Tuerie de Liège: quel traumatisme pour la population?

La fusillade a marqué les Liégeois, même ceux qui n’étaient pas présents.
La fusillade a marqué les Liégeois, même ceux qui n’étaient pas présents. - © Belga

L'université de Liège a récemment publié les résultats d'une enquête mesurant l'impact psychologique de la fusillade qui s'est produite à Liège il y a un an. 260 personnes ont répondu à un questionnaire pour évaluer le niveau de traumatisme et identifier le profil des personnes les plus touchées par cet événement. A côté des blessés, on trouve des passants, des témoins qui n'ont pas tous été pris en charge psychologiquement. Et certaines personnes ont fini par développer des troubles.

Adélaïde Blavier est responsable du centre en psycho-traumatisme de l'ULg. Selon elle, l’enquête menée auprès de ces 260 personnes – directement touchées ou pas par les événements du 13 décembre 2011 – a permis d’en connaître un peu plus sur le traumatisme qu’a causé le geste de Nordine Amrani sur la population liégeoise.

Premiers enseignements : l’enquête tend à montrer que "les femmes sont beaucoup plus fragiles que les hommes face à des événements de ce type et que les personnes présentes Place Saint-Lambert présentent plus de séquelles."

Il est aussi intéressant de souligner que tout le monde a été marqué par l’événement, ajoute l’universitaire. Même ceux qui n’y étaient pas. "Parce qu’elles connaissent l’endroit, qu’elles y vont régulièrement." Les médias ayant joué un rôle important à ce niveau-là, par les images "très parlantes" qu’ils ont véhiculées.

Traumatisées, oui ; mais comment ?

Les personnes interviewées ont-elles changé de comportements depuis le drame ? Y’a-t-il un avant et un après 13 décembre 2011 à Liège ? Adélaïde Blavier relève pour sa part plusieurs conséquences, au niveau comportemental, de la fusillade sur la vie des Liégeois qui ont accepté de répondre à ses questions. "On a des personnes qui évitent les lieux de l’événement, des gens qui présentent des troubles du sommeil ou une grande angoisse. Un isolement social aussi."

Dépression, sentiment d’anéantissement… les manifestations physiques ou psychologiques ne sont toujours pas détectables de prime abord mais elles sont bien là. "Certains ne prennent plus aucun plaisir dans la vie. D’autres montrent des signes d’irritabilité. Ils deviennent agressifs, envers eux-mêmes ou leur entourage. Ils ne supportent plus toute une série de contrariétés." Même les bruits, dans la rue, deviennent perturbateurs.

Des petits éléments qui s’accumulent et deviennent problématiques

Ces changements d’humeur, d’attitude, de perception de soi ou du monde qui les entoure, ont tendance à s’accumuler chez certains. C’est ce qui ressort de l’enquête. Mis bout à bout, ceux-ci forment un ensemble qui font prendre conscience aux interviewés "qu’ils sont en train de développer un trouble psychologique. Et c’est à ce moment-là, généralement, qu’ils consultent."

Impuissant et coupable d’être encore en vie

Chez certaines personnes, le ressenti de cet après 13/12/2011 se manifeste par un sentiment de culpabilité. Non pas par rapport au fait en lui-même mais par rapport aux autres victimes de la tuerie. "On a des cas où l’on note un sentiment de culpabilité d’être toujours vivant alors que d’autres n’ont pas eu cette chance. Ils ont vécu un sentiment d’impuissance très important lors de la fusillade." Et ce dernier reste présent dans leur vie actuelle.

Pour autant, au-delà des constats sur le quotidien des gens, les scores moyens enregistrés lors de l’enquête ne sont pas alarmants, nuance Adélaïde Blavier. "La plupart des personnes qui ont répondu à notre questionnaire se situent au niveau 1 de traumatisme (sur une échelle qui va de 0 à 3). On n’est donc pas encore dans un niveau trop élevé." Autrement dit, chez bon nombres de personnes, le traumatisme est là mais il ne nécessite pas une prise en charge médicale immédiate.

Erik Dagonnier

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