Tournai: jusqu'à 8 heures d'attente aux urgences du CHwapi

Le tout nouveau site des urgences à Tournai
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Le tout nouveau site des urgences à Tournai - © Vinciane Votron

Fin avril, les services des urgences à Tournai étaient regroupés en un seul endroit, sur le site de l'hôpital l'Union. Quelques semaines plus tard, force est de constater que cela coince. Les patients doivent attendre plusieurs heures avant d'être pris en charge. 

"Vous êtes aux urgences", les infirmiers s'affairent. Un cas lourd vient d'arriver aux urgences. Le patient tient des propos incohérents, il a consommé de l'alcool. Vincent Loncke, infirmier en chef: "Ca prend du temps, parce qu'on a lancé une prise de sang. On aura les résultats dans plus ou moins 1h30. Et puis, il faudra se poser les bonnes questions: est-il nécessaire de faire un scanner par exemple pour ses propos incohérents ? Et tous ces examens, cela demande un certain temps pour avoir les résultats." 

Une salle d'attente qui porte bien son nom
Dans la salle d'attente, les délais s'allongent. Et les histoires des uns et des autre se racontent: "Gino, lui, il ne savait même plus marcher. Il a été vu pour la première fois après 5 heures. Et je crois qu'il s'est seulement retrouvé dans un lit en attente au bout de 8 heures, toujours pas vu par un médecin." Sébastien Sottiaux, lui, s'est présenté aux urgences, il y a quelques semaines avec des maux de tête violents et des vertiges: "La salle d'attente était vraiment bondée. Je dirais entre 15 et 20 personnes. Je me suis retrouvé à attendre avant d'être vu par une première infirmière au bout de 3 heures 30. Après, je suis retourné dans la salle d'attente sur consigne de l'infirmière. Et au bout de 5 heures trente, j'ai décidé de prendre mon téléphone et d'appeler mon médecin traitant qui était auparavant en visite à domicile pour un peu savoir s'il ne pouvait pas me recevoir rapidement."

Les généralistes débordés

A l'autre bout du fil, Dominique Chevalier, médecin généraliste à Antoing. Toutes les semaines, il doit soigner des patients mécontents des urgences: "Il n'est pas rare que le lundi matin, on soit obligés de voir des patients qui sont passés par les urgences. Le lundi matin, notre téléphone sonne et la liste des patients est gonflée par des patients qui sont passés par les urgences et qui n'y ont pas trouvé leur compte. Il y a aussi des patients qui sont parfois un peu lassés par le temps d'attente finissent par trouver un moyen de nous contacter, même le dimanche, pour voir si on ne peut pas les recevoir pour les recoudre. Parce qu'il y a des gens qui mettent plus de 4 heures avant d'être recousus en salle d'urgence le dimanche. Ils trouvent un moyen, par mes enfants, un voisin ou ils viennent sonner à ma porte, mais ils quittent le service d'urgence avant d'avoir été soignés."

Mea culpa

La direction médicale est bien consciente du problème. Jean-Claude Vandewalle, directeur médical: "Malheureusement, on ne peut pas le nier, nous avions de grands espoirs en utilisant les nouveaux locaux qui étaient bien dimensionnés pour accueillir tout le monde. On s'est dit: "On a la solution. Tout va aller très bien. En fait, pas du tout. Cela ne s'est pas très bien passé au début." Les équipes médicales ont eu besoin d'un temps d'adaptation pour maîtriser ce nouvel outil: "On a dû roder de nouveaux circuits à tout niveau, que ce soit au niveau médical ou au niveau infirmier, au niveau transports vers la radio, au niveau des transports des prises de sang vers le laboratoire, réception des demandes. Donc, on a découvert en fonctionnant toute une série de petites choses qui retardaient les prises en charge, qui mettaient des délais supplémentaires par rapport à ce qui se faisait avant pour obtenir des résultats, pour avoir un avis complémentaire, pour transférer un patient vers une autre unité de soins. Tout cela a fait que pendant plusieurs semaines, on a eu des délais anormalement longs et que l'on ne peut pas admettre. On était jusqu'à 5, 6, 7 heures pour des pathologies relativement bénignes qui doivent normalement se régler dans les 2 ou 3 heures.

Des mercenaires pour boucher les trous

Pour fonctionner 24h/24, 7j/7, une vingtaine de médecins officient au sein des urgences. Mais pour combler les trous, les hôpitaux font souvent appel à des "mercenaires": des médecins qui prestent 24h dans les hôpitaux, au plus offrant. Ce qui ne favorise pas la coordination des services. Jean-Claude Vandewalle, directeur médical du Chwapi fait tout pour fidéliser son personnel: "On essaye plus de jouer sur l'attachement à l'institution. Un médecin qui travaille plein temps va connaître les autres médecins, va connaître les spécialistes, le personnel infirmier, tous les rouages. Il va pouvoir se débrouiller plus facilement que quelqu'un qui vient faire 24 heures de weekend, occasionnellement. Il n'est pas dans le rythme. Il n'est pas dans les circuits, il n'est pas habitué. Il ne connaît pas. Il n'est pas connu non plus. Donc, c'est plus difficile." Depuis deux semaines, des efforts ont été réalisés au niveau de la coordination des services et de la communication du personnel. Et à partir du 1er juillet, un médecin supplémentaire sera en poste entre 10h et 22h. De quoi accueillir 135 patients par jour dans des délais plus raisonnables. 
 

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