Un mois après la tuerie place Saint-Lambert, où en est l'enquête?

La fusillade avait fait 125 victimes au total, dont 6 morts, plus le tueur.
La fusillade avait fait 125 victimes au total, dont 6 morts, plus le tueur. - © Belga

Le 13 décembre 2011, la fusillade de Liège faisait 125 victimes et 7 morts, dont le tueur. Un mois après, où en est l’enquête ? La réponse tient en deux mots: nulle part. Et pourtant, la justice ne ménage pas ses efforts pour tenter de comprendre le geste de Nordine Amrani. Le dossier est déjà épais de 35 cm et compte déjà entre deux et trois cents procès verbaux.

Quatre ou cinq jours après la fusillade, le parquet du procureur du Roi a mis l'affaire à l'instruction, du chef d'assassinat. C'est paradoxal, puisque la mort du tireur éteint les poursuites pénales. Mais la justice liégeoise veut, pour comprendre, pouvoir éventuellement perquisitionner.

La magistrate en charge des investigations est la juge qui, en 2007, avait déjà décerné un mandat d'arrêt à l'encontre de Nordine Amrani. A ce jour, elle n'a pas encore reçu les analyses toxicologiques. Elle ne peut donc pas dire si l'auteur des faits a agi ou non sous influence.

L'enquête est de type classique. Elle tente de reconstituer le parcours du criminel: qui il a vu, où et quand, dans les quelques semaines avant le drame.

L'un des points d'interrogation, c'est évidemment le dépôt d'armes retrouvé chez Nordine Amrani. C'est plus qu'une collection, c'est du commerce. Plusieurs éventualités sont évoquées. Les uns parlent de liens avec les milieux d'extrême droite, par l'intermédiaire d'un avocat liégeois connus pour ses sympathies brunes, mais l'intéressé dément catégoriquement. Le parquet du procureur du Roi réfute également cette hypothèse, de même que la piste terroriste.

Selon nos informations, le dossier contient l'un ou l'autre élément qui laisse penser à un  contact entre Nordine Amrani et le grand banditisme, la truanderie liégeoise, l'une ou l'autre bande de braqueurs de fourgon. Sur ce point, les autorités se bornent à un "no comment", sans infirmer. Mais il est peut-être prématuré d'en tirer des conclusions.

Bilan médical et psychologique

Un mois jour pour jour après la tuerie, il ne reste plus de blessés dans les hôpitaux. Le dernier est sorti ce jeudi en début d'après-midi. Il ne lui restait plus qu'un plâtre à changer. Rappelons que la fusillade avait fait 125 victimes au total, dont 6 morts, plus le tueur.

Parmi les nombreux hôpitaux qui ont soigné des victimes, ceux du centre hospitalier chrétien en ont pris une quarantaine de charge, dont le bébé qui est décédé. Au service des urgences, le personnel est habitué à traiter des cas graves, mais même pour eux, le drame du 13 décembre a laissé des traces. ''On en parle encore, déclare le docteur Patrick Camelbeeck, le chef du service des urgences du CHC. Il y a eu des débriefings ainsi qu’un débriefing psychologique avec certaines équipes. Notamment notre SMUR qui était sur place. Ils ont été fort marqués par l’événement : le type de blessures, les patients à prendre en charge mais aussi le stress de se trouver en zone de danger avec un risque imminent…''

Les événements du 13 décembre ont marqué le personnel. Même si a priori il est formé voire habitué à de telles blessures, ''cela reste quelque chose de choquant, de marquant. Aussi par le fait que les personnes décédées sont des jeunes, que nous avons dû gérer sur place le décès d’un bébé, avec prise en charge de la famille.''

Benoit Drèze, l'échevin des Services Sociaux, de la Famille et de la Santé de la Ville de Liège et les services de secours médicaux, psychologiques et sociaux qui sont intervenus lors de la fusillade de la Place Saint-Lambert, ont établi ce jeudi un premier bilan des secours apportés. On peut notamment en retenir que 124 personnes ont été admises dans 11 hôpitaux de la région liégeoise le jour de l'événement et que depuis, 1124 personnes ont bénéficié d'un suivi psycho-social.

Un suivi a également été proposé aux 320 intervenants de la police et aux intervenants médicaux. 60 personnes ont également demandé une aide juridique.

Les intervenants estiment par ailleurs que les difficultés liées à la communication qu'ils ont rencontrées dans les premières heures - réseaux saturés, rumeurs- ont insécurisé et compliqué leur tâche, mais qu'elles n'ont pas affecté la qualité des soins.

Michel Gretry

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