Un règlement anti-mendicité à Namur suscite beaucoup de réactions

Depuis un an et demi, le nombre de mendiants aurait augmenté
Depuis un an et demi, le nombre de mendiants aurait augmenté - © Bia bouquet

Un règlement interdisant la mendicité entrera en vigueur dès mardi, le 1er juillet, à Namur, a indiqué jeudi le bourgmestre Maxime Prévot. Il n'est pas question pour autant d'abandonner les mendiants à leur sort et de "déclarer la guerre aux pauvres", a-t-il indiqué.

Depuis un an et demi, le nombre de mendiants a augmenté dans les rues de Namur, selon le bourgmestre.

Entre le 1er janvier 2014 et le 27 mai 2014, par exemple, la police a comptabilisé 118 interventions relatives à la mendicité. Pourtant, aucun procès verbal n'a pu être encodé pour mendicité puisqu'elle ne figure pas comme telle dans l'arsenal réglementaire actuel. Désormais, toute forme de mendicité, qu'elle soit active ou passive, sera interdite.

Concrètement, demander une quelconque aide sous forme d'aumône ou en proposant un service comme la vente d'objets ou de périodiques ou le lavage de pare-brise, seul ou accompagné d'animaux ou d'enfants sera prohibé dans les rues, les carrefours, et à l'entrée des édifices publics et privés.

Cette interdiction sera d'application dans l'hyper-centre de Namur (la Corbeille), au Grognon, dans les rues principales de Jambes et les axes commerciaux pénétrants de Bouge (chaussée de Louvain), Salzinnes (Rue Patenier) et Saint-Servais (chaussée de Waterloo).

L'interdiction de mendier sera limitée dans le temps puisqu'elle entrera en vigueur pendant un an à dater du 1er juillet 2014. Ce qui permettra d'en évaluer les effets et d'envisager d'éventuelles adaptations en fonction des constats qui en seront tirés avant de la fixer dans une réglementation générale.

Les sanctions applicables aux personnes qui enfreindront cette interdiction seront des peines de police. Pour le bourgmestre, il est inutile d'infliger des amendes à des personnes faisant la manche ou de leur confisquer l'argent récolté. "Les policiers feront preuve de souplesse les premières semaines le temps que tout le monde soit informé", a-t-il assuré. Un dépliant explicatif sera distribué aux mendiants. "Il y aura aussi des pictogrammes puisque l'on sait que l'analphabétisme touche une partie d'entre eux", a-t-il ajouté. Ce règlement ne concerne pas les SDF. "Tous les SDF ne sont pas mendiants et tous les mendiants ne sont pas nécessairement sans-abri", a précisé le bourgmestre.

Ce règlement fait suite à de nombreuses plaintes ou doléances envoyées au bourgmestre par des citoyens, des commerçants et des touristes désagréablement apostrophés par des mendiants. Pour Maxime Prévot, la mendicité crée un sentiment d'insécurité notamment auprès des commerçants qui craignent des représailles s'ils demandent aux mendiants de ne pas se tenir à l'entrée de leur commerce et d'éviter d'importuner la clientèle. Outre le nombre croissant de mendiants, leurs façons d'interpeller dérangent: agressivité verbale, injures, proximité physique, tentative d'attendrissement avec des animaux ou des enfants, etc.

De nombreuses villes ont introduit des règlements pour cadrer ou interdire la mendicité et Namur est jusqu'à présent la seule grande ville en Wallonie qui ne disposait pas d'un règlement visant clairement et uniquement la mendicité. Ce qui peut expliquer l'accroissement des mendiants dans les rues namuroises puisqu'ils quittent les cités voisines.

Maxime Prévot précise que ce règlement n'a pas été réalisé sur un coup de tête mais qu'il a été mûrement réfléchi et qu'il est le fruit d'un travail avec des juristes, des policiers, des assistants sociaux, ou encore un professeur d'université. En 2008, alors qu'il était échevin des Affaires sociales, Maxime Prévot avait mené un colloque sur ce sujet et un premier projet de règlement avait été envisagé.

Avec ce nouveau règlement, le bourgmestre a souhaité trouver un juste équilibre entre d'une part, la lutte contre la grande précarité grâce une politique sociale volontariste et d'autre part, la lutte contre l'insécurité et l'exploitation de la misère par des réseaux organisés tout en gardant l'attractivité touristique et économique de la capitale wallonne. "Il n'est pas question d'abandonner les personnes interpellées à leur sort. Elles seront orientées vers les services sociaux de la Ville", promet Maxime Prévot.

Ce règlement est soumis à l'approbation du conseil communal jeudi soir. Des membres de partis de gauche ont prévu de s'inviter juste avant le conseil pour protester contre ce règlement.

PS et Ecolo peu convaincus

Le règlement a suscité de nombreuses réactions lors du conseil communal de Namur tant du côté de l'opposition PS qu'au sein des autres partis. Juste avant le conseil, des militants du Parti Socialiste Lutte (PSL) et du Mouvement Vega notamment s'étaient invités devant l'hôtel de Ville arguant auprès des passants que le bourgmestre ne s'attaquait pas au fond du problème de la mendicité avec ce règlement.

Lors du conseil, le groupe Ecolo s'est majoritairement abstenu sur la proposition de règlement (point 35 de l'ordre du jour) de même que le PS qui s'est dit "peu rassuré sur le contenu du texte".

Ecolo s'interroge notamment sur le déplacement de certains mendiants vers des communes ou des quartiers moins équipés en services et associations qui accompagnent ces personnes. Les Verts pensent aussi que cela peut compliquer le travail des équipes de terrain qui "maraudent". Ecolo déplore également que le dossier mis à disposition des conseillers ne comporte aucun avis des services sociaux (CPAS et Relais social entre autres). Le PS rejoint Ecolo sur l'aspect "incomplet" du dossier.

"Ailleurs, on organise la mendicité. Ici, on l'interdit", estime Eliane Tillieux, cheffe de groupe PS. Il faut encadrer mais pas rejeter la mendicité, insiste-t-elle. "Où va se déplacer cette mendicité? Ne va-t-on pas générer davantage de troubles?", s'interroge-t-elle.

"Chacun a bien défendu ses opinions respectives concernant ce débat délicat", a commenté le bourgmestre après les interventions de chacun (y compris du cdH et du MR, qui ont quant à eux voté favorablement). Maxime Prévot a souligné que Namur était justement la première ville à ne pas fixer directement ce dispositif dans une réglementation générale. Ce règlement sera en effet évalué après un an et d'éventuelles adaptations y seront apportées si nécessaire. Le bourgmestre ajoute que les mendiants ne seront pas radicalement expulsés des rues. Ils seront d'abord informés et la police fera preuve de souplesse les premières semaines. Il ne s'oppose pas à la constitution d'un comité de suivi demandé par les groupes politiques.

 


Belga

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