Tinlot: une dynastie d'instituteurs à l'école communale de Fraiture

Georges Filée, l’ancien directeur de l’école communale de Fraiture , et ses deux filles : Geneviève, l’actuelle directrice (à droite), et Isabelle, institutrice maternelle (à gauche).
Georges Filée, l’ancien directeur de l’école communale de Fraiture , et ses deux filles : Geneviève, l’actuelle directrice (à droite), et Isabelle, institutrice maternelle (à gauche). - © RTBF

A quelques encablures de la rentrée scolaire, coup de projecteur sur l'école communale de Fraiture-en-Condroz, dans l'entité de Tinlot, et plus précisément sur la famille Filée, une véritable dynastie d'instituteurs et de directeurs.

Trois générations successives de cette famille ont dirigé l'école communale de Fraiture. Depuis 2001, la directrice, c'est Geneviève. Sa soeur Isabelle est, elle, institutrice maternelle dans cette école dont leur père, Georges, et avant lui leur grand-père, Alfred, ont été les directeurs.

1918

 " Notre arrière-grand-père, Hubert Filée, était déjà instituteur. ", explique Geneviève Filée, " Puis notre grand-père Alfred, puis notre papa, puis ma sœur et moi. "

Les Filée et l'école communale de Fraiture-en-Condroz, cela remonte maintenant à près d'un siècle, à l'entrée en fonction d'Alfred. Georges, son fils raconte : " Il était entré à l’école de Fraiture en 1918. Il a été tout seul d’abord avec 51 élèves, garçons et filles. Je lui ai succédé en 1952 et j’avais encore tous les garçons. J’avais fait des études pour enseigner dans le secondaire, j’aurais dû être professeur d’histoire. Je suis revenu ici par accident, ne trouvant pas de place dans le secondaire. "

L’école compte à présent 230 élèves et un total de vingt enseignants. Georges Filée ne cache pas sa satisfaction : " Je suis content bien sûr, quand on voit une entreprise " presque familiale " qui se développe. Il ne faudrait pas qu’elle devienne plus grande, parce qu’alors l’école devient anonyme. Jusque maintenant, c’est resté une école de village, avec une mentalité rurale. On est très content. "

Passages de témoin

Huit anciens élèves de Georges Filée enseignent aujourd'hui à l'école, dont ses filles Geneviève, institutrice depuis 1979 et directrice depuis 2001, et Isabelle, qui y est institutrice en maternelle depuis 1982. Ont-elles toujours pensé suivre l’exemple de leur père, grand-père et arrière-grand-père ? " Moi, oui. ", répond Isabelle, " Depuis les études secondaires, je savais que je serais enseignante, ça c’est sûr. Au départ, je voulais être prof de gym, mais, au fond de moi, je savais bien que je reviendrais ici à l’école en tant qu’enseignante maternelle. " Pas de vocation, par contre, du côté de Geneviève : " Alors là, pas du tout. Je n’avais aucune idée de ma profession future donc je suis arrivée un peu par hasard à l’école normale et puis j’ai beaucoup aimé mon métier d’enseignante et j’adore mon métier de directrice maintenant. "

Est-il arrivé à Georges Filée de donner des conseils à ses filles ? Hilare, il confie : " Oui… Parfois j’ai été un peu trop directif avec mes enfants. Mais enfin, ça va… "

Et de leurs côtés, ses filles se sont-elles tournées vers lui pour obtenir des conseils ? " Moi, je suis enseignante maternelle, lui était plus " branché " primaire, mais au niveau du contact avec les parents ou à propos d’une attitude à avoir avec un enfant qui a un problème ou autre, il nous a beaucoup aidé. ", explique Isabelle. Geneviève enchaîne : " Moi, au début de la direction d’école, j’ai quand même souvent sollicité ses conseils. Maintenant ça va. Je me débrouille toute seule… " " Elle ne m’écoute plus. ", relève Georges Filée dans un nouvel éclat de rire.

La lignée va s’interrompre

Si ni Isabelle, ni Geneviève, n’avait suivi son exemple, leur père, aurait-il été déçu ? " Non. Je suis content qu’elles aient suivi, quoi. ", répond l’intéressé, " Dans toute la famille, au départ de mon papa, nous sommes quand même quinze enseignants avec les conjoints et les enfants de mes sœurs. "  

" C’est surtout pesant lors des repas familiaux, pour ceux qui ne sont pas enseignants, parce qu’on ne fait que parler enseignement. ", souffle Geneviève Filée.

Mais la lignée d'instituteurs va s'interrompre, aucun des petits-enfants de Georges Filée n'a choisi cette voie. Ont-ils justement trop entendu parler d’enseignement ? " Peut-être. ", répond Isabelle, " Pourtant, comme dit papa, ils ont toujours vu des enseignants heureux dans leurs classes ! Alors on ne comprend pas. Mais cela ne nous déçoit pas du tout. C’est la vie, c’est comme ça… " Quant à Georges Filée, il avoue : " J’aurais souhaité que la lignée continue, cela me déçoit un peu… Enfin, je suis heureux de voir mes petits-enfants suivre d’autres voies, mais l’enseignement, c’était quand même le centre de notre vie. C’est le plus beau métier du monde, pour moi. " 

Le centenaire

Il y a eu une période de 10 ans, de 1990 à 2000, au cours de laquelle l’école communale de Fraiture n’a pas été dirigée par un Filée. Mais depuis 1918, des Filée ont donc en tous cas enseigné sans interruption dans cet établissement. Et Georges Filée confie : " J‘espère qu’on fera une grande fête pour le centenaire. Cent ans de famille Filée à l’école de Fraiture ! "  Et ses filles attendent-elles cet événement ? " Non, on n’y pense pas. Non, pas nécessairement. Cela ne nous préoccupe pas du tout. ", répondent Geneviève et Isabelle.

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