Uccle à la veille des élections communales: le MR gardera-t-il sa majorité absolue?

Uccle à un an des élections: le MR gardera-t-il sa majorité absolue?
Uccle à un an des élections: le MR gardera-t-il sa majorité absolue? - © Tous droits réservés

On la dit aisée et c’est vrai qu’elle abrite le quartier le plus riche de la capitale. Il y a la commune d'Uccle côté pile, avec ses quartiers cossus, ses grandes villas. Uccle, refuge des exilés fiscaux. Mais il y a aussi Uccle côté face: avec une population qui se précarise de plus en plus dans certains quartiers. La Chaussée d'Alsemberg par exemple fait partie des zones de pauvreté recensées par la Région bruxelloise il y a peu. 

Uccle au-delà des clichés. Uccle, chamboulée. Ces derniers mois, son ancien bourgmestre Armand De Decker a fait les titres de l’actualité en raison du Kazakhgate. Il a démissionné et c'est Boris Dilliès qui a repris l'écharpe maïorale. Son départ a souligné les divisions du premier parti de la commune. Petit tour des enjeux de ce scrutin communal en 4 questions.

  1. Quelles sont les forces en présence ?

Uccle, c’est depuis très longtemps un bastion de la droite. En 2012, le MR emmené par Armand De Decker, bourgmestre sortant, remporte l’élection communale à la majorité absolue : 21 sièges sur 41 leur reviennent. Une majorité, mais un peu courte. Le vainqueur décide de l’ouvrir à deux autres partis : le FDF (actuel Défi), malgré le divorce entre les deux partis et le CDH. Ils ont chacun un échevin dans le Collège. Le reste des portefeuilles va aux élus MR. Dans l’opposition, on retrouve principalement Ecolo (deuxième force politique de la commune) et le Parti Socialiste (qui faisait partie de l’ancienne majorité). A noter l’arrivée en 2012 d’une autre pointure du MR à Uccle : Didier Reynders est conseiller communal. Il poussait la liste. Une coalition MR-FDF-CDH prend donc la place d’une coalition MR-PS (2006-2012).

  • Le coup de tonnerre de la législature, la démission du bourgmestre Armand De Decker

En juin 2017, l’affaire du Kazakhgate pousse le bourgmestre Armand De Decker à démissionner. L’homme politique et avocat se retrouve au centre d’une information judiciaire et décide le 17 juin, de faire un pas de côté pour, dit-il, " préserver la sérénité dans la gestion de la commune ". Pour rappel, Armand De Decker est soupçonné d’avoir fait pression sur le Parlement pour accélérer l’adoption de la loi sur la transaction pénale. Cette loi a été votée en avril 2011 et elle permet à l’auteur d’une infraction de payer une certaine somme pour éviter des poursuites judiciaires. Elle tombera à pic pour l’homme d’affaires kazakh Patokh Chodiev. Son avocat n’est autre qu’Armand De Decker. L’ancien président MR du Sénat aurait perçu plus de 700.000 euros selon le Canard Enchaîné pour son intervention dans cette affaire. La justice soupçonne une affaire de corruption. Armand De Decker affirme aujourd’hui encore qu’il n’a pas participé à l’élaboration de cette loi.

  • Après la démission d’Armand De Decker, la guerre de succession ?

Pour remplacer Armand De Decker, le MR d’Uccle décide d’organiser une élection en interne. Le duel se joue entre le premier échevin Marc Cools, qui jusqu’ici tenait les rênes de la ville en l’absence d’Armand De Decker et Boris Dilliès, échevin des finances et alors, député bruxellois. C’est le deuxième qui l’emporte. Il prête serment le 15 septembre 2017. Et logiquement, Boris Dilliès devient la tête de liste du MR à Uccle pour les élections communales.

Cette décision va laisser des traces. Marc Cools, décide en janvier 2018 de lancer sa propre liste: Uccle en avant. Au départ, Marc Cools est déçu et agacé, dit-il, par le fait que jusqu’ici, Boris Dilliès, le nouveau bourgmestre d’Uccle ait tardé à démissionner de son poste de député bruxellois. Alors que le MR défend la fin du cumul pour les bourgmestres d'une commune de plus de 50.000 habitants. Plus tard, Marc Cools évoquera la mauvaise gestion de Boris Dilliès, le fait que "c'est trop Bling-Bling, on distrait la population. Mais on n'a pas de vision à long terme pour Uccle". Ces deux-là sont à couteaux tirés. En mars dernier, Marc Cools est exclu du MR et mis sous tutelle. 

   2. Quel bilan revendique la majorité ?

  • Le projet d'une nouvelle administration

Ce sera une " révolution copernicienne " pour Uccle, selon la majorité. Elle a acquis un nouveau bâtiment qui verra s’installer le nouveau centre administratif. Il s’agit de l’ancien bâtiment de FABRICOM. L’objectif est de centraliser les différents services communaux, favoriser les synergies entre eux. Jusqu’ici, en plus de la maison communale, il existe 7 autres sites. Le déménagement est prévu en 2019. En parallèle, un nouvel organigramme du personnel a été pensé.

  • Un travail important de maîtrise de la dette communale

La majorité admet que la dette communale d’Uccle est importante, 140 millions d’euros. Mais elle l’a dit maîtrisée. C’est le prix à payer pour des infrastructures communales bien entretenues, dit-elle encore : écoles, centres sportifs etc. Selon la majorité, les comptes 2016 qui ont été clôturés sont les chiffres les plus positifs de ces 10 dernières années.

  • Infrastructures nouvelles ou rénovées

La majorité souligne les chantiers réalisés comme les rénovations de différentes écoles (Les Eglantiers, Ecole du Merlot), centres sportifs. Une Maison de la Parentalité a aussi vu le jour.

  •  Baisse de la criminalité

Selon la majorité, la criminalité a baissé de 30 % par rapport à 2012. Le phénomène s’explique selon elle grâce au professionnalisme de la police. La brigade "Flag" pour flagrant délit intervient dans les 5 minutes et cela donne des résultats. La majorité assume aussi sa politique en matière de caméras de surveillance. Leur nombre a doublé lors de la dernière législature.

    3.  Quels reproches formule l’opposition ?

  • Le thème de campagne qui s'impose, c'est la mobilité. Ecolo-Groen parle plutôt d'immobilité. Thibaud Wyngaard, tête de liste énumère, lors du débat de BX1: "Que ce soit au niveau des pistes cyclables et des itinéraires cyclables communaux, on n'est nulle part. Le plan communal de mobilité n'a toujours pas été revu en 12 ans, le plan de stationnement a été très contesté, il est même passé en seconde session en quelque sorte au conseil communal ". La majorité répond que la mobilité ne dépend pas que de l'échelon communal. Majorité comme opposition sont pour la création d'un parking sous-terrain, place Jean Vander Elst, sous la maison communale.
     
  • D'un point de vue général, la critique de l'opposition porte sur "la mauvaise gestion" de la commune. Mauvaise gestion dans la coordination des chantiers. Il faut anticiper plus avec la région, dit DéFI. L'opposition pointe aussi du doigt la charge de la dette communale, son poids par rapport au budget ordinaire. Cette charge ne cesse d'augmenter. 
     
  • Augmentation des impôts: La fiscalité, c'est traditionnellement un thème-clé de la campagne du MR à Uccle. L'opposition souligne que le précompte immobilier a augmenté de 10 %. La majorité répond que l'Impôt des Personnes Physiques, lui, a baissé. 
     
  • Enfin, il y a un thème nouveau, qui revient souvent. L'opposition parle de "dualisation" de la commune. Il y a 30 % d'allocataires sociaux supplémentaires dans la commune en 10 ans, selon le parti socialiste. Et selon lui, il n'existe pas de volonté de créer une politique sociale dans la commune. DéFI, dans la majorité, pointe lui du doigt le millier de logements vides à Uccle. 

   4.   Qui se voit bourgmestre ?

Résumons! Il y a donc deux listes côté libéral : celle du bourgmestre sortant Boris Dilliès (MR-Open VLD) et celle du premier échevin Marc Cools (Uccle en avant). Est-ce que cela va affaiblir la liste du Bourgmestre? Possible. Le Kazakhgate va-t-il avoir un impact sur la majorité sortante? Possible aussi. 

MR et CDH (emmené par Céline Frémault, ministre bruxelloise) ne cachent pas qu'ils repartiraient bien pour un tour ensemble. DéFI avec sa tête de liste Emmanuel De Bock affiche ses ambitions de doubler son nombre de sièges et de rester dans la majorité, voire même de devenir bourgmestre.

Dans l'opposition, Ecolo-Groen, deuxième force politique, espère conforter ses sièges, voir en grappiller deux de plus. Thibaud Wyngaard et son équipe sont prêts à monter dans la majorité mais "pas à n'importe quel prix, avec un projet ambitieux pour les Ucclois". Le Parti socialiste est emmené par Bernard Hayette. 

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