"Terre en vue": petits agriculteurs cherchent hectares désespérément

"Terre en vue": rendre quelques hectares aux petits agriculteurs
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"Terre en vue": rendre quelques hectares aux petits agriculteurs - © Tous droits réservés

De plus en plus de jeunes agriculteurs ne peuvent plus se payer des terres de culture. L'asbl "Terre en vue" veut remédier à ce problème. Elle joue les intermédiaires entre des propriétaires terriens et des agriculteurs, qui partagent des envies communes. Reportage à Gaurain-Ramecroix, près de Tournai.

Des champs à perte de vue, des bosquets, des pâturages et le chant des oiseaux...Bienvenue au Domaine de Graux, propriété de la famille d'Elisabeth Simon depuis 150 ans. "Quand j'ai repris la gestion du domaine, on y pratiquait l'agriculture intensive. J'ai voulu changer les choses, adopter des pratiques plus respectueuses de la planète. Nous sommes passés au non-labour, par exemple". Il y a quelques années, Elisabeth Simon opère un virage à 180 degrés : "une production 100% bio". Elisabeth veut même dépasser ce stade, et s'intéresse à la permaculture. "C'est du bio ++", résume-t-elle en riant. "Cela vise à imiter la nature au maximum. Jamais de terre nue sur un champ. Du pâturage tournant, pour les chèvres par exemple." Voilà pour la philosophie que poursuit Elisabeth Simon, qui se cherche des partenaires. "Nous produisions surtout des céréales. Moi je voulais plus de diversité. Des fruits, des légumes, pourquoi pas du petit élevage, du gros élevage...?"

Des projets complémentaires

Elisabeth réfléchit. Et pendant ce temps, Pierre et Sophie Vandewiele cherchent des hectares pour concrétiser leur rêve. "Depuis des années, nous voulions nous lancer dans l'élevage de chèvres, et produire notre fromage". Le couple désespère de trouver quelques parcelles: tout est, à leurs yeux, inabordable. "Parfois 50, 60 000 euros l'hectare! A ce prix, avec l'achat d'un bâtiment, cela signifiait nous endetter sérieusement, ce que nous ne voulions pas".

Elisabeth finit par rencontrer l'asbl "Terre en vue", qui la met en lien avec Pierre et Sophie. Les deux parties s'accordent sur le terrain mis à disposition, et les modalités pratiques. "Je ne souhaitais pas simplement louer des terres, comme on peut le faire via un bail à ferme. Je voulais pouvoir mettre des contraintes environnementales".

 

Gestion concertée et permaculture

Ensemble, ils définissent les contours de leur collaboration. Pas seulement juridiques, donc, mais aussi bien "terre à terre". Un exemple? "Le pâturage tournant", nous explique Pierre. "Le terrain est divisé en huit, et les chèvres changent de parcelle tous les cinq jours environ". "Cela a de nombreux avantages", poursuit Elisabeth. "L'herbe se régénère plus facilement, cela limite le parasitisme et donc les maladies. Les animaux sont en meilleure santé, donc leur lait aussi, etc!". Tous deux se plongent régulièrement dans des livres sur la permaculture, ils sont en contact avec des professeurs d'université qui les aident dans leur projet. "On apprend tous les jours, confie Elisabeth. Prenez les chèvres par exemple: tout le monde pense qu'elles se nourrissent exclusivement d'herbe. Pas du tout! Elles apprécient surtout les branches d'arbres, dont la matière ligneuse est très utilise pour la digestion". Au Domaine, Elisabeth a donc fait planter les cinq espèces préférées des chèvres, dans un bosquet. Pierre et Sophie pourront venir s'y servir, pour agrémenter le repas des biquettes...

 

Bientôt des chevreaux, et du fromage

Pierre nous emmène voir son petit troupeau, dans la chèvrerie. La vieille bâtisse est encore en travaux. Elisabeth aimerait installer un centre d'interprétation juste à côté, pour accueillir des groupes scolaires. Pierre a effectué un maximum de travaux lui-même. Il a aussi lancé un appel aux dons, via la plateforme Kisskissbankbank. En retour, les "contributeurs" pourront venir visiter l'élevage et bientôt la fromagerie. "A la chèvrerie, nous avons pour l'instant 13 chèvres et un bouc. Nous avons eu un coup de coeur pour une race française, la Poitevine. Tout le monde est en grande forme, nous attendons les premières naissances". La production de lait pourra débuter ensuite. "Pour les premiers fromages, il faudra patienter jusqu'au mois de mai". De son côté, Elisabeth attend avec impatience l'arrivée d'un nouveau troupeau sur ses terres. Il s'agit cette fois de vaches Angus, "une race très rustique", nous explique la propriétaire. Son rêve? Une constellation de petits élevages, de petites productions complémentaires, à l'intérieur du même domaine.

Charlotte Legrand

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