Un premier geste des députés bruxellois en faveur de la restitution des crânes de Congolais

Mireille-Tsheusi Robert (ASBL Bamko-Cran), ici avec Julie de Groote, présidente du Parlement francophone bruxellois salue la résolution des députés
Mireille-Tsheusi Robert (ASBL Bamko-Cran), ici avec Julie de Groote, présidente du Parlement francophone bruxellois salue la résolution des députés - © Tous droits réservés

Les députés bruxellois francophones ont voté ce vendredi midi à une large majorité, la résolution concernant la restitution des restes humains et des biens culturels, issus de la période coloniale. Par ce texte, ils demandent au gouvernement fédéral de se pencher sur cette période obscure de notre histoire en permettant de définir la notion de « mal acquis », d’en faire l’inventaire et de définir les conditions de leur restitution. Un geste surtout symbolique pour le moment puisqu’il impose à présent que le fédéral accepte de s’en saisir, ce qui est loin d’être acquis.

Des restes humains conservés dans des musées et des universités

En mai 2018, un article du journaliste Michel Bouffioux, publié dans Paris-Match, révélait au grand jour l’existence de plusieurs centaines de crânes de Congolais, conservés notamment dans les réserves de l’Institut Royal des Sciences Naturelles de Belgique.

On apprenait également que l’ULB conservait entre-autre, quatorze crânes (probablement issus de l’actuelle RDC) arrivés à travers le legs d’un médecin, lui-même à l’époque, professeur à l’ULB et spécialiste de l’anthropologie physique.

Selon Laurent Licata, actuellement professeur de psychologie interculturelle à l’ULB et récent organisateur d’un colloque sur ce thème, ces ossements avaient été acquis auprès de coloniaux, médecins, militaires ou collectionneurs après leur retour en Belgique.

Aujourd’hui, l’Université Libre de Bruxelles se dit ouverte à la discussion en vue de la restitution de ces restes humains. Encore faut-il savoir à qui les restituer et dans quelles conditions.

Il n’existe pas d’inventaire des restes humains ou des objets culturels pillés à l’époque coloniale.

A l’ULB, aucun des quatorze crânes n’est identifié. Retrouver les ayant droit ne sera donc pas simple. D’autant que la Belgique ne dispose pas de cadre légal qui préciserait qui sont les individus ou les institutions légitimes pour réclamer ces restes.

L’ULB n’aurait d’ailleurs reçu actuellement aucune demande de restitution. Ce qui n’est d’ailleurs pas étonnant puisque les ossements ne sont pas identifiés et que leur origine géographique ou ethnique est incertaine.

Une question de respect et de dignité

Après avoir fait l’objet d’études ou de recherches (parfois pour des motifs douteux) ces restes humains ont souvent été relégués loin des regards. Ce qui ne manque pas de soulever d’autres questions.

Ce traitement est-il conforme au respect que l’on doit aux morts ? Mireille-Tsheusi Robert en est convaincue, ces crânes doivent retourner au Congo. Pour la présidente de l’ASBL Bamko-Cran, qui milite pour réveiller la mémoire coloniale : « Suite au vol de ces crânes, il y a des enterrements ou des rituels qui n’ont pas pu être faits. Pour nous, même après un siècle, il est légitime de les rapatrier et de juste respecter l’humanité qu’il y a derrière ces crânes ».

Mireille-Tsheusi Robert salue donc l’initiative des députés francophones bruxellois. Une résolution qui fait suite au mouvement initié en France en 2013 et qui visait, lui aussi, la restitution de biens « mal acquis ».

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