Tunnels bruxellois: des années de sous-financement, des archives stockées sous des viaducs

Tunnels bruxellois: les ministres successifs ont toujours hésité face aux travaux de rénovation en profondeur
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Tunnels bruxellois: les ministres successifs ont toujours hésité face aux travaux de rénovation en profondeur - © LAURIE DIEFFEMBACQ - BELGA

Manque de budgets, manque d'effectifs et stockage improbable d'archives dans des piles de viaducs, c'est ce qu'ont pu apprendre les membres de la commission spéciale du parlement bruxellois chargée de se pencher sur les circonstances de la dégradation des tunnels de la capitale au fil des ans ce mardi.

Les ministres qui se sont succédé dans la gestion des Travaux publics entre 1989 et 2013 n'ont jamais posé trop de problèmes face aux demandes de réparation urgentes et peu coûteuses dans les tunnels de la capitale, par contre, ils ont toujours "hésité" face à celles de rénovations en profondeur pour des raisons budgétaires et en raison des difficultés de gestion du trafic que ce type d'intervention engendre, a affirmé mercredi après-midi Jean-Claude Moureau, directeur général de Bruxelles Mobilité de 1996 à 2013.

Plus largement, Jean-Claude Moureau a déploré le manque de visibilité de l'entretien des infrastructures en Belgique. "On fait du curatif et non du préventif" qui coûterait pourtant moins cher, a-t-il déploré.

Manque d'effectifs

Jean-Claude. Moureau a souligné que dans le diagnostic établi dans le contexte du Master plan tunnels remis à la ministres des Travaux publics sortante (ndlr: Brigitte Grouwels), en 2013, "nous avons clairement tiré la sonnette d'alarme" sur l'état de dégradation des tunnels. L'ampleur du coût des réparations des tunnels de plus de 300 mètres était de 360 millions d'euros.

Il a déploré par ailleurs la grande faiblesse, en nombre, des effectifs affectés à l'entretien des tunnels, au sein de Bruxelles Mobilité, un service pourtant "expérimenté et compétent", "reconnu et labellisé" et "ouvert à l'innovation technologique". "J'ai adressé plusieurs mises en garde aux ministres face au manque d'ingénieurs et de techniciens spécialisés", a-t-il dit.

Pour Jean-Claude Moureau, la question qui se pose aujourd'hui est de nature politique : "Faut-il maintenir tout ou partie des tunnels bruxellois et à quelles conditions". "J'étais chef d'orchestre à Bruxelles-Mobilité, mais les ministres étaient les directeurs du programme", ajoute-t-il.

Autre propos saillant de son intervention, en réponse à une question de Vincent de Wolf (MR): on est aussi en droit de craindre une dégradation importante des ponts de la capitale, si on poursuit sur la voie actuelle.

Des archives stockées dans un pilier de viaduc du complexe Reyers et des souris

Au cours de la séance de la Commission, on a aussi appris que l'accès aux documents d'archives était plutôt compliqué : à une certaine époque, l'administration étant hébergée dans un hôtel faute de locaux, il avait été décidé de stocker une partie des archives dans ... un des piliers du complexe Reyers accédant à l'E40.

Ce stockage improvisé a duré plusieurs années selon les ex-responsables de Bruxelles Mobilité : "Une partie des documents archivés ont été stockés dans des piles de pont et ont peut-être été mangés par les souris", a ainsi affirmé Christan De Buysscher, ex-directeur du département ouvrages d'arts et voiries de l'Administration des Equipements et des Déplacements (AED), devenue depuis quelques années Bruxelles Mobilité.

"Pas mal d'archives" ont dès lors été stockées dans une ou des piles de pont d'un des viaducs d'interférence connectant l'autoroute de Liège au boulevard Reyers.

Christian Debuysscher, a aussi insisté sur le fait que les services techniques n'avaient selon lui jamais failli. "Malgré l'inquiétude de l'administration, l'intégrité des tunnels n'est jamais apparue comme une priorité... Or différer une intervention a toujours pour effet d'aggraver la situation", a-t-il ajouté, écornant au passage l'ex-secrétaire d'Etat à la Fonction publique Bruno De Lille (Groen) pour avoir empêché, selon lui, un renforcement des effectifs en charge de la gestion des tunnels que "les Verts n'aiment pas". Membre de la commission, celui-ci lui a répliqué qu'il ne lui appartenait pas de faire ce choix, contrairement au ministre compétent, à travers son propre budget.

Budgets insuffisants

L'ingénieur qui dirigeait le service des Ponts et Chaussées à Bruxelles-Mobilité, Philippe Rombouts estime qu'après 1989 les budgets d'entretien étaient insuffisants pour couvrir tous les travaux ce qui a mené à entamer le budget d'investissement.

Egalement aux commandes à l'époque, Christian Debuysscher, précise qu'après 2003, le bureau d'inspection liégeois en charge des tunnels n'est plus venu à Bruxelles car on se plaignait en Wallonie que celui se concentrait rop à Bruxelles. C'était, dit-il, le seul bureau belge apte à faire ce travail.

Pas d'erreur de "conception, mais des habitudes d'exécution"

Plusieurs membres de la commission ont cherché à savoir si des erreurs de conception ou de construction des tunnels bruxellois avaient été décelées. A ce sujet, Philippe Rombouts, ex-ingénieur en chef du service des ponts et chaussées de l'Administration des Equipements et des Déplacements de 1989 à 2003 et qui a oeuvré auparavant au sein de l'administration nationale des Travaux Publics a notamment jugé qu'il n'y avait pas eu d'erreur de "conception des tunnels bruxellois, mais des habitudes d'exécution".

On a opté pour la technique des murs emboués (on commence par creuser une tranchée pour construire les parois du tunnel; on y coule un mélange d'argile et d'eau pour empêcher les éboulements avant d'y injecter le béton et le ferraillage). Mais on s'est contenté de cette unique paroi de béton irrégulière impossible à étanchéifier de l'extérieur comme structure portante du tunnel là où les autorités allemandes ont doublé les parois du métro de Cologne construit selon cette technique, d'une autre parois intérieure, a-t-il expliqué en substance.

La commission entendra mercredi prochain, les deux derniers ministres de la Mobilité en date, Brigitte Grouwels et Pascal Smet.

Pas d'erreur de conception, mais des habitudes d'exécution

Il n'y a pas eu d'erreur de "conception des tunnels bruxellois, mais des habitudes d'exécution", a affirmé Philippe Rombouts.

Il a notamment expliqué que l'on avait opté, en ce qui concerne la construction des tunnels bruxellois (ndlr: datant d'avant la création de la Région bruxelloise) pour la technique des "murs emboués".

Permettant d'éviter le percement du tunnel à ciel ouvert, celle-ci consiste à creuser une tranchée pour construire les parois du tunnel. On y coule un mélange d'argile et d'eau pour empêcher les éboulements avant d'y injecter les armatures et le béton.

A Bruxelles, on s'est contenté de cette unique paroi de béton irrégulière impossible à étanchéiser de l'extérieur comme structure portante du tunnel. A titre de comparaison, les autorités allemandes ont doublé les parois du métro de Cologne construit selon cette technique, d'une autre paroi intérieure, a-t-il expliqué en substance.

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