Tuerie de Liège: deux ans après, une minute de silence en hommage aux victimes

A midi 32, la centaine de personnes rassemblées autour de la stèle souvenir ont observé une minute de silence. Parmi elles, un homme, le père de Pierre Gérouville: "Je suis là en souvenir de mon fils, Pierre. On a aussi mis une bâche avec une phrase qui résume notre sentiment: 'Ce drame a été perpétré par la haine d'un homme, rendu possible par les manquements la justice, le laxisme de la société et la négligence de certains'. Je pense que tout est dit dans cette phrase. C'est insupportable. C'est là en permanence. La vie est gâchée".

La minute de silence passée, les connaissances des victimes ont fleuri la stèle. L'organisateur du village de Noël et le gouverneur ont déposé chacun une gerbe en souvenir des six personnes assassinées place Saint-Lambert par Nordine Amrani.

Deux ans après les faits, le dossier est prêt à être bouclé

C'est paradoxal puisque l'auteur, Nordine Amrani, est mort, mais il y aura bien une audience dans l'affaire de la tuerie de la Place Saint-Lambert. Une audience de la Chambre du Conseil à laquelle pourront assister les parties civiles. C'est là qu'elles entendront le réquisitoire du Parquet et donc les conclusions de l'enquête. Une enquête qui aura duré deux ans. Une enquête sur un meurtrier décédé. Danièle Reynders, procureure du roi: "C'est inhabituel, mais il y a toujours la question de vérifier si l'auteur était vraiment seul. L'enquête se justifiait donc au moins à ce niveau-là".

Et là, la justice a une certitude: Nordine Amrani a bel et bien agi seul. Sur le reste, sur ce qui a motivé le tueur, s'il était sous l'influence de la drogue, s'il était trafiquant d'armes plutôt que collectionneur, si l'institution judiciaire qui le suivait l'a correctement surveillé, si le drame aurait pu être évité, Danièle Reynders reste muette: "Je ne donne aucune explication en ce qui concerne le contenu de l'instruction".

L'enquête a duré deux ans. Les parties civiles, les représentants des victimes de Nordine Amrani, ont demandé des auditions complémentaires que la juge d'instruction a menées. Son dossier est prêt à être bouclé. C'est une question de semaines. Ensuite, le Parquet tracera son réquisitoire, ça prendra un ou deux mois, et là, la date de l'audience pourra être fixée.

"Chaîne de vies", une association créée par les parents d'une des victimes

Laurent Krémer, 20 ans, est l'une des victimes de la fusillade. A l'annonce du décès de son fils, Claudine Krémer aura ses mots: "Prenez tout, prenez tous ses organes, je veux qu'il vive dans d'autres corps". Depuis 2012, avec son mari Thierry et la collaboration de professionnels (psychologue, coordinateur de dons d'organes et médecin réanimateur), Claudine va parler de son association "Chaîne de vies" dans les écoles, dans des classes de 6e primaire ainsi qu'à des rhétoriciens: "L'année dernière, au début, on a choisi les écoles où on connaissait quelqu'un. On est allés dans la classe de Laurent qui aurait été instituteur. On voulait absolument aller dans sa classe même si ce n'était pas facile. On a donc commencé comme cela, et l'année dernière, on a fait plus ou moins une vingtaine de classes. Sur un an, c'était déjà pas mal. Et cette année, c'est bien reparti. On a encore fait d'autres écoles où on nous demande déjà de revenir l'année prochaine".

"Je pense qu'en prenant les enfants, les jeunes, on peut vraiment progresser et faire changer les mentalités" explique Thierry Kremer, le papa de Laurent. "Ils n'ont pas d'arrière pensée, ils sont très naturels, très francs. Et il faut en parler sans tabou".

La création de cette association a amené Claudine et Thierry à rencontrer des personnes ayant bénéficié d'un don d'organe. Des rencontres bouleversantes qui chaque fois, les confortent dans la décision qu'ils ont prise il y a deux ans: "Malgré nous, on est médiatisés. On peut peut-être se servir de notre malheur pour rendre le bonheur à d'autres. Laurent n'aura pas eu la chance d'être papa mais à sa manière, il aura donné des vies".

 

F. Braibant, B. Alié

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