Tournai: un examen original "in Gent" pour une classe d'immersion

La première scène, jouée par Perrine et Emmanuel
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La première scène, jouée par Perrine et Emmanuel - © Charlotte Legrand

Comment bousculer les habitudes et stimuler l'apprentissage du néerlandais? Aux Ursulines de Tournai, on parie sur le théâtre en rue. Cette année, les rhétos ont pris la direction de Gand. Dans les ruines de l'Abbaye Saint Bavon, ils ont joué une pièce de théâtre, écrite en classe, devant une centaine de personnes. Sensations fortes et progrès linguistiques guarantis!

Ils s'appellent Emmanuel, Thérèse, Théo, Martin, Marine et Cyprien. "Les survivants de l'immersion", glousse l'un d'eux. En première secondaire, ils étaient 24 en effet. "Cette pièce de théâtre, c'est un peu la conclusion de toutes ces années passées ensemble". "En fin d'études d'immersion, c'est une bonne idée", trouve Emmanuel. Qui n'avait "pas envie d'un simple examen oral, style une étude de texte avec des questions formelles face au professeur!" 

Trêve de bavardage, quand nous les rencontrons dans les ruines de l'abbaye Saint Bavon, ils ont 23 scènes à répéter. "Ecrites nous-mêmes, depuis janvier. Un peu plus tôt, en octobre, on est déjà venu à Gand pour définir le scénario..." L'exercice s'est révélé fastidieux, ils ne s'en cachent pas. "Pas question d'écrire des phrases toutes simples, sujet verbe complément", explique Marine. "On s'est compliqué la tâche, tout de même, avec des tournures de phrases peu habituelles!".

Le goût du challenge

Leur professeur, Virginie Bossu, est une habituée des défis de ce genre. Depuis dix ans, elle propose à ses élèves de rhétos des examens de fin d'année "hors du commun". "Il y a quelques années, j'ai imaginé une ballade littéraire. Avec une autre classe, nous avons fait du théâtre de rue, en 2013 un soap historique..." . Elle-même gantoise (et guide touristique!), elle prend toujours plaisir à organiser ces escapades. Elle avoue un certain "goût du challenge", l'envie de se faire plaisir "pour garder ce goût d'enseigner". Virginie Bossu constate aussi combien ces expériences sont stimulantes, pour ses élèves. "Ca les responsabilise, et ça les pousse à aller plus loin! Ils savent qu'ils seront jugés par des personnes extérieures, sans doute plus sévères que moi. D'ailleurs, depuis qu'ils travaillent avec le metteur en scène, ils progressent!"

Le metteur en scène? Le voici justement, venu coacher les élèves une dernière fois. "C'est un BV (Bekende Vlaming)!" nous glisse Virginie Bossu. Noël Callebaut ne veut pas entendre parler de ce surnom, "je suis juste un peu connu à Gand. J'ai écrit des pièces sur l'histoire. Je suis raconteur, aussi, en ville". Le spectacle doit être de très "hoge kwaliteit', insiste-t-il. Intransigeant, il reprend les rhétos sur leur façon de poser la voix, l'accent, l'attitude, la gestuelle..."Je suis très strict", reconnait Noël Callebaut. Les élèves eux-mêmes remarquent qu'ils progressent à pas de géant, depuis le démarrage du progrès en octobre.

 

Un regard neuf sur une légende chère aux Gantois

A quelques heures de la représentation, les élèves se sentent à la fois "heureux d'être là" et "un peu stressés". Le chignon de Thérèse tiendra-t-il? Cyprien pensera-t-il à faire sa génuflexion d'évêque? On en oublierait presque le thème du spectacle. "Le vol de deux panneaux de l'Agneau Mystique", nous explique Martin. L'affaire avait fait grand bruit, en 1934. Un certain Arsène Goedertier, courtier, avouait sur son lit de mort qu’il était impliqué dans le vol de l'Agneau Mystique. "C'est une histoire très célèbre, une véritable légende pour nous Gantois". Au beau milieu des ruines de l'Abbaye Saint Bavon, les élèves des Ursulines échafaudent de nouvelles hypothèses, dans un néerlandais presque parfait. "En octobre déjà, ils avaient atteint le niveau C1", confirme leur professeur. "C'est un niveau européen, juste en -dessous de C2, qui signifie parfait bilingue...Alors, chapeau!" Pour Emmanuel, Théo et les autres, l'expérience restera parmi les meilleurs souvenirs de leur parcours scolaire "Ah c'est sûr, on ne risque pas de l'oublier!" Une centaine de personnes, Flamands et Wallons confondus, les ont applaudis ce jeudi après-midi.

Charlotte Legrand

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