Un ancien cadre de Caterpillar devenu affûteur-rémouleur par passion

La belle histoire d'un ancien de Caterpillar devenu affineur-rémouleur
La belle histoire d'un ancien de Caterpillar devenu affineur-rémouleur - © Tous droits réservés

Cela vous est sans doute déjà arrivé : une paire de ciseaux qui ne coupe plus, un sécateur qui ne taille plus… Leurs lames devraient être affinées mais vous ne trouvez personne pour faire ce travail de précision. Du coup, vous achetez un nouvel outil, vive la société de consommation. Dans la région de Charleroi pourtant, vous pouvez désormais à nouveau faire tailler vos instruments par un affûteur-rémouleur. Philippe Noël, c’est son nom, sillonne les marchés avec sa camionnette de travail.

C’est un ancien cadre de Caterpillar, qui a changé de vie après son licenciement, et son nouveau boulot lui plaît énormément ! Nous le retrouvons sur le marché de Courcelles, en train d’affûter les dents d’une tondeuse pour chien. Il travaille dans sa camionnette, transformée en atelier mobile. Autour de lui, différentes machines, et ce bruit caractéristique de la lame qu’on aiguise.

Philippe Noël a lancé son activité en novembre 2019. A peine le temps de se faire connaître, et le confinement le bloque chez lui. Mais le voilà de retour, prêt à tailler… une bavette. "J’ai travaillé 27 ans chez Caterpillar, principalement au bureau d’études. Quand j’ai été licencié, à 52 ans, je ne suis demandé ce que j’allais faire de ma vie. Je voulais continuer de travailler, mais dans quel domaine ? Mon beau-frère m’a parlé d’un affûteur sur Liège, et j’ai été étonné : ça existait encore, ce métier ? Je me suis renseigné à gauche et à droite, j’ai beaucoup discuté, et je me suis dit : voilà, c’est ça que je veux faire !". Un métier qui allie la richesse des contacts humains à une certaine technicité qui plaît beaucoup à l’ancien ingénieur. "Pour certaines lames, certains couteaux, je travaille jusqu’au micron, hé oui ! C’est ça que j’aime, ces défis techniques : trouver la meilleure manière d’y arriver dans le délai le plus court, parce que la rentabilité intervient aussi : je ne vais pas passer toute la journée à faire un peigne !".

Une reconversion à 180 degrés

Pour se former, il a dû aller jusqu’en France, dans le Gers plus précisément : "Il n’existe pas de centre de formation au métier d’affûteur en Belgique. J’ai donc suivi des cours dans une école spécialisée là-bas, avec des étudiants venant de partout. C’était très intéressant, et j’ai gardé le contact avec tout le monde via Facebook. On s’échange des trucs et astuces, et quand je cale sur quelque chose, je demande conseils aux autres !".

Sur les marchés, les particuliers viennent le voir avec leurs ciseaux, sécateurs, couteaux. "Souvent, j’entends la même réflexion : quoi, un rémouleur, ça existe encore ? J’en connaissais quand j’étais petit (e), je croyais que c’était un métier disparu !". Les professionnels font aussi appel à lui : bouchers, coiffeurs, couturiers, menuisiers, vétérinaires, restaurateurs, tous défilent avec leurs instruments à aiguiser.

Le secteur de la construction fait aussi appel à lui, pour des scies circulaires par exemple, les entreprises de textile, ou encore des sociétés d’entretien de parcs et jardin. "Je fais œuvre utile, ma démarche a une connotation durable : au lieu de racheter une nouvelle paire de ciseaux, on aiguise la vieille paire et on est reparti pour un an ou deux, on évite le gaspillage !" sourit malicieusement Philippe Noël. L’homme de 55 ans se dit heureux dans sa nouvelle vie, même si bien sûr, il y a eu une période de transition : "Ha effectivement, c’est très différent du petit confort de son bureau, de son PC et… de la machine à café ! (éclats de rire). Ici, c’est un métier manuel, et au début, je me suis fait quelques tendinites, parce qu’il y a des gestes très spécifiques, des positions de corps que je n’avais pas devant mon clavier. Mes mains sont abîmées aussi, des entailles un peu partout. Et puis, j’ai débuté en novembre, donc j’ai bravé la pluie, le froid… mais je suis organisé hein, j’ai un petit chauffage dans la camionnette ! J’ai dû aussi trouver le bon agencement de mon matériel dans un espace si petit, mais je ne me plains pas. J’aime beaucoup ce que je fais, c’est très riche au niveau apprentissage et au niveau contacts".

Dernière question : avez-vous déjà eu la visite d’anciens de Cater ? "non, pas encore. L’usine était grande, je n’avais pas de contacts avec tout le monde, n’est-ce pas !". L’ancien cadre termine sa phrase et, comme par magie, deux anciens de Cater pointent à ce moment-là le bout de leur nez devant sa camionnette ! Ils ont découvert son passage à Courcelles grâce au site internet de la ville. Saluts, rires, les 3 hommes ont plaisir à se revoir. Nous les laisserons là, à l’évocation de leurs souvenirs communs. Caterpillar est mort, pas ses travailleurs.