Toutes les prisons du pays tournent à effectif réduit

Le piquet de grève qui a été installé ce vendredi matin devant la prison de Mons.
Le piquet de grève qui a été installé ce vendredi matin devant la prison de Mons. - © RTBF

Laurent Sempot, le porte-parole de l'administration pénitentiaire, indique que moins d'agents sont au travail vendredi après-midi qu'en matinée. Les syndicats mènent une action de grève nationale de 24 heures dans les prisons.

Un gardien de prison sur trois travaille ce vendredi, selon Laurent Sempot (porte-parole de l'administration pénitentiaire). D'après les syndicats pourtant, 9 gardiens sur 10 prennent part à la grève nationale de 24 heures.

"Cela diffère évidemment de prison à prison. Dans certaines d'entre elles il n'y a qu'un gardien sur 10 au travail, dans d'autres ils sont 8 sur 10 à leur poste, mais en moyenne, nous pouvons dire qu'environ 30 à 35% des gardiens travaillent ce vendredi", explique M.Sempot.

Un nouvelle réunion de concertation est prévue le 14 novembre prochain. La grève se poursuivra jusqu'à samedi 6 heures du matin.

Toutes les prisons ont suivi le mouvement

A Jamioulx, un piquet de grève est installé à l’entrée de l’établissement pénitentiaire. Les gardiens se croisent bien les bras. Ils sont remplacés par des policiers.

Le mouvement a commencé ce jeudi soir, à 22 heures. Il s’agit d’un arrêt de travail qui va durer 24 heures. Les établissements de Tournai, Leuze et Mons sont également touchés.

Les syndicats y dénoncent là-aussi les coupes budgétaires dans la Justice et pointent du doigt l'inertie du nouveau gouvernement sur des dossiers comme la surpopulation carcérale, ou encore le non-remplacement de certains contrats à durée indéterminée.

La police a été mobilisée pour remplacer les grévistes dans les prisons. Ainsi, à Leuze par exemple, une vingtaine de policiers seront affectés à la surveillance de la nouvelle prison. Mais surveillance et rien d'autre, insiste-t-on. Pour les détenus, cela signifie : pas de visite, pas de préau, pas de téléphone. Ils resteront 24h dans leur cellule.

En province de Namur, sont principalement concernées : les prisons d’Andenne et de Namur. Dans ces établissements, la majeure partie des surveillants sont en grève et remplacés par des policiers de la réserve fédérale à Andenne. A Namur, la police locale n'interviendra que si la situation le requiert. Et sur le terrain c'est un nombre réduit de surveillants qui assure le service.

En Brabant wallon, la situation est quasiment identique. A Nivelles, le personnel suit le mouvement de grève. Et la zone de police a prévu une quinzaine d’hommes pour assurer le service d’ordre. Avec un renfort également demandé à la réserve fédérale. A Ittre, là-aussi la zone de police a été sollicitée pour remplacer une partie des surveillants en grève.

A Bruxelles, les prisons de la capitale avaient déjà débrayé jeudi (voire mercredi soir dans le cas de Saint-Gilles), par solidarité avec la mobilisation nationale. Ce vendredi, ils poursuivent leur mouvement. Cette fois-ci pour les mesures contenues dans l'accord de gouvernement et qui les concernent. La police a été réquisitionnée pour remplacer les agents grévistes.

Enfin, en ce qui concerne la région liégeoise, un piquet de grève est installé devant la prison de Lantin. Il laisse toutefois le personnel désirant travailler accéder à l'établissement. La direction annonce que 20 à 25% des effectifs de surveillance théorique sont présents. Elle a fait appel à la police pour obtenir les renforts nécessaires à un service minimum.

En Flandre, les prisons de Leuven et Bruges ont également suivi le mouvement. A Anvers, 2/3 du personnel n'a pas pris son service. Tandis qu'à Hasselt, on recense près de 80% du personnel qui a arrêté le travail.

Concrètement, sur le terrain

Les syndicats dénoncent le fait que les négociations piétinent entre les gardiens et le ministre de la Justice. Mais quels sont exactement les motifs d'inquiétude du personnel pénitentiaire ? Nous avons choisi d’expliquer la problématique en prenant la prison de Tournai comme exemple.

A la prison de Tournai, on compte pour l'heure 150 équivalents temps plein. Si l'on ne fait rien, cela va encore baisser, affirme Laurent Wagon (délégué CGSP). "On va passer à 138 unités, au lieu de 150."

L'âge de la retraite est un des motifs de la grève dans les prisons. On parle de faire travailler les agents jusqu'à 67 ans. "Non mais vous vous imaginez un gardien de prison de 67 ans ?", lance-t-il plus que dubitatif.

Une des mesures annoncées est de réserver des "postes froids" aux travailleurs plus âgés. "Mais si l’on se retrouve avec toute une partie du personnel qui revendique ces postes froids, qui va travailler avec les détenus alors ?"

Car tout le monde va réclamer ces postes froids, estime Laurent Wagon. Il parle de mesure inapplicable sur le terrain.

Parmi les (autres) motifs d'inquiétude, notons encore le rapatriement des détenus de la prison de Tilburg, en Hollande, à partir de 2017. "Cela représente 500 prisonniers qui vont venir renforcer le nombre de personnes détenues en Belgique. En sachant que l’on fait déjà face à une surpopulation carcérale…"

Plus de détenus et moins de gardiens. "Cela ne va pas !", affirment les syndicats, déjà prêts à mener des actions beaucoup plus dures.

 

Charlotte Legrand

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