Retour du loup en Wallonie : les preuves s'accumulent

Troupeaux attaqués, traces dans la neige... le loup est de retour en Wallonie
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Troupeaux attaqués, traces dans la neige... le loup est de retour en Wallonie - © Tous droits réservés

"Une carcasse de sanglier dépiautée de la sorte, je n'avais jamais vu !" Ce jour-là, Philippe Moës, garde-forestier à Nassogne, faisait des photos dans la forêt de Saint-Hubert. "Je prenais des images d'une rivière gelée, j'ai aperçu la carcasse au bord de l'eau, elle m'a tout de suite frappée : la colonne vertébrale était sectionnée, les côtes étaient rongées par une mâchoire manifestement puissante... Ce n'étaient pas l'œuvre de charognards comme le corbeau, le renard ou le blaireau." Un loup ? "C'est mon intuition", répond Philippe Moës.

Il n'est d'ailleurs pas le seul à avoir eu cette intuition. Notre enquête, menée aux quatre coins de la Wallonie, fait état de témoignages concordants. 

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J’ai tout de suite compris que c’était un loup!

Il faut dire qu'en octobre dernier, à quelques kilomètres de là, dans le même massif forestier, des chasseurs disent avoir vu un loup lors d'une battue. "J'étais à mon poste dans les bois, la traque venait de commencer, j'entendais aboyer les chiens au loin, raconte Jean-Pierre Gérard. Et j'ai aperçu, à environ 20 mètres de moi, un animal ressemblant à un grand chien. J'ai tout de suite compris que c'était un loup. Les oreilles, la queue, et puis surtout l'attitude typique d'un animal sauvage : furtif, prudent... Je suis taxidermiste, je connais bien les animaux."

Trois autres chasseurs rapportent un témoignage concordant, qui finira par arriver aux oreilles de Guy Louppe, un garde-forestier de Florenville. Il a justement suivi à Grenoble, avec quelques collègues, une formation sur les indices de présence du loup. "Le témoignage des chasseurs est crédible, juge-t-il. Surtout si on les replace dans un contexte plus large. Le loup est désormais bien installé en Allemagne et en France, à quelques dizaines de kilomètres de notre frontière. Et cet animal peut faire 50 kilomètres en une seule nuit. Nos forêts sont pleines de gibier. La question n’est pas de savoir si le loup va revenir, mais quand il va revenir."

Sept brebis égorgées à La Roche-en-Ardenne

D'autres faits troublants se sont produits ces derniers mois dans la Province du Luxembourg, notamment plusieurs attaques sur un troupeau de moutons sur le Plateau des Tailles, à La Roche-en-Ardenne, l’été dernier. Sept brebis ont été tuées et certaines d'entre elles portaient des traces typiques d'une attaque de loup : des crocs de grande taille plantés dans la gorge et des quantités importantes de viande dévorées. "Les chiens aussi parfois attaquent des troupeaux de moutons, explique l’éleveur Stijn Vandyck, mais pas de la même manière. Ils mordent n’importe où, répandent de la laine partout dans la prairie et ne mangent pas autant de viande."

Concernant cette attaque, les experts désignés par la Région wallonne restent prudents : "loup non exclu", peut-on lire au bas du rapport. "C’est un grand canidé qui a fait le coup, résume Pascal Ghiette (attaché scientifique au SPW). Mais on ne peut pas affirmer avec certitude que c’est un loup."

Un chevreuil au bord de la route

Plus récemment, un garde-forestier d’Houffalize a trouvé la carcasse d’un chevreuil au bord de la route, au milieu d’une grande marre de sang. La moitié de la bête avait disparue. Et sur le tapis neigeux tout autour du cadavre, il y avait des empreintes de pattes. "Certaines étaient de grande taille", explique le garde-forestier Jean Pêcheur. Chien ou loup ? Les conclusions scientifiques sont prudentes : "loup non exclu", une nouvelle fois.

"Ce qui est sûr, résume Pascal Ghiette, c’est qu’un grand canidé sévit dans la région". En effet, à quelques kilomètres de là, durant l’hiver, deux daims d’élevage ont été tués et dévorés dans leur enclos, malgré une clôture de près de 2 mètres de haut.

Entre chien et loup

Les fausses alertes se sont également multipliées ces derniers mois. Comme à Durbuy le 17 février dernier, où des habitants circulant le soir en voiture ont cru voir dans les phares deux loups courir au bord de la route. Une vidéo postée sur le web a fait le buzz, mais il s’avérera rapidement qu’il s’agissait de chiens loups tchécoslovaques, un croisement réalisé dans les années 70’ entre le loup et le berger allemand. "La confusion est compréhensible", reconnaît Pascal Ghiette, lui-même propriétaire de deux chiens loups.

Le 24 avril dernier, un éleveur de moutons de Faux-les-Tombes a retrouvé une brebis égorgée au milieu de la prairie. Le cadavre a été expertisé par une zoologiste de l’Université de Liège, selon une procédure désormais planifiée par la Région wallonne. "C’est sans doute un chien, a conclu Vinciane Schokert. Il y avait des traces de crocs mais trop petits pour être ceux d’un loup." Le dossier a tout de même été envoyé en France pour une expertise complémentaire car la quantité de viande prélevée sur le mouton était tout de même très importante.

Quatre indices sérieux

Sur une trentaine de faits portés à la connaissance des experts de la Région wallonne, quatre sont actuellement qualifiés "d’indices sérieux" de la présence du loup en Wallonie, à commencer par le témoignage des chasseurs de Nassogne."Mais à ce stade, rappelle Alain Licoppe, le coordinateur du nouveau Réseau loup wallon, nous n’avons pas de preuve irréfutable."

Pas encore. Tous les spécialistes que nous avons contactés dans le cadre de cette enquête sont en effet persuadés que le loup a déjà commencé sa "reconquête" du territoire wallon, discrètement, furtivement.

"Il s’agit probablement d’un individu isolé qui a quitté une meute en France ou en Allemagne, à la recherche d’un nouveau territoire, explique Anthony Kohler, vice-président de FERUS, l’Association pour la conservation de l’ours, du loup et du lynx en France, et responsable animalier au domaine de Han-sur-Lesse. Un loup qui s’éloigne ainsi de son groupe peut faire des centaines de kilomètres avant de s’installer. Est-ce qu’il est toujours chez nous ? Est-ce qu’il va rester ? Est-ce qu’il va fonder une nouvelle meute ? Mystère."

Une chose est sûre: le loup est en train d'écrire une nouvelle histoire. Et elle se passe chez nous, en Wallonie.

Ecoutez ici le reportage radio de Transversales :

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