Paul Furlan démissionne de son poste de bourgmestre: "Je veux sortir de ma zone de confort"

Après 20 ans passés à la tête de la ville aux jardins suspendus, Paul Furlan va démissionner et céder l’écharpe mayorale à la présidente du CPAS, Marie-Eve Van Lathem, le 24 mars prochain. L’idée était dans l’air depuis un moment déjà et le moment est donc venu. Mais Paul Furlan ne prend pas sa retraite politique. Il continuera à siéger au Parlement wallon au sein duquel il est député. Il restera également conseiller et chef du groupe socialiste au sein du conseil communal de Thuin. Alors pourquoi ce pas de côté ?

- Paul Furlan, quelles sont les raisons de cette décision ?

Il y en a au moins trois. Sur le plan local d’abord, je me suis attaché à faire de la politique différemment. A gérer vraiment la ville, à la placer sur un plan innovant au niveau de la gestion – NDLR le dernier budget présente un boni de 300.000 euros -, mais aussi à constituer une équipe d’avenir. Il y a dans mon équipe des jeunes à qui je ne peux pas dire constamment "attendez votre tour", même s’ils n’ont pas envie de me voir partir. Il faut donner parfois un autre souffle. Permettre à la démocratie de se réexprimer et je pense que c’est une bonne chose. D’un point de vue plus global, il y a aujourd’hui tout le débat sur le décumul. Je pense qu’il faut aujourd’hui avoir le courage d’avoir un débat sur le fonctionnement de la démocratie locale. Nous avons un fonctionnement des instances locales qui remonte à l’indépendance de la Belgique. Il faudrait sans doute revisiter tout cela pour moderniser et, là aussi, apporter un souffle nouveau. Il faut plus de gens compétents, il faut plus de gens disponibles. Il faut organiser cette disponibilité de manière différente. Il y a une réflexion que les partis politiques et même l’ensemble de la société doivent mener. Enfin, d’un point de vue plus personnel, je ne pars pas pour un mandat différent ou autre, mais j’ai besoin de défis. Je ne pars pas vers la retraite. Je veux m’investir dans d’autres secteurs. On verra ce qui arrivera. Il faut dans la vie prendre un certain nombre de risques.

- Que dites-vous aux thudiniens qui vous ont accordé leur confiance lors des dernières élections communales, en octobre 2018 ?

- Il n’y a pas 14 mois mais vingt ans que les thudiniens m’accordent leur confiance ! Ils me connaissent. Ils connaissent ma franchise, ma manière de travailler. ET puis, je ne quitte pas la Ville de Thuin. Je resterai conseiller communal, chef du groupe socialiste. Je resterai député wallon pour porter les projets de ma ville et de sa région auprès d’autres instances. Les thudiniens ont voté pour moi et je les en remercie encore, mais ils ont aussi voté pour une équipe, pour un avenir, pour donner à leur ville un horizon. Et c’est ce que je m’efforce de faire.

- Vous êtes aussi à la tête de la conférence des bourgmestres de Charleroi Métropole. Allez-vous conserver ce poste ?

C’est un poste bénévole dans lequel je m’investis beaucoup parce que je crois beaucoup en la modernisation de l’espace communal. Les communautés de communes, les bassins de vie, j’ai écrit un livre sur ce sujet. Je m’y suis investi quand j’étais ministre et quand j’ai été président de l’Union des Villes et Communes. J’ai démontré sur le terrain que cela pouvait fonctionner avec d’autres bourgmestres, toutes formations politiques confondues. J’ai donc indiqué que j’étais disponible pour poursuivre si c’est un souhait. Les retours que j’en ai semblent dire qu’on voudrait que je reste. Mais je ne veux pas m’imposer. Je ne suis plus bourgmestre et je ne veux en rien être la belle-mère de qui que ce soit, où que ce soit.

- La disparition récente de votre ami Philippe Blanchart, à qui vous aviez confié un temps le poste de bourgmestre faisant fonction, est intervenue dans votre décision ?

En tout cas, ça fait réfléchir sur le sens de la vie.

- Le choix du Parlement wallon, est-ce pour défendre Thuin au niveau régional ?

Oui et non. C’est pour défendre ma région. Le Sud-Hainaut, Charleroi Métropole. Mais on n’est pas député seulement pour défendre une région. Bien sûr il y a des intérêts économiques, socio-culturels, sportifs… qu’il faut porter. Mais il y a aussi un investissement à avoir sur le fonctionnement de la Wallonie sur le plan de l’économie, du logement des matières qui m’intéressent et pour lesquelles je bénéficie d’une expérience professionnelle assez importante. J’aimerais apporter ma pierre à l’édifice, contribuer à l’évolution de la Wallonie. Ça me tient à cœur.

- Quitter le mayorat de Thuin, est-ce une décision que vous prenez sereinement ou est-ce un crève-cœur ?

C’est une décision mûrement réfléchie que je prends sereinement. Je la construis depuis longtemps avec mon équipe. Je ne m’en vais pas sur un coup de tête. J’ai contacté le président du parti, les instances locales. Ça s’est fait dans une relative discrétion jusqu’au moment où je l’ai annoncé. Alors, oui, c’est sans doute un crève-cœur de quitter une fonction que j’ai incarnée et que j’adore pour une ville que j’adore. Mais je crois que si on aime sa ville, il faut vouloir lui donner un avenir et c’est ce que je veux faire.

- Pourriez-vous malgré tout à nouveau vous présenter lors d’un scrutin local ?

 En tout cas, je ne serai pas la belle-mère de la nouvelle équipe qui sera mise en place. Je resterai un soutien. Encore une fois, je ne quitte pas Thuin. Je siégerai au conseil communal en tant que chef du groupe socialiste. Mais je ne leur dirai pas "à votre place j’aurais fait de telle manière". Ce n’est pas la bonne façon d’envisager une succession. Mais je serai disponible pour le scrutin communal comme pour n’importe quel scrutin, d’ailleurs. J’ai toujours apporté ma pierre à l’édifice des idées de gauche dans ce pays, dans cette région et dans cette ville. Je continuerai à relever ce type de défi.

- Votre départ du mayorat n’est pas le début d’un retrait définitif de la vie politique ?

 Non, je l’ai affirmé à notre président de parti. C’est plutôt un premier pas vers d’autres horizons, des défis nouveaux, qu’ils soient politiques ou pas. Aujourd’hui, je voulais aussi donner le signal que je sors de ma zone de confort, que la démocratie, ce n’est pas s’accrocher à des mandats, qu’il faut peut-être envisager les choses autrement. Je me lance à moi-même un défi qui est de rebondir tout en restant très impliqué sur le plan local.

 

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