Un métro de la Stib, un voyageur, sa salive et le coronavirus : il y a un an, une vidéo sème la panique à Bruxelles

Cet article a été modifié en date du 18 mars 2021.


L’homme porte un masque chirurgical, au moment où celui-ci n’est pas obligatoire dans les transports en commun bruxellois. Un accessoire qui ne fait pas encore partie du paysage mais qui laisse supposer que ce voyageur, filmé dans une rame de métro de la Stib ce 9 mars 2020, est malade. Malade et infecté par le coronavirus. Tout le monde en Belgique a entendu parler du covid-19, venu du Chine et qui gagne peu à peu l’Europe, mais personne encore n’est confiné. Ce ne sera le cas que la semaine suivante.

L’attitude de l’usager, canette de bière à la main, fait alors craindre le pire lorsqu’il baisse délicatement son masque et se met à déposer sa salive sur une barre de la rame, de manière très insistante. Inconscience ? Délire passager ? Mauvaise blague ? Caméra cachée ? Un an après, jour pour jour, ce buzz des réseaux sociaux, partagé massivement sur Whatsapp, a déclenché la première crise de panique généralisée au sein de la population bruxelloise.

Le tour de la presse belge 

La vidéo est postée sur Twitter le 9 mars 2020, à 18h03. Le twitto accompagne la séquence de 17 secondes d’un commentaire : "Ma sœur m’envoie ça, je la laisse rentrer à la maison ou pas ?" C’est drôle mais pas pour tout le monde. Affolement général ! Le message est retweeté à plus de 12.000 reprises et commenté près de 500 fois. Rien que sur Twitter, la vidéo est vue près d’un million de fois (près du double un an plus tard).

La presse s’en empare : Le Soir, Sudinfo, BX1, Dh.be mais aussi notre site internet RTBF. be. La Stib se doit de réagir dès les premières parutions et les premières demandes d’explications émanant de la toile. Deux heures après la publication, elle publie un tweet. "L’homme (en état d’ivresse) a été interpellé par la police et notre service de sécurité. La rame de métro a été retirée du service pour être désinfectée. Merci pour votre message. Nos métros sont nettoyés chaque jour." Tout le monde respire.

Le tour du monde

Mais l’info a déjà franchi nos frontières : CNews, La Dépêche, la Voix du Nord, médias britanniques, américains dont le très populaire New York Post… Même le service Fact Check de l’AFP qui doit déconstruire l’infox selon laquelle la vidéo a été prise à Wuhan, en Chine, berceau du Covid-19 et que le passager serait un soldat américain. En clair : l’incident bruxellois est déjà récupéré par les milieux complotistes.

Le lendemain matin, les "community managers" de la Stib fournissent des compléments d’informations. La panique a gagné la population, en demande de réponses sur les risques encourus dans les bus, trams et métros bruxellois. "Un nettoyage des véhicules est effectué quotidiennement. Cependant, il n’est pas possible de limiter le nombre de passagers dans nos véhicules étant donné que nous utilisons déjà tous les métros à notre disposition", dit la société, en réponse à une internaute qui appelle la Stib à retirer des métros du réseau pour les désinfecter intégralement.

Nous avons pris cette vidéo très au sérieux

"Ce jour-là, nous avons pris cette vidéo très au sérieux", se souvient An Van Hamme, porte-parole de la Stib. Le plus important, estime alors le département de communication de l’entreprise, était de "réagir rapidement" sur les réseaux sociaux. "Mais surtout, d’expliquer ce qui a été fait" à savoir l’interpellation de l’individu et le nettoyage de la rame. "C’est la réaction par rapport aux faits qui est la plus importante. Les réseaux sociaux ne sont qu’un vecteur."

Il fallait calmer le jeu, rassurer et expliquer, à un moment où le monde entier se pose encore des questions sur cette maladie, comment s’en prémunir, comment en guérir et pourquoi une contagiosité aussi folle. Avant le confinement du pays, tout et son contraire ont été dits et écrits. Ce qui n’aide pas à saisir les enjeux sanitaires.

Entretemps, on le sait, l’épidémie de coronavirus est devenue mondiale et l’ensemble des décideurs ont adopté des mesures. A la Stib, une panoplie a été prise. Exemple : "Aucun véhicule ne quitte son dépôt sans avoir été nettoyé et désinfecté", explique An Van Hamme. Idem pour les véhicules qui s’arrêtent aux terminus en surface. Le port du masque a été généralisé aux arrêts, dans les stations et les véhicules. Les paiements en cash dans les bus et les trams ne sont plus possibles. Le conducteur est séparé des usagers par une paroi.

La Stib a mis en place une page Internet reprenant l’ensemble du dispositif Covid. Se basant également sur des études de l’ULB et anglaise, elle rappelle que "se déplacer avec la STIB ne constitue pas un risque si chaque voyageur fait preuve de bon sens et respecte les mesures indiquées comme porter correctement un masque, se laver régulièrement les mains et veiller quand possible aux distances de sécurité".

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