Uccle et son mayorat maudit depuis 2000

Uccle et son mayorat maudit depuis 2000
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Uccle et son mayorat maudit depuis 2000 - © AURORE BELOT - BELGA

Avec la démission du bourgmestre Armand De Decker (MR), un retour sur le passé politique récent d'Uccle s'impose. Depuis l'an 2000, c'est certainement la commune de la Région bruxelloise où la course pour le mayorat a été la plus âpre, au prix de luttes fratricides qui ont fait la une des journaux. Pourtant, les enjeux sont guère vitaux à Uccle. La commune qui concentre plusieurs grandes fortunes, n'est pas un laboratoire social comme Saint-Josse ou Molenbeek nécessitant une attention politique de tous les instants. Uccle connaît une situation financière stable. Uccle est réputée pour ses espaces verts, ses avenues chics, ses restaurants prestigieux... Jumelée à Neuilly, Uccle a tout de la commune bourgeoise où il fait bon vivre.

Uccle n'est pas la Ville de Bruxelles ou Schaerbeek, les deux communes les plus peuplées de la Région. Pourtant, on s'arrache Uccle comme une bonne table à la Villa Lorraine au Vivier d'Oie ou une pâtisserie chez Saint-Aulaye à Fort Jaco. Tout commence en 1981. Le libéral André Deridder, ancien journaliste local, devient bourgmestre. Pendant 20 ans, son mayorat sera à son image: tranquille et consciencieux. Lors des communales de 2000, il assiste alors, consterné, à la guerre de succession que se livrent les deux prétendants, Eric André et Stéphane de Lobkowicz. Le premier est la tête de liste et totalise 6563 voix, le second le devance avec 7948 voix. La guerre va durer deux longues années.

La guerre Eric André-de Lobkowicz

Alors que dans les 18 autres communes, le scrutin se déroule sans trop de heurts, à Uccle le sang gicle sur les murs. La liste PRL-FDF s'offre la majorité absolue (26 sièges sur 41). De quoi nourrir les appétits les plus voraces. Reste qu'il va falloir trancher entre André et de Lobkowicz. Lequel des deux prendra possession de la place Vander Elst, la place communale? Deux clans vont se former au sein de la même famille libérale-amarante. Eric André peut compter sur le soutien de 10 conseillers, "Lobko" de 14. André tente le coup de force: s'allier aux 4 PS et 7 Ecolo pour présenter une majorité. Hic: la majorité des conseillers de la liste arrivée en tête des élections a fait allégeance à Stéphane de Lobkowicz. La présentation des échevins d'Eric André n'avait en outre pas été effectuée dans les règles.

Les uns et les autres iront jusqu'au bout pour faire valoir leur cause: Conseil d'Etat, Cour d'Arbitrage... En attendant, Uccle se donne en spectacle et les habitants sont en colère. La commune n'a toujours pas de bourgmestre officiel. Il faut trouver un compromis, celui du troisième homme. L'échevin Claude Desmedt, 700 voix, est finalement désigné mais la section PRL est à terre. "Lobko" claquera la porte des libéraux, Eric André, l'ancien secrétaire d'Etat, décédera en 2005 d'une double tumeur au cerveau.

 

Claude Desmedt, l'homme de la synthèse

En 2006, c'est Armand De Decker qui fait son entrée dans la danse. Désigné tête de liste MR, il part favori. Mais en face, "Lobko" a mis sur pied une liste Union communale rassemblant des cdH comme la future ministre Céline Frémault et l'ancien libéral Luc Beyer de Ryke. De Decker cartonne avec 6394 voix contre 3995 pour le prince. La messe est dite.

A une chose près: Armand De Decker occupe déjà des fonctions supérieures et ne souhaite pas quitter son ministère fédéral de la Coopération au Développement. Il ne reviendra pas non plus à Uccle quand il occupera pour la deuxième fois la présidence du Sénat et son prestige. Sur le terrain, c'est Claude Desmedt, en fidèle de toujours, qui doit assurer l'intérim une nouvelle fois.

L'arrivée de Didier Reynders

En 2012, le MR ne change pas une équipe qui gagne à l'exception de Desmedt dont la santé décline - il décède en décembre. De Decker emmène avec lui des mandataires locaux aguerris et expérimentés: Marc Cools le technicien discret, Carine Gol-Lescot veuve Jean Gol, Eric Sax l'ami des people, Boris Dilliès le jeune pressé, Jacqueline Rousseaux son épouse proche des milieux culturels... Un "petit nouveau" poussera la liste: le ministre fédéral Didier Reynders. Promis: l'ancien Liégeois ne nourrit aucune ambition. S'il déménage à Uccle, c'est pour en finir avec "les trajets quotidiens entre Liège et Bruxelles".

Le verdict des urnes dessine le casting du prochain scrutin: De Decker totalise 5 709 voix, Reynders 4 331, Dilliès 3 062, Cools 1985. Le décor, le Kazakhgate, sera planté en 2014, avec l'ouverture d'une information judiciaire. Entre-temps, Reynders assoit son leadership à la tête de la régionale MR, Dilliès élu député régional devient un bon client pour la presse... Ce dernier aime aussi tacler son chef de groupe, Vincent De Wolf proche de Charles Michel. En même temps, la pression sur Armand De Decker, devenu bourgmestre en titre, est sans relâche avec la succession des révélations dans le Kazakhgate. En interne, il se dit qu'il sera bientôt sacrifié. Encore faut-il choisir entre Dilliès, Cools et Reynders pour conduire la liste en 2018. Chacun joue des coudes, un seul sera récompensé.

Ce samedi, Armand De Decker a officiellement annoncé son départ du mayorat d'Uccle, Marc Cools devrait faire fonction jusqu'aux élections, à moins d'une autre désignation. Dans quelques semaines, la tête de liste sera annoncée et elle fera au moins deux déçus.

La politique communale est la moins médiatisée mais assurément la plus proche des citoyens. C'est aussi la plus féroce.

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