Un adolescent juif obligé de quitter son école à Uccle après des insultes antisémites

L’Athénée royal Uccle 2
L’Athénée royal Uccle 2 - © Google Street View

Depuis le 25 mars dernier, un adolescent de 12 ans, Samuel (prénom d’emprunt), a fait son entrée au sein d’une école juive. Une inscription hyper tardive, non désirée à la base mais conséquence de ce qui semble être la non-gestion de plusieurs épisodes à caractère antisémite au sein de sa précédente école, l’Athénée royal Uccle 2. La maman de Samuel, Hélène, revient sur ce qui a poussé la famille à effectuer ce choix radical.

Un jour, Samuel, inscrit en deuxième année et qui a toujours caché sa judéité confie ses convictions religieuses à son meilleur ami. En toute confiance. "En fait, nous ne sommes pas très pratiquants", admet la maman. "D’ailleurs, à part une première primaire dans un établissement juif, mon fils a toujours fréquenté des écoles non confessionnelles. Parce que je voulais qu’il apprenne à vivre avec tout le monde, qu’il ne soit pas coupé de la réalité en étant dans un établissement religieux ou élitiste. D’ailleurs, à l’école, mon fils n’était même pas en cours de religion juive mais en morale puis en EPA, l’Encadrement pédagogique alternatif."

Toujours est-il qu’après sa confession, les ennuis débutent pour Samuel. A la suite d’une dispute avec son meilleur ami, début janvier, ce dernier trahit le pacte et fait connaître les origines de Samuel à d’autres camarades de classe. Ce qui devait rester des bisbrouilles de jeunes de 12 ans va rapidement prendre une autre ampleur. "Je n’imaginais pas être un jour confrontée à un tel scénario", explique Hélène.

Dégage sale juif !

Le 5 février, Samuel souhaite s’asseoir à côté d’un condisciple. "L’ado l’insulte et lui dit : 'Dégage sale juif !'", raconte Hélène. Samuel, qui n’est pas un bagarreur selon sa maman, laisse éclater sa colère et tente de donner une claque, que le destinataire parvient à éviter. Ce dernier se lève, Samuel envoie un coup de pied à hauteur du front avant de détaler. L’altercation, selon la maman, n’a pas provoqué de dégâts physiques. "Mon fils n’avait pas à réagir comme cela, il mérite une sanction. De plus, il s’est dénoncé tout de suite après…"

A aucun moment, on ne lui a dit que son insulte était grave

Hélène écrit un mail à l’école dans lequel elle n’absout aucunement Samuel. Elle veut qu’il soit sanctionné. "Mais alors que mon fils a eu droit à un rapport de la part du proviseur, l’autre élève n’a rien eu. A aucun moment, on ne lui a dit que son insulte était grave. D’ailleurs, dans le rapport, on indique simplement que mon fils a frappé après avoir été insulté. Pas que l’insulte était à caractère antisémite. Une insulte qui n’est pas qualifiée, c’est quelque part la nier. Ce n’est pas normal dans une école. Résultat : mon fils a eu droit à un jour de renvoi. L’autre élève : rien ! L’école a pris parti : ce n’est pas acceptable."

Hélène aurait aimé être convoquée, que les parents de l’autre enfant le soient aussi. Bref, que l’incident soit mis à plat et chaque partie soit confrontée à ses actes. "J’ai attendu des nouvelles de l’école en ce sens. Je n’ai rien obtenu !" Jusqu’au jour où, par hasard, Hélène apprend que l’auteur des insultes a lui aussi été sanctionné d’un jour de renvoi. "Cela voulait donc bien dire qu’on a reconnu la nature de ses propos. Mais on ne m’a jamais rien dit. Et la sanction a été prononcée bien après."

Des brimades, il en recevait au moins deux à trois fois par semaine

Reste que dans l’école, les informations circulent. Ça parle dans les couloirs. Samuel devient donc "le Juif" d’Uccle 2. "Des remarques ou des brimades, il en recevait au moins deux à trois fois par semaine. On lui disait par exemple : 'Si t’es pour Israël, on te casse la gueule !'", raconte sa maman, qui voit son fils devenir de plus en plus fragile.  "Je sens qu’il ne va pas bien. Je lui demande alors de prendre son mal en patience, que ça passera, que je le changerai d’école à la rentrée… Il a peu de soutien ceci étant, si ce n’est un enseignant."

Le 22 mars, Bruxelles est frappée par de terribles attentats. Hélène part donc rechercher son fils. "Devant l’école, des groupes de jeunes de dernière ou avant-dernière année se formaient. Et ce que j’entendais me faisait peur : 'C’est la faute aux Juifs, à Israël, faut tous les buter ! Allahou Akbar !'

Précisons que nous n'avons pas été en mesure de vérifier le témoignage d'Hélène sur ces appels à la haine et à la violence.

"Le même jour j’ai été voir le préfet, je lui ai demandé de réagir, d’agir", raconte encore Hélène. L’école tente de rassurer Hélène, qu’une note de service va être rédigée. "Mais le mal est déjà fait, Samuel n’a plus sa place dans cette école. D’ailleurs, il ne voulait plus y retourner, il est submergé d’angoisses... J’envisage de le désinscrire…"

J’ai hurlé

Le 24 mars, soit très vite, la décision est prise. Hélène prend contact avec une école juive et une place est libérée pour son fils. Hélène part donc le jour même à Uccle 2 le rechercher. "J’ai hurlé, j’ai dit qu’un 'sale juif' n’avait rien à faire dans cette école. J’étais furieuse du manque de réaction, de soutien."

Une demande d’autorisation de changement d’établissement (une sorte de décharge) est signée. Il faut un motif : ce sera, indique Hélène, "propos antisémites minimisés en insultes par le proviseur." Le préfet valide et signe, comme nous avons pu le constater.

J’ai peur de devenir raciste

"Samuel est aujourd’hui dans sa nouvelle école. Il n’a jamais eu de cours de religion, d’hébreu, ce n’est pas évident pour lui. Mais il s’accroche. Quelque chose s’est brisé avec cette histoire. Moi qui ai toujours été tolérante, ouverte – le parrain de mon fils est musulman – j’ai peur de devenir raciste. Sans oublier que tout un temps, j’ai cru que mon fils et moi-même avions exagéré les choses, que nous étions trop sensibles. Mais en fait, pas du tout."

Un dossier a été introduit auprès d’Unia (ex-Centre pour l’Égalité des chances) et de la LBCA, la Ligue belge contre l’antisémitisme. Le dossier est encore d'analyse chez Unia, qui n'a pas encore d'avis.

Le président de la LBCA, Joël Rubinfeld, dénonce ce qu’il appelle la "double pleine" infligée à la victime. "L’enfant qui subit l’agression verbale voire physique doit aussi quitter l’école. Le bourreau, lui, reste. De plus, dans d’autres cas d’enfants juifs obligés de quitter leur établissement en raison d’insultes à caractère antisémite, nous étions dans des quartiers centraux de Bruxelles, pas à Uccle, commune réputée plus calme. Il n’y a donc plus de sanctuaires. Enfin, le problème dépasse le cadre de l’antisémitisme à partir du moment où des jeunes accueillent des attentats, dans leur propre ville, par des 'Morts aux juifs'. Il faut stopper cela dans le milieu scolaire.

L’équipe éducative toute entière accorde une attention particulière à cette problématique

L’établissement ne souhaite pas s’exprimer directement et renvoie à l’administration générale de l’enseignement en Fédération Wallonie-Bruxelles. Selon le service de communication de ce dernier, la direction de l’établissement n’a "jamais voulu minimiser l’importance des propos énoncés" le 5 février dernier.

"Au vu du contexte actuel de stigmatisation de certaines communautés, encore aggravé par les attentats du 22 mars, ajoute l’administration, "il ne nous semble pas opportun de revenir sur cette affaire désormais clôturée. Pour votre information, sachez que l’établissement a organisé une journée de sensibilisation au harcèlement à destination des élèves de 1e et 2e, preuve supplémentaire que l’équipe éducative toute entière accorde une attention particulière à cette problématique."

Toujours est-il qu’Hélène a décidé de porter plainte contre Uccle 2 auprès de la police pour "incitation à la discrimination, à la haine ou à la violence à l’égard d’un groupe ou d’une communauté". Un p-v. que la RTBF a pu lire et dans lequel Hélène ne minimise pas le coup porté par son propre fils. "Si cette plainte est introduite, c’est pour que d’autres enfants, quelles que soient leur religion ou leurs origines, n’aient pas à subir ce qu’a subi mon fils."

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