Taxer les exilés fiscaux français : le secteur de l'immobilier bruxellois grince des dents

Lors d’un débat préélectoral lundi sur TF1, Nicolas Sarkozy a proposé de lier nationalité et fiscalité. ''Nous allons instaurer ce qu’appliquent déjà les américains : un impôt lié à la nationalité. Tout exilé fiscal, c’est-à-dire toute personne qui est partie à l’étranger dans le seul but d’échapper à l’impôt français, devra déclarer à l’administration française ce qu’il a payé comme impôt à l’étranger. Et, si ce montant est inférieur à ce qu’il aurait payé sur les revenus de son capital en France, on lui fera payer la différence.''

Voilà qui a fait grincer des dents à Bruxelles. Plusieurs milliers d'exilés fiscaux y sont établis. Chez nous, il n’y a pas d'impôt sur la fortune. On paye donc moins le fait d'être riche.

Alain Lefebvre a ainsi quitté la France il y a six ans. ''Il y a deux avantages à vivre en Belgique. Premier avantage, il n’y a pas d’impôt sur la fortune. Cela concerne surtout les très grosses fortunes. Et puis, deuxième avantage, il n’y a pas de taxation sur les plus-values. C’est d’ailleurs pour cette raison que je suis venu vivre à Bruxelles. Un certain nombre de personnes vendent donc leur entreprise et viennent ensuite en Belgique pour échapper aux 30% de taxation, qui est réduite à 0 % en Belgique. Et, cela fait quand même une grosse différence.''

Selon Alain Lefebvre, Nicolas Sarkozy a adopté, à droite, une idée de gauche peu applicable. ''Quelle est la faisabilité de cette mesure ? Tous les fiscalistes que j’interroge depuis ce matin me disent que cela risque d’être un tout petit peu compliqué. Je pense donc qu’il faille attendre, c’est un effet de manche de campagne et au-delà de ça, je ne suis pas sure qu’il y ait grand-chose.’’

Nicolas sarkozy dit ne viser que ceux qui fuient le fisc, et non pas les expatriés travailleurs. Selon les estimations, il y aurait entre deux et cinq mille Français à vouloir protéger leur patrimoine en Belgique, la plupart vivant à Ixelles ou à Uccle.

Les agents immobiliers tirent profit de ces exilés fiscaux

La proposition est également accueillie avec méfiance par tous ceux qui à Bruxelles tirent profit de l'aubaine, comme les restaurants, les boutiques d'Ixelles et d'Uccle, et les agents immobiliers. ''Je travaille beaucoup avec ces exilés'', nous dit Caroline Lucidi Joubert, une spécialiste de l'immobilier. ''Je leur propose des maisons entre un et quatre millions d'euros selon un concept que j’ai appelé home dating.'' Son créneau : les compatriotes riches, tentés par un asile fiscal à une heure vingt de Paris.

Concrètement, des candidats à l'exil fiscal la contactent, lui détaillent la maison de leurs rêve, et elle écume alors la ville pour eux, afin de trouver chaussure à leur pied. Ou disons plutôt : trouver escarpin. ''Ce sont des personnes qui recherchent souvent des maisons. Ils s’aperçoivent qu’ils peuvent ici s’installer dans de grosses maisons, voire de grosses villas à la périphérie de Bruxelles ou dans les quartiers plutôt sud de Bruxelles'' déclare-t-elle.

Uccle, les Woluwé, Ixelles, Saint-Gilles, et la périphérie. Le budget mis à disposition par ces clients a de quoi faire monter les prix des logements. ''La fourchette pour des personnes qui partent pour des raisons fiscales de France commence à partir d’un million d’euros pour des maisons ou des appartements. Et les prix peuvent grimper jusque trois ou quatre millions d’euros pour les grosses maisons’’ souligne-t-elle.

Pour caroline Lucidi Joubert comme pour de nombreux restaurateurs, traiteurs, commerçants et jardiniers à Bruxelles, la présence de ces exilés fiscaux est une aubaine. Une présence qui pourrait baisser ou se renforcer selon l'issue de la présidentielle.

Une chose est donc sure aujourd’hui : ils seront nombreux en Belgique à guetter l'issue des élections présidentielles françaises, et le futur de cette idée de campagne.

Myriam Baele

 

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