussi in extremis à sortir, mais a été légèrement blessé par l'inhalation de la fumée. Une troisième personne a été blessée par des coups de couteau ou de hache.

"Une dizaine de fidèles attendaient pour la prière et une personne est rentrée avec un sac. Dedans, il y avait une bonbonne d'essence qu'il a jetée au centre de la salle. Une des personnes l'a attrapé (l'auteur, NDLR) et on a découvert qu'il y avait une hache dans le sac. Le feu a pris rapidement. L'imam de la mosquée a essayé d'étouffer le feu, il s'est retrouvé isolé dans une pièce et a été intoxiqué", a expliqué Azzedine Laghmish, du centre culturel chiite incendié, à la RTBF.
    
Plusieurs personnes se sont réunies devant la mosquée en début de nuit (voir la vidéo ci-contre). La situation etait tendue mais les responsables ont appelé au calme. ''Il y a évidemment beaucoup d'émotion, a souligné lundi le bourgmestre Gaëtan Van Goidsenhoven, mais il est important de garder la plus grande sérénité, de ne céder à aucune forme de provocation (...) Anderlecht portera un message d'ouverture mais aussi de grande fermeté par rapport à ces actes qui doivent être combattus."

Condamnations politiques

Les réactions politiques et des communautés religieuses pleuvent ce mardi et depuis lundi. 

La ministre de l'Intérieur, Joëlle Milquet, a fait savoir que, "très choquée par les faits qui se sont produits", elle condamnait ceux-ci "avec fermeté et indignation".

Le président du MR Charles Michel s'est dit "choqué et indigné" par l'incendie d'une mosquée à Anderlecht. "Sans connaître les motivations précises de cet acte, je forme le voeu que rapidement la lumière soit faite sur les motifs de cet acte de violence. Il appartiendra alors à la justice de sanctionner les auteurs de cet attentat".

Sur Twitter, Fadila Laanan s'est tout de suite dite "scandalisée par cet attentat dans ma commune contre une Mosquée. Un homme est mort et c'est ignoble. Rien ne peut excuser un tel acte...".

Il importe de ne pas tirer de conclusions hâtives sans certitude sur les motivations de l'acte qui a mené lundi soir à la mort d'un représentant de la communauté musulmane. Mais dès à présent, la vigilance s'impose, a affirmé en substance le ministre-président bruxellois Charles Picqué

Le Centre culturel et islamique Rida, auquel est rattachée la mosquée, organisera une marche blanche dimanche 18 mars à 14h00 à la mémoire de Abdallah Baddou.

Pas de mesure spécifique au niveau national

Aucune mesure spécifique au niveau national ne sera prise après l'attaque perpétrée contre la mosquée Rida à Anderlecht. Le Centre de crise de l'Intérieur a pris cette décision lors d'une réunion mardi midi.

La ministre de l'Intérieur, Joëlle Milquet, et le Centre de crise de l'Intérieur ont tenu mardi midi une réunion. La police locale de Bruxelles, le parquet de Bruxelles, la police fédérale et l'Organe de coordination pour l'analyse de la menace (Ocam) ont participé à cette réunion.

"En tenant compte de l'état actuel de l'enquête, les différents services de sécurité ont échangé des informations et estimé qu'il n'était pas nécessaire de prendre des mesures au niveau national", a expliqué Peter Mertens, le porte-parole du Centre de crise. Le bourgmestre d'Anderlecht a déjà pris des mesures préventives lundi soir. La zone de police Bruxelles-Midi a ainsi élevé son niveau de vigilance. Des agents patrouillent aussi de manière intensive à proximité des mosquées d'Anderlecht. Les services locaux et nationaux continuent cependant de suivre l'affaire attentivement.

RTBF

Et aussi

Newsletter info

Recevez chaque matin l’essentiel de l'actualité.

OK