Uccle : un nouveau projet immobilier pour l’ancien manoir de l’animateur Arthur

Le manoir Pirenne, avenue de la Floride à Uccle, bientôt rénové : une demande de permis est actuellement à l’enquête publique. Introduite par la société Emaprod, elle propose, outre cette rénovation, la rénovation de la conciergerie, la rénovation des rocailles, la construction de deux villas à appartements, la construction d’une villa à la place des anciennes serres et anciens potagers, la démolition des terrains de tennis et l’abattage de 120 arbres à haute tige. Un projet imaginé par l'architecte Corbiau totalement différent de celui proposé en 2015 par la société Ocean group, détenue par le célèbre animateur français de télévision Arthur, alors résident ucclois.

Le projet avait fait grand bruit, dans le quartier, à Uccle et au-delà. En janvier 2015, la société Ocean group, dont le siège est à Saint-Gilles, introduit une demande de permis. Objectif : démolir le manoir, ses annexes, ériger trois villas à appartements (allant de 300 à 700 mètres carrés, avec piscine sur le toit) et abattre une soixantaine d’arbres. Il faut dire que le site est pittoresque : le manoir est entouré d’un îlot de verdure de 1,5 hectare coincé entre l’avenue de la Floride, la rue Langeveld et l’avenue de Sumatra. Nous sommes dans les quartiers chics d’Uccle.

Construit en 1923

Mais le manoir a une histoire. Construite entre 1910 et 1913 par l’architecte Adolphe Pirenne pour Octave Hock-Pugh, cette grande propriété bourgeoise est une rareté en Région bruxelloise, "en particulier dans ce quartier, comprenant un parc paysager, une villa permettant d’affirmer le prestige social du commanditaire et ses annexes", indique la Commission royale des Monuments et Sites.

"La villa, implantée au sommet du vallonnement, domine la composition paysagère et fait partie intégrante du site. On y reconnaît des caractéristiques de l’œuvre d’Adolphe Pirenne (1876-1932). Cet architecte, formé à l’Académie Royale des Beaux-Arts de Bruxelles est l’auteur de nombreuses réalisations à la côte belge (NDLR : Knokke), à Bruxelles (NDLR : Ixelles, Forest, Woluwe, Schaerbeek, la maison Pelgrims à Saint-Gilles…) et au Congo. S’il est aujourd’hui moins connu, il connut une belle carrière et bénéficia de son vivant d’une reconnaissance de son œuvre."

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Une inscription rappelle le nom de l’architecte à l’entrée. © Région de Bruxelles-Capitale

Pour les riverains et des associations de défense du patrimoine, outre le manoir qu’il faut conserver et son parc comprenant plusieurs arbres remarquables, il y a les nuisances que va engendrer le chantier. Ils se plaignent aussi de la hauteur des constructions souhaitées par Ocean group ainsi que les futurs embarras de circulation. En avril 2016, le verdict tombe : le projet immobilier d’Arthur est refusé.

Le site du manoir vient d’être classé

L’animateur ne laisse pas tomber : il introduit une nouvelle demande proposant cette fois de rénover le manoir, de démolir le terrain de tennis, de rénover la conciergerie, de restaurer les anciens potagers, de démolir les serres, de rénover les rocailles et de construire, enfin, trois villas de luxe à appartements notamment le long de l’avenue de Floride. La demande n’est pas instruite. Pour cause : le gouvernement bruxellois lance une procédure de classement à la demande du Comité de quartier Floride Langeveld avec le soutien de l’ASBL Pétitions Patrimoine.

Celle-ci a abouti ce jeudi 10 juin : la propriété dite "Pirenne" est officiellement classée comme site, qui "présente un intérêt scientifique et esthétique" de part notamment "l’implantation et l’architecture de la villa et sa scénographie avec des rocailles présentant un niveau de finition exceptionnel". Attention : c’est le site qui est classé, pas la villa en tant que telle.

Des conditions satisfaisantes pour Arthur ? Celui-ci jette l’éponge et retourne habiter en France. Ocean group revend le manoir et son parc à la société Emaprod, important acteur immobilier de standing à Bruxelles et en Brabant wallon. Nouvelle demande de permis : c’est celle qui est actuellement à l’enquête publique.

Une valorisation du manoir Pirenne

Le terrain reste toujours constructible. "Le projet s’inscrit donc à la fois dans une dynamique de valorisation du Manoir Pirenne et de son parc paysager et à la fois dans une dynamique de valorisation immobilière des dizaines d’ares constructibles restant à disposition", justifie Emaprod.

Par ailleurs, "le projet conserve le caractère unifamilial d’origine de la villa. Il adapte le programme à un projet de villa luxueuse d’aujourd’hui, en adaptant les espaces intérieurs à une utilisation plus contemporaine et en améliorant la cohérence notamment de l’entrée vis-à-vis de sa nouvelle utilisation."

Le projet privilégiera "le parc dans sa situation existante afin d’y favoriser la faune et la flore. Ainsi, les anciens chemins sont recouverts de pelouse".

120 arbres malades abattus, 81 plantés

Quant aux deux nouvelles villas qui verront le jour (trois et quatre niveaux, hors parkings en sous-sol), leur implantation "a été conçue de façon à réduire au maximum l’empiètement sur l’importante zone de protection d’arbres". Le promoteur veillera aussi à une implantation évitant les vis-à-vis. La troisième villa, elle, sera implantée à l’endroit des anciens potagers puisque les Monuments et Sites "n’ont expressément manifesté aucun intérêt pour la rénovation des anciens potagers et des anciennes serres".

Le premier projet prévoyait l’abattage d’une soixante d’arbres, celui-ci de 120 ! "La plupart étant des arbres malades, morts ou menaçant de tomber", rassure Emaprod. On recense 115 arbres non remarquables et cinq arbres morts. Le promoteur en plantera par ailleurs 81 nouveaux.

Les riverains restent effrayés par la taille du projet

Des améliorations qui rassurent dans le quartier ? Pas vraiment. "J’ai eu pas mal de réactions de riverains. Ils sont effrayés par la taille du projet", rapport Chantal De Brauwere du comité de quartier Floride-Langeveld. "C’est évidemment mieux que le premier projet. Mais ici, il y a trois blocs dont un en fond d’îlot. Cela nous déçoit. La commune d’Uccle a établi une charte qui prévoit la protection des intérieurs d’îlots des constructions, en limitant la circulation automobile. Nous espérons que la commune va voir avec le promoteur comment s’y prendre. Pour nous, ce projet reste trop envahissant par rapport aux espaces verts, par rapport à la superficie au sol, quand on compare le PPAS (plan particulier d’aménagement du sol) aux actuelles propositions."

Trop envahissant, une architecture signée Corbiau en décalage avec l’avenue de la Floride, trop d’arbres abattus : pour le comité de quartier, il reste des choses à redire. "Il n’existe pas d’études phytosanitaires des arbres, jointes à la demande de permis. Ce n’est pas au promoteur à déterminer seul quels sont les arbres morts, à abattre et en bonne santé. Il y a 120 arbres qui vont être abattus et 81 replantés. On aura donc une perte du maillage vert. Cet îlot offre aujourd’hui une magnifique liaison avec le bois de la Cambre et les parcs d’Uccle."

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