Surpopulation: nos prisons sont des bombes à retardement

La prison de Mons
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La prison de Mons - © Belga - Eric Lalmand

Le phénomène est connu et régulièrement dénoncé : la surpopulation des prisons est à l’origine de la majorité des incidents rencontrés dans les institutions pénitentiaires avec, bien sûr, la vétusté d’un grand nombre des centres de détention.

Le problème est que cette situation n’a pas seulement des implications directes sur le quotidien des détenus et du personnel mais qu’elle remet en cause la fonction directe de la prison : un passage plus ou moins long avant ce qui est censé être le bout du tunnel, la réinsertion. 

''L’exemple'' de Mons

A Mons, le centre de détention date de 1870, il est non seulement une maison d’arrêt (pour les détenus en préventive) mais également une maison de peines (pour les condamnés) et il dispose également d’un quartier de détention pour les femmes ainsi qu’une annexe psychiatrique.

En regard de cette multifonctionnalité, vous posez les chiffres d’occupation de l’établissement : 430 détenus pour 300 places (soit près de 45% de surpopulation) et vous êtes face à l’ampleur du défi rencontré quotidiennement par le personnel : ''simplement'' gérer la situation.

Deux douches par semaine

L’emploi du temps des 230 agents de la prison est concentré sur la gestion des mouvements à l’intérieur du site : entrées, sorties, visites, placement des détenus, … Quant aux activités elles sont réduites au minimum : deux (!) douches par semaine, un préau le matin et un l’après-midi.  

Pour le reste, c’est-dire les activités et les ateliers que la prison devrait normalement organiser pour préparer à "l’après’’, ils sont réduits au minimum. Même les places à la salle de fitness sont limitées et la liste d’attente est longue.

Une situation qui ne favorise pas un climat apaisé et qui rend fataliste nombre de gardiens qui sont de plus en plus sceptiques quant à la faculté de réinsertion de beaucoup de prisonniers.

Jérémy Giltaire a pu pénétrer dans la prison de Mons pour être confronté quelques heures à la réalité quotidienne des prisonniers, des gardiens et du directeur de cette prison.  Une visite assez édifiante comme vous allez pouvoir vous en rendre compte ci-contre lors de la visite d’une cellule d’abord, du centre de commande ensuite.

Gérer la cohabitation

''Tous les jours les agents doivent  arriver à composer les duos et les trios pour éviter d’avoir des personnes qui se tapent dessus'', constate résigné Axel Piers, le directeur. "Un exemple type que j’ai rencontré la semaine dernière : deux personnes qui sont originaires d’ex-Yougoslavie, il y en a un qui est Kosovar et l’autre qui est Albanais, vous les mettez ensemble, il y en a un qui tue l’autre quoi, physiquement, il le tue parce qu’ils sont restés encore dans cette dynamique conflictuelle''.

Tout de suite au cachot

Le directeur poursuit en déplorant le fait que souvent les nouveaux entrants sont directement enfermés en cellule de punition, au cachot, parce qu’on ne sait pas où les mettre. Ce n’est qu’après avoir recomposé plusieurs duos ou trios que l’on peut les placer en cellule normale. Ce qui signifie que certaines personnes pour la première fois privées de liberté atterrissent souvent tout de suite au cachot… faute de place.

Vincent Clérin

 

 

 

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