Un sketch de Yassine Belattar sur les Rifains ne fait pas rire à Molenbeek

Yassine Belattar et son spectacle "Ingérable" dont est tiré l'extrait sur Molenbeek.
Yassine Belattar et son spectacle "Ingérable" dont est tiré l'extrait sur Molenbeek. - © YASSINE BELATTAR

"Et donc, j’ai été à Molenbeek. Je suis très connu à Molenbeek. Je suis un peu le Jay-Z de Molenbeek. Ils m’aiment beaucoup là-bas. Là-bas, ils ont une autre population. Ils ont des femmes voilées. […] Eux, c’est des femmes voilées, tu ne vois rien, que les chaussures. Toute la journée, elles se cognent contre des murs. […] Leurs barbus, c’est pas les nôtres. Ils ont des barbes dolby surround, il y a des gens dedans. Et là-bas, ils ont beaucoup de Marocains. […] Mais c’est pas nos Marocains. […] Eux ils ont les Marocains pas funky, du Rif. Vous connaissez le Rif. Le Rif, c’est là-bas qu’ils ont tourné "Conan le Barbare". Ils ont des épées, ils sont en slip… Les Rifains, ça va pas dans la tête. Le Rifain, il est tellement fou qu’ils avaient jeté des cailloux sur Hassan II (NDLR : le précédent roi du Maroc). […] Fallait pas s’embrouiller avec Hassan II ! C’est Mohamed VI qui leur a remis la lumière. Ils vivaient dans le noir."

Des propos qualifiés insultants

Ces extraits sont tirés d’un spectacle de l’humoriste français Yassine Belattar. Tenus l’été dernier dans une salle des Mureaux (département des Yvelines) et diffusés sur Facebook, les propos n’ont pas fait rire tout le monde à Molenbeek qui compte une importante population d’origine marocaine, venant de la région du Rif. Ce mercredi, la qualité de l’humour de Yassine Belattar prendra une dimension politique.

Saliha Rais, élue sp.a, interpellera le collège lors du conseil communal. Pour elle, Molenbeek, qui avait invité l’humoriste à se produire dans la commune après les attentats du 13 novembre 2015, doit se distancier. Pour rappel, Yassine Belattar caressait le projet de lancer un incubateur artistique à Molenbeek. Projet mis au frigo, comme l’avait révélé la RTBF. "Sous le couvert de l’humour, Monsieur Belattar n’a pas hésité à assimiler les femmes portant un voile et les hommes portent une barbe à Molenbeek, à des extrémistes potentiellement terroristes", s’offusque Saliha Rais. "S’en prenant, avec cette même violence verbale, aux Molenbeekois d’origine rifaine, les qualifiant de barbares vivant dans l’obscurité, inférieurs de par leur nature. L’utilisation de chacun de ces mots n’est pas sans rappeler les propos insultants et haineux proférés par certains médias et courants politiques que je qualifierai de fascistes, au lendemain des attentats commis à Paris."

Référence ciblée, dénigrante et sournoise

Elle ajoute une dimension sociologique : "L’origine rifaine d’une partie des habitants de notre commune n’a pas été mentionnée par hasard ou pour faire “joli”. Monsieur Belattar fait clairement référence à la théorie véhiculée par l’historien Pierre Vermeren et qui affirme qu’une large majorité des auteurs des attentats de Bruxelles et de Paris sont originaires du Rif au Maroc. Comme s’il s’agissait là de l’explication. Référence ciblée, dénigrante et sournoise pour tous Rifains d’ici et d’ailleurs que M. Belattar partage et propage."

La fin des collaborations avec Belattar

Rappelant que Yassine Belattar est aussi conseiller du président français Emmanuel Macron, Saliha Rais précise encore : "Je ne vais pas soumettre au collège la possibilité d’intenter une action en justice contre Monsieur Belattar et lui donner plus d’importance que celle qu’il mérite. […] Ce que j’espère par contre, c’est une rupture de tous projets à venir avec M. Belattar qui ne représente en rien ce dont Molenbeek et ses habitants ont besoin."

Le débat s’est également tenu sur les réseaux sociaux. Jamal Azaoum (PS), échevin des Sports, n’a pas hésité à qualifier l’humoriste "chouchou de l’ancienne majorité" MR-Ecolo-cdH de "vautour". Il faut dire que suite aux attentats, les relations entre les échevins Sarah Turine (Ecolo) et Ahmed El Khannouss (cdH), étaient nombreux – Yassine Belattar s’est produit en 2016 et 2018 à Molenbeek. "C’était une belle collaboration à l’époque et des milliers de personnes sont venues assister à ses spectacles", a réagi l’ancien échevin humaniste sur Facebook appelant à éviter "la récupération puante". "Je suis très critique par rapport à son dernier spectacle et je l’ai contacté pour lui en faire part", ajoute Ahmed El Khannouss.

Il n’y a pas qu’à Molenbeek que les propos ont choqué. "Le Courrier du Rif", lettre d’information en ligne sur le Rif, n’y a pas été de mains mortes concernant Yassine Belattar. Dans un article, elle le qualifie de "crapule qui dénonce le racisme d’Éric Zemmour en France et crache le même racisme contre les Rifains au Maroc".

J’aime le Rif. Toujours !

Face à la déferlante, renforcée par les réseaux sociaux, l’humoriste d’origine marocaine a présenté ses excuses tout en s’en prenant à ceux qui le critiquent : "Coucou les Rifains ! Je voulais vous dire je vous aime tous, d’accord ? Tous les mythomanes du Rif qui me font passer pour un raciste, je voulais leur proposer d’aller dormir. J’aime le Rif. Toujours !" Dans un autre message sur Instagram, il explique avoir reçu plus de 7800 messages d’insultes. "Vous prenez tout mal, wallah. Moi en parlant de cela, je parle des années de plomb (au Maroc). Moi, j’explique ce qui s’est passé dans le Rif, je trouve cela inadmissible. C’est pour cela que j’en parle. C’est ce qu’on appelle un sketch !" L’artiste se réserve le droit d’attaquer en justice les auteurs des menaces et insultes à son encontre.

Yassine Belattar, 37 ans, est humoriste, animateur de radio et de télévision. Officiant sur Radio Nova jusqu’en juin dernier, dans l’émission "Les 30 Glorieuses", il a été écarté pendant trois semaines cette année suite à une mise en examen pour menaces de mort et harcèlement. Chez nous, il sera déprogrammé de la soirée "Rire ensemble", en mars 2019. Ses prises de position dans le débat français relatif à l’intégration des musulmans et l’islamisme lui ont déjà valu plusieurs annulations de ses one man shows. Habitué des plateaux télé, Yassine Belattar, soutenu par plusieurs figures médiatiques comme Thierry Ardisson, n’a jamais hésité à affronter Eric Zemmour ou le chroniqueur et avocat Gilles William Goldnadel.

Yassine Belattar présente actuellement son nouveau spectacle "En marge", qui fait suite à "Ingérable" dont est tiré l’extrait polémique sur Molenbeek.

Newsletter info

Recevez chaque matin l’essentiel de l'actualité.

OK