Un jeune médecin montois dénonce "la destruction progressive des soins de santé"

Pour le docteur Jérôme Lechien, les conditions de travail sont de plus en plus pénibles pour le personnel soignant dans les hôpitaux.
Pour le docteur Jérôme Lechien, les conditions de travail sont de plus en plus pénibles pour le personnel soignant dans les hôpitaux. - © Pierre Wuidart - RTBF

Ce n'était au départ qu'un petit post de fin de stage au CHU Saint-Pierre, hôpital public de Bruxelles. Mais la publication d'un jeune médecin montois fait le buzz depuis dimanche. Plus de 4000 personnes ont déjà partagé ce billet d'humeur.

Jérôme Lechien y commence par se dire heureux d'avoir travaillé dans un "excellent hôpital" et d'avoir oeuvré "au service de la médecine sociale". Mais ce système autrefois jugé efficient est en déclin, estime-t-il.

La publication de Jérôme Lechien trouve un large écho sur facebook.

Ce futur chirurgien et ORL a constaté que des patients ne pouvaient pas se payer les médicaments prescrits. Autre exemple: une nuit, un homme arrive aux urgences. Il a du mal à respirer à cause d'une tumeur dans la gorge. Le docteur Lechien le prend en charge. Et il découvre que ce patient vient en fait d'un autre hôpital, où on l'a jugé trop pauvre pour y être soigné. Au final, il s'en est sorti, mais un risque inutile a été pris. "Je pense que cliniquement, il fallait prendre en charge ce patient rapidement. On ne pouvait peut être pas se permettre de le transférer, de perdre du temps par rapport à sa situation".

Pour Jérôme Lechien, plusieurs signes vont dans le sens d'une "destruction progressive de notre système de soins de santé". Il part de sa propre expérience et la recoupe avec celle de confrères qui exercent ailleurs. Le constat est le même partout: le manque de financement du secteur de la santé par le pouvoir politique engendre "des conditions de travail de plus en plus pénibles, un stress permanent et un non-respect de l'humain".

Patients précaires, stagiaires sous pression

Une logique de rentabilité qui exclut certains patients et qui met les médecins sous pression. Ceux-ci enchaînent les consultations à un rythme effréné, parfois, et n'ont plus toujours le temps d'être à l'écoute de leur patients.

Concernant le temps de travail, la loi fixe un plafond de 48 heures maximum par semaine en moyenne pour les stagiaires. Mais en réalité, leurs maîtres de stage les poussent à signer un document pour pouvoir prester 60 heures... Et en pratique, il n'est pas rare que le compteur monte jusqu'à 80 heures.

Autre limite légale : après une garde de 24 heures, tout médecin a droit à une journée de récupération. Mais dans les faits, certains praticiens effectuent des gardes de 36, voire 48 heures (à ce sujet, écoutez le document sonore ci-dessous).

Jérôme Lechien n'a plus qu'un an de stage à réaliser (ce sera à Lille), mais il encourage les plus jeunes à dire non à ces abus. Et pour les aider à se défendre, il préside un nouveau syndicat, le CIMACS (Comité Interuniversitaire des Médecins Candidats Spécialistes en formation), qui leur offre de l'aide juridique.

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