"Un modèle rétrograde", le projet Néo? Riverains et associations ont exprimé leurs craintes

L’une des maquettes du projet Neo, sur le plateau du Heysel.
L’une des maquettes du projet Neo, sur le plateau du Heysel. - © Belga

Mardi, une commission de concertation était organisée sur le projet NEO du plateau du Heysel, à Bruxelles. Cette réunion publique ne portait pas sur les détails de ce futur nouveau quartier bruxellois, juste sur les modalités pratiques de l'"étude d'incidence sur l'environnement"... Une étape parmi d'autres avant un certificat d'urbanisme. 

Mais pourtant c'était un moment important. Pour la première fois, le public pouvait interpeller les promoteurs et architectes de ce très vaste projet et formuler des remarques sur les premiers plans. Ce que certains habitants et associations ont fait pendant plus de deux heures.

"Un nouveau centre commercial au nord de Bruxelles? Superflu et nuisible!"

Le projet, voisin de l'actuel Stade Roi Baudouin sur le plateau du Heysel, prévoit 590 logements, un espace de loisirs d'extérieur et un espace de loisirs intérieur, une maison de repos, deux crèches et un grand centre commercial de 72 000 mètres carrés.

Un centre commercial que désapprouvent les associations présentes mardi, actives dans les domaines de l'environnement  et de l'urbanisme (inter-environnement Bruxelles, BRAL, BBL, Arau) et l'union des classes moyennes (UCM, Unizo). A leurs yeux, créer en quelques années, trois centres commerciaux au nord de Bruxelles est une erreur. 

"On dénonce l’impact qu’aura le projet Néo sur le commerce de proximité, le petit commerce, opposait Antoine Bertrand, de l’UCM. Certaines études démontrent que si, en plus de Docks, Uplace et Néo se construisent, il y aura une perte de chiffre d’affaires de 23% pour les commerces du centre. Ce qui est énorme ! On demande donc qu’il y ait une nouvelle étude d’incidences économiques qui vienne nous prouver s’il y a un réel besoin économique de créer un nouveau centre commercial dans le centre de Bruxelles. Ce qui n’existe pas aujourd’hui."

Des inquiétudes concernant la mobilité

La mobilité reste, visiblement,  la première des inquiétudes des habitants présents. On parle, par exemple, de plus de 120 000 déplacements le samedi, liés au futur centre commercial : comment dès lors ne pas craindre de grands bouchons ? Surtout si le nouveau Stade National est créé à proximité et si le plateau du Heysel continue à accueillir des congrès. 

Mais le cœur du projet aussi suscite des craintes. N'y aurait-il pas trop de logements, demandent certains habitants, et trop peu d'espaces verts? Une grande partie du plateau du Heysel sera bétonnée, et certaines zones vertes se trouveront en fait... en toiture.

Un modèle "anachronique"?

Pour Isabelle Pauthier de l'ARAU, association active en matière d'urbanisme, Néo, "c'est le retour d'un modèle rétrograde et désastreux de la construction sur dalles".

"C’est dramatique car le site a des qualités paysagères indéniable. Il a été aménagé pour accueillir les très grandes expositions, avec de très beaux arbres. Or, le projet prévoit l’abattage de 749 d’entre eux. L’idée présentée, c’est qu’il y aura des espaces 'verdurisés' à deux niveaux au-dessus du sol, sur dalles. Ce qui serait en décalage complet avec l’environnement immédiat. D’autant qu’on sait que sur des espaces sur dalles, on ne peut jamais planter de forêt. Exemple : la cité administrative de l’État. C’est un modèle totalement anachronique."

"Un nouveau quartier de ville, à haute valeur paysagère"

Promoteurs et architectes contestent cette lecture de leurs plans. "Quiconque compare les exemples d'architecture sur dalle des années 1970 et le projet d'aujourd'hui avec des espaces publics, de bonnes liaisons avec la ville autour, voit que cela n'a rien à voir avec de l'urbanisme sur dalle" réplique Aymeric Lanquetet, pour le Groupe groupe Unibail-Rodamco-Besix. "Il y aura de vraies promenades et de vrais espaces verts, même si d'autres fonctions seront situées à l'étage du dessous." 

Les habitants du quartier en contrebas craignent tout de même que la suppression d'arbres et d'espaces verts en pleine terre n'augmentent les épisodes d'inondations dans leurs caves, déjà sous eau à plusieurs reprises ces 10 dernières années.

Une première pierre en 2018? 

Une fois cette étude d'incidence environnementale réalisée, les promoteurs du projet Neo demanderont un certificat d'urbanisme, qui impliquera une enquête publique et donc à nouveau la possibilité pour le public de se prononcer sur des plans intermédiaires. 

Ensuite viendra la phase finale: la demande de permis d'environnement et d'urbanisme. Si le projet a peu changé au fil du processus, le promoteur n'aura pas l'obligation légale de recommencer une consultation populaire. Donc le public pourrait ne pas être appelé à se prononcer sur les plans finaux et détaillés du projet: il y a là encore une incertitude. 

Dans tous les cas de figure, la Ville de Bruxelles et la Région bruxelloise espèrent que la première pierre de ce nouveau quartier sera posée en 2018. De préférence avant celle d'un autre grand centre commercial, Uplace, à moins de 5 km (Machelen), d'ores et déjà ressenti comme un concurrent avant même le début des deux chantiers. 

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