Un ouvrier d'Arcelor se suicide: "M. Mittal, merci d'avoir tout détruit"

La lettre d'adieu d'Alain Vigneron
La lettre d'adieu d'Alain Vigneron - © Tous droits réservés

Il s'appelait Alain Vigneron, il avait 45 ans. Il était brigadier, reponsable de production au laminoir de Chertal. Il s'est pendu, samedi dernier. Et, dans la lettre d'adieu qu'il a adressée à ses proches, et à son délégué syndical, il explique les raisons de son geste. Un texte qui suscite une vive émotion, et qui met en cause et le groupe ArcelorMittal, et les gouvernements.

Cette lettre d'adieu, en voici quelques passages:

"Chère famille, je vous dis mes derniers mots.

Je veux que vous respectiez ma femme et ma fille. Elles n’y sont pour rien. Je les ai fait souffrir énormément à cause de mon boulot pour monsieur Mittal. Il m’a tout pris, mon emploi, ma famille. Combien de familles va-t-il encore détruire ? Moi je n’en peux plus de ce milliardaire. Vous savez, je me bats depuis 31 ans pour avoir un petit quelque chose et voilà, je vais perdre mon emploi et combien de familles vont le perdre, monsieur Mittal ?

Cher gouvernement, allez vous enfin sauver les milliers d’emplois des familles qui en valent la peine ?

Ma petite femme et ma fille, je veux que vous sachiez que je vous aime mais monsieur Mittal m’a tout repris : la fierté, la politesse et le courage de me battre pour ma famille.

Et que la presse soit au courant de mon acte. J’ai fait des panneaux, je voudrais qu’ils soient à l’église, que tout le monde voie pourquoi j’ai mis fin à mes jours."

Ses collègues le décrivent comme un travailleur exemplaire, consciencieux, issu d'une famille très nombreuse, entré à l'usine à l'âge de 14 ans, nanti d'un diplôme d'école primaire, et arrivé au plus haut poste auquel il aurait pu prétendre : brigadier, responsable de production. Un homme attaché à transmettre son expérience et ses savoir-faire aux jeunes générations. Un ouvrier tombé dans le désarroi à l'annonce des fermetures dans la sidérurgie liégeoise. D'ailleurs, pour beaucoup de ses camarades, ce suicide, deux ans, jour pour jour, après les premières annonces des arrêts d'aciérie et de hauts fourneaux, n'est pas un hasard de calendrier.

L'affaire suscite une vive émotion. Elle jette une lumière particulièrement crue sur les restructurations, et les négociations en cours. Un drame social, c'est une terrible addition de souffrances individuelles.

Michel Grétry

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