Un réfugié afghan de Schaerbeek demande le rapatriement de sa femme et de sa famille, coincées à Kaboul par les Talibans

Abdul Samadi a aujourd'hui 26 ans. Il en avait 17 quand il est arrivé en Belgique, en 2013, en provenance d'Afghanistan. A la mort de son père, les Talibans ont voulu le recruter de force mais l'adolescent a refusé et a pris le chemin de l'exil. Il a obtenu le statut de réfugié politique et s'est établi à Schaerbeek, dans le quartier Helmet, avec Muqadas, son épouse. Il y exploite une  petite épicerie.

Coincée à Kaboul

Il y a quelques jours, Abdul Samadi apprend que sa mère restée à Kaboul est malade. En tant que réfugié, il est trop risqué pour lui de se rendre en Afghanistan. Il envoie donc sa femme, qui atterrit dans la capitale afghane le 12 août. Soit peu avant l'arrivée des Talibans. Depuis, Muqadas, sa belle-mère et sa belle-soeur sont coincées dans un appartement de Kaboul. Le jeune frère d'Abdul, âgé de 16 ans, est porté disparu. 

Faute d'un homme dans leur entourage, les trois femmes ne peuvent sortir sans risquer de se faire battre par les Talibans, voire pire. "Si les Talibans apprennent que son fils est en Belgique, c'est encore plus dangereux pour ma mère et pour ma petite soeur", s'inquiète Abdul Samadi. 

La solidarité s'organise

Bien intégré dans son quartier, Abdul Samadi bénéficie du soutien de voisins. Ils sont plusieurs à avoir lancé une pétition demandant aux autorités belges de rapatrier non seulement l'épouse mais aussi la mère et la soeur de leur épicier afghan. Abdul Samadi s'engage à subvenir aux besoins des membres de sa famille. Encore faut-il qu'ils parviennent à quitter Kaboul.

"Nous sommes extrêmement choqués de la situation à laquelle il est confronté", explique l'un des initiateurs de la pétition, Jean-Baptiste Dayez. "Pour nous, Monsieur Samadi n'a peut-être pas la nationalité belge mais il vit ici depuis tellement longtemps, il est totalement intégré. Il est inimaginable que son épouse, qui il y a quelques jours était encore ici parmi nous ne puisse pas rentrer. C'est complètement sidérant et il est évident que la situation de sa mère et de sa soeur est également très préoccupante et nécessiterait clairement un geste de la Belgique."

Malheureusement pour Abdul Samadi et sa famille, le gouvernement belge a décidé ce jeudi de mettre un terme à ses opérations de rapatriement depuis Kaboul, la situation sur place étant devenue trop dangereuse pour nos militaires. 

La Ministre de la Défense se positionne

Interrogée à sa sortie du Journal Télévisé, la Ministre de la Défense nationale, Ludivine De Donder, a tenu à préciser, concernant les Belges ou leurs collaborateurs afghans toujours sur place, que "les Affaires étrangères continuent à mettre tout en oeuvre pour (...) pouvoir les ramener chez nous. Et la Défense reste avec ses capacités sur le Pakistan pour pouvoir intervenir pour toutes les options qui se présenteraient en partenariat avec les pays européens. Donc nous n'allons certainement pas laisser ces personnes que l'on veut aider depuis le début."

Reste à déterminer si Muqadas Samadi et les membres de sa famille coincés à Kaboul figurent sur les listes des personnes encore à exfiltrer par la Belgique, et même s'ils entrent en ligne de compte. 

"Les catégories qui avaient été listées par le gouvernement, ce sont les ressortissants belges et ayant-droit, ce sont également les personnes qui ont un titre de séjour et les personnes qui ont travaillé pour des organismes internationaux ou pour l'état fédéral", précise la Ministre de la Défense. Muqadas Samadi émarge bien à l'un de ces catégories, mais ni sa belle-mère, ni sa belle-soeur. La Ministre tient aussi à préciser que cela fait 5 ans que les Affaires étrangères belges déconseillent les voyages en Afghanistan. 

Reportage dans notre journal du jeudi 26 août :

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