Un centre pour adultes autistes à Jette: une première à Bruxelles

''On était un peu condamnés à réussir.''

Condamnés à réussir parce qu'à Bruxelles, comme dans les deux autres régions du pays, il manque cruellement de place d'accueil pour les autistes, spécifiquement pour ceux qui en ont finalement le plus besoin, à savoir les plus dépendants. François-Xavier Ulens, la cheville ouvrière du projet au sein de l'Asbl, explique : ''il existe des parents qui avancent en âge et qui n’ont pas de solution pour une personne lourdement handicapée dont ils doivent s’occuper tous les jours. Ils se demandent véritablement ce qu’il va arriver quand ils ne seront plus capables de s’en occuper et je peux vous dire, comme d’autres parents, que c’est un investissement important et de tous les jours.’’

Certains parents ne peuvent d'ailleurs plus assumer un tel investissement. Voilà pourquoi, fréquemment, des autistes se retrouvent dans des institutions psychiatriques. ''Au lieu d’être dans des centres adaptés, ils se retrouvent en psychiatrie adulte avec des médications lourdes. Ils sont enfermés sous camisole chimique, quand ce n’est pas sous contention physique. Ils ont des vies de cauchemar alors qu’avec des structures adaptées,  ils pourraient très bien s’épanouir dans leur différence.’’

Anne Philippot, maman d'un autiste de 17 ans, déclare: ''Je pense que les dirigeants politiques ne se sont absolument pas rendus compte de la gravité des choses. En effet, comment voulez-vous aller dire à un ministre : excusez-moi monsieur le ministre, mon fils a essayé de me tuer ? Je pense qu’ils n’ont pas mesuré l’urgence.’’

Elle ajoute que ce centre est absolument nécessaire. ''Il s'agit d'un problème énorme et pas seulement pour les familles. Si je sors avec mon fils Nathan en rue par exemple, et s’il fait une crise, je mets aussi les autres en danger. C’est donc tout à fait nécessaire d’avoir des centres adaptés où les autistes apprennent comment s’exprimer et comment se faire comprendre, autrement que par la violence. Parce qu’en fait, s’ils deviennent violents comme ça, c’est parce qu’ils ne parviennent pas à se faire comprendre. L’autisme est notamment un très grave handicap de communication. Les autistes ont une compréhension visuelle. Travailler avec des images et des pictogrammes peut les aider à communiquer. S’ils arrivent à se faire comprendre, tous ces problèmes de comportement et de violence s’atténuent énormément. Il ne faut donc pas se dire que c’est perdu et que les autistes sont irrécupérables. Avec des thérapies adaptées, on peut vraiment les aider.’’

L'ASBL coupole bruxelloise aura mis plus de dix ans pour concrétiser ce projet de centre qui pourra accueillir quinze autistes de grande dépendance dès 2014. Ce centre est subsidié à plus de 80% par la COCOF. Le reste du financement est assuré par des donateurs. À noter que la commune de Jette à céder le terrain à l'association pour un euro symbolique.

Pierre Vandenbulcke

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