Un an après les élections communales: un nouvel élan pour Molenbeek?

Catherine Moureaux, la bourgmestre PS, dans son bureau.
Catherine Moureaux, la bourgmestre PS, dans son bureau. - © Jérôme Durant - RTBF

C’était il y a un an jour pour jour. Au soir du scrutin local sur la place communale, Catherine Moureaux (PS) prenait un bain de foule. Elle apparaissait euphorique, fière d’avoir gagné son pari : celui de prendre les rênes de Molenbeek, une commune où son père a régné 20 ans. De ces images de triomphe, que reste-t-il ?

Quel bilan provisoire tire Catherine Moureaux ? Et qu’en pensent ses adversaires ? Comment, aussi, se passe la cohabitation dans cette coalition de raison plutôt que de cœur ? La socialiste disait au départ vouloir mettre la barre très à gauche en gouvernant avec le PTB, là voilà alliée jusqu’en 2024 au MR de Françoise Schepmans, l’ancienne bourgmestre qu’elle a détrônée.

Ce sont des relations correctes

"Franchement, on a bien travaillé, entame la nouvelle bourgmestre. Sur une série de matières, comme l’éducation, les accords sont très faciles à trouver. Mais c’est certain que sur un domaine comme le logement, c’est beaucoup plus compliqué. Alors, on prend le temps, on débat beaucoup et on trouve des solutions."

"Ce sont des relations correctes, la situation est apaisée, glisse pour sa part Françoise Schepmans, échevine MR. Le fonctionnement est différent que celui des six années précédentes. Chacun sa personnalité. Avant, c’était plus transversal en termes de collaboration et de répartition de compétences. Aujourd’hui, c’est une organisation plus verticale. Mais l’essentiel, c’est que les projets aboutissent."

On a mis le paquet sur l’éducation cette année

L’enseignement : c’est la principale satisfaction de la nouvelle majorité, qui a notamment dégagé un budget de 27 millions d’euros sur trois ans pour rénover les bâtiments scolaires. "On a mis cette année le paquet sur l’éducation. On a déjà une école qui a un nouveau toit, une autre dans laquelle on va changer la salle de gymnastique après 15 ans d’attente. C’est un investissement massif tant d’un point de vue conceptuel que financier au niveau de l’éducation", martèle Catherine Moureaux.

Un constat que nuance l’opposition. "On a beaucoup investi dans la brique, c’est à saluer, mais on n’investit pas assez dans les enfants et le pédagogique", résume Karim Majoros (Écolo). La bourgmestre PS s’en défend et cite plusieurs réalisations : une charte pédagogique, un "pool enseignants" pour remplacer au pied levé les profs absents ainsi qu’une ébauche de politique de soutien à la parentalité.

On va nommer 138 personnes

La majorité met également en avant ce qu’elle considère comme une "révolution de l’administration communale". Un plan est en cours pour nommer 138 personnes cette année encore : les examens sont en cours. "C’est extrêmement vivifiant pour l’administration, estime la bourgmestre. On ne réussira Molenbeek qu’avec une administration capable de rencontrer les besoins du public. Pour cela on a besoin de gens motivés, expérimentés et redynamisés. C’est ce qu’on est en train de faire."

Une politique de statutarisation que salue l’opposition, qui dénonce cependant des problèmes de gouvernance. "Un manque de transparence", selon le PTB. "Beaucoup d’immobilisme et de clientélisme", selon Écolo. "Beaucoup d’amateurisme et de tensions, selon le cdH. Le bateau Molenbeek n’a pas de capitaine", affirme le chef de groupe humaniste Ahmed El Khannouss.

En propreté, le diagnostic est assez désespérant

Concernant une autre de ses priorités – la propreté – Catherine Moureaux ne tourne pas autour du pot : "la nouvelle équipe a seulement pu commencer le diagnostic et il est assez désespérant. On investit dans le nettoiement comme dans un trou béant et infini. Il n’y a pas assez de place donnée à la prévention, à la sensibilisation et à la sanction."

Pour rééquilibrer les choses, la majorité prépare un plan propreté qui sera mis en place avec l’aide d’un consultant extérieur.

Le logement, c’est la catastrophe totale

C’était un autre enjeu de la campagne électorale : le logement social. Comme pour la propreté, Catherine Moureaux fait un aveu : "On n’a pas avancé d’un pas. Je fais des permanences sociales chaque semaine et je le constate : c’est la catastrophe totale." La raison invoquée de ce statu quo ? La mise sous tutelle de la société de logement social communal par la région.

"La Région avait la main, on n’a rien eu à dire depuis dix mois, se justifie la bourgmestre. On va se ressaisir de la société de logement social et pouvoir avancer. J’ai un objectif, qui devra peut-être être affiné, de construire 1000 logements sociaux sur la législature."

Une annonce qui laisse sceptique les trois principaux partis d’opposition, qui craignent que ce chiffre ne soit qu’une addition des projets immobiliers décidés sous l’ancienne majorité. "Depuis un an, aucun nouveau projet n’a été lancé", affirme l’écologiste Karim Majoros, ancien échevin du logement.

Pire, pour le PTB, non seulement la nouvelle majorité n’avance pas, mais elle détruit aussi des perspectives futures. Allusion à un terrain en friche près de la Gare de l’Ouest, où la construction de 800 logements est prévue. "Le PTB avait demandé de respecter l’engagement de l’ancienne majorité de faire 50% de logement sociaux, explique son chef de groupe Dirk De Block. Mais le PS, une fois au pouvoir, a décidé de diminuer ce taux à 20%."

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