Tubize : un hôpital fantôme sous-exploité en pleine crise Covid-19 ?

L'hôpital de Tubize
L'hôpital de Tubize - © © Google Maps

La capacité hospitalière pour les patients Covid-19 suscite toujours des inquiétudes dans une partie du monde médical. En dépit des derniers chiffres indiquant qu’une petite moitié des lits en soins intensifs est encore disponible, de nombreux professionnels de la santé redoutent toujours une possible saturation.

Aujourd’hui, certains membres du personnel soignant s’interrogent… "Ne faudrait-il pas réorganiser certains hôpitaux de jour pour soulager d’autres institutions qui pourraient bientôt être saturées ?", nous ont déclaré hier des travailleurs du monde médical, sous couvert de l’anonymat. C’est en tout cas ce que pensent certains travailleurs du groupe Jolimont, un groupe hospitalier qui compte des sites à Nivelles et à Tubize, notamment.

Le cas de Tubize

Depuis quelques années, plusieurs services de l’Hôpital de Tubize ont été transférés vers d’autres sites du groupe, à Nivelles, principalement. Depuis, le site de Tubize est essentiellement limité aux consultations, radiologies, prises de sang et hospitalisations de jour. Conséquence de la crise sanitaire actuelle, le centre de diagnostic rapide de Tubize a été fermé, il y a quelques jours. Objectif du groupe Jolimont : affecter les effectifs nécessaires à l’hôpital de Nivelles, pour y assurer un poste médical avancé. L’offre de soins à Tubize a donc encore été réduite. "Ce qui ne veut pas dire que l’hôpital de jour tubizien soit totalement fermé", souligne le groupe Jolimont.

Hôpital au ralenti

Nous avons contacté des travailleurs des sites de Tubize et de Nivelles. Sous couvert de l’anonymat, ils décrivent un site tubizien "au ralenti". "C’est pratiquement un hôpital fantôme", explique un autre membre du personnel. "Il est quasiment vide. Je trouve cela bien dommage, car on a vraiment besoin de place. Il y a pourtant un beau potentiel. Il y a moyen de faire quelque chose de vraiment utile". Plusieurs autres témoins confirment. "Sans engager d’importants frais, en réaménageant des étages et moyennant l’apport de matériel adéquat, il y aurait moyen d’accueillir des patients Covid-19 en cas de saturation d’autres institutions. D’ailleurs, à Tubize, nous avons aussi des personnes contaminées". Un autre soignant relativise. "Il ne fait pas oublier que le groupe Jolimont a sauvé Tubize, il y a quelques années. Car le site était clairement menacé. Des emplois ont pu être sauvés au sein du groupe, via des transferts vers Nivelles, par exemple. Il faut aussi tenir compte de l’emploi, malgré la crise sanitaire actuelle et le sentiment d’avoir un hôpital sous-exploité".

Réaménagements proposés

En cas d’urgence et vu le caractère exceptionnel de la pandémie, plusieurs travailleurs proposent de possibles réaménagements à Tubize. "Il y a un étage en travaux. Mais le deuxième étage fonctionne d’habitude comme un hôpital de jour. Donc, il y a des lits et tout ce qu’il faut. Le troisième étage a été transformé en salles de classe, il y a un certain temps déjà. Il servait de centre pédopsychiatrique. Mais les jeunes ont dû rentrer dans leurs familles, à cause du Covid-19. Je pense donc qu’on pourrait y réinstaller aussi des lits. Au rez-de-chaussée, les boxes des urgences et l’ancienne salle des soins intensifs pourraient également servir. Même chose pour la salle de réveil. Sans oublier deux salles du bloc opératoire."

L’avis de la direction

Du côté de la direction du groupe Jolimont, on affirme clairement qu’un réaménagement de Tubize pour soigner les cas suspects et avérés du Covid-19 n’est pas à l’ordre du jour. "Actuellement, la capacité du site de Nivelles est suffisante", souligne Pierre Van den Berge, directeurs des soins infirmiers du groupe Jolimont. "Dans l’absolu, rien n’est impossible. Sauf que pour pouvoir accueillir des patients contaminés à l’hôpital de Tubize, il faudrait apporter de nombreux équipements. Ce serait compliqué. Nivelles assure l’hospitalisation de ces patients. Par ailleurs, il faut savoir que Tubize ne dispose plus de l’agrément nécessaire pour les services d’hospitalisation dits classiques. C’est Nivelles qui prend en charge les patients hospitalisés pour plus d’un jour. Même en cas de crise exceptionnelle, nous ne pouvons pas agir en dehors des directives des autorités. Nous suivons l’évolution de la crise. Et les consignes des autorités compétentes. Et nous mettons tout en œuvre pour soigner nos patients". Une direction qui refuse aussi de qualifier Tubize "d’hôpital fantôme".

Des effectifs avant tout


Enfin, nous avons aussi relevé ce cri d’alarme d’une soignante : "à quoi bon des murs et du matériel supplémentaires, si le nombre de soignants, lui, ne suffit plus ?" Et d’ajouter que le manque d’effectifs, déjà structurel, évolue aujourd’hui en crise aiguë, avec de plus en plus de personnes débordées et épuisées.

Signalons par ailleurs que le groupe Jolimont a lancé un appel aux dons matériels (vivres, matériel utile au personnel,…) et financiers (soins intensifs) pour renforcer ses moyens de lutte contre le coronavirus, à Nivelles.

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