Surpopulation carcérale: "c'est encore pire que ce à quoi je m'attendais" déclare la bourgmestre

Depuis trois semaines, c'est un peu comme si la prison de Forest fonctionnait au ralenti
Depuis trois semaines, c'est un peu comme si la prison de Forest fonctionnait au ralenti - © Belga

La prison de Forest est prévue pour 400 détenus mais elle en accueille plus de 700 avec, comme conséquence, une promiscuité dans les cellules qui induit des problèmes d'hygiène et de sécurité. Pour dénoncer cette situation, les gardiens de la prison de Forest ont décidé d'entamer une grève du zèle, il y a de cela près de trois semaines.

Depuis le début de la grève, il n’y a que peu ou pas d'éclaircies en vue. Depuis trois semaines effectivement, c'est un peu comme si la prison de Forest fonctionnait au ralenti. La surveillance des détenus est bien sûr assurée, mais en ce qui concerne le travail de réinsertion, les transferts vers le palais de justice ou les visites des familles, tout cela est devenu aléatoire...

Pour désamorcer la crise, il faudrait plus de places ou moins de détenus, mais dans les deux cas, aucune solution à court terme n'apparait. À Forest, la majorité des détenus est en détention préventive. Des voix se font dès lors entendre pour que l'on cesse de maintenir en prison des gens qui n’ont pas encore été jugés.

Pour la ministre de la Justice, Annemie Turtelboom, il faudrait autoriser le bracelet électronique. Pour d'autres par contre, il faudrait plutôt accélérer la procédure afin que le jugement intervienne plus vite et que le détenu, blanchi ou acquitté, sorte aussi au plus vite.

Deux perspectives qui butent sur le même écueil, à savoir le manque de moyens, humains et financiers. Les gardiens n'envisagent, quant à eux, pas pour le moment de suspendre leur action.

Pascal Barry est délégué CGSP à la prison de Forest. Il exprime son mécontentement : "La prison de Forest est une maison d’arrêt. Vous avez donc des services sociaux, des psychologues, vous avez des visites vers le palais ainsi que des avocats qui viennent voir leurs clients avant de se rendre au palais,… C’est donc une véritable fourmilière en mouvement. Le personnel est, lui-même, perpétuellement en mouvement. Vu que la prison est surpeuplée, il y a deux fois plus de mouvements à faire et on ne sait malheureusement plus prendre nos congés. On est obligés de travailler jusqu’à se retrouver sur les rotules. À un moment donné, il faut dire stop. En trois semaines, on n’a eu aucune proposition concrète. On est sur l’hypothétique ouverture d’une aile à Saint-Gilles. Nous croisons les doigts, nous espérons mais pour quand est-ce que c’est prévu ? On n’en a pas la moindre idée. Alors, jusqu'à nouvel ordre, le mouvement continue…"

Les droits fondamentaux sont actuellement bafoués

La ligue des droits de l’homme, l’observatoire des prisons mais aussi les magistrats et les avocats de Bruxellent estiment quant à eux que le seuil de l’insupportable a été atteint à la prison de Forest.

Jean-Pierre Buyle est bâtonnier de l'Ordre français du barreau de Bruxelles. Il tire la sonnette d’alarme : "La prison doit être un lieu de dignité et un lieu d’humanité. Nous prônons actuellement qu’il y ait des mesures urgentes qui soient prises pour faire diminuer cette surpopulation. 235% d’augmentation, c’est intolérable. Nous avons dépassé des chiffres comme jamais nous n’en avions eus à Bruxelles. Nous sommes d’ailleurs solidaires du personnel qui est à Forest et qui travaille dans des conditions inacceptables. Nous sommes solidaires également des psychologues qui ne peuvent plus venir parce qu’il n’y a plus de possibilité de les accueillir. Des médecins aussi puisque nous avons actuellement des détenus qui ont des maladies graves et qui ne peuvent plus être soignés. Il en va vraiment des droits fondamentaux : droit à la santé, droit à la dignité, droit d’avoir un avocat. Tous ces droits sont actuellement bafoués à cause de cette surpopulation."

Delphine Paci, de l'observatoire international des prisons, dénonce également les atteintes aux droits les plus élémentaires des 740 détenus de la prison de Forest : "On a été visité la prison il y a trois semaines. C’est complètement apocalyptique. Il s’agit véritablement d’une situation de chaos dans la mesure où le taux de surpopulation est tellement énorme aujourd’hui que les droits les plus élémentaires sont tout à fait bafoués. Pour le moment, les détenus disposent d’un mètre carré au sol par personne où l’on mélange les fumeurs et les non-fumeurs. Les toilettes sont sans couvercle, ce qui provoque des odeurs que vous pouvez facilement imaginer. Les douches sont tout à fait insuffisantes puisqu’elles ont lieu tous les trois jours. Certains préfèrent même aller au cachot plutôt que de rester en cellule. Le cachot, c’est l’isolement total sans aucun repère spatio-temporel puisqu’il n’y a pas d’horloge, mais finalement on a un wc pour soi tout seul. C’est très cynique mais malheureusement c’est les constats."

Réaction de la bourgmestre, Magda de Galand

La bourgmestre de Forest, Magda de Galan s'est rendue mercredi à l'intérieur de la prison de Forest. Elle a pu vérifier les conditions de vie, déplorables, des 740 détenus. Elle a déclaré que c'était encore pire que ce à quoi elle s'attendait.

" Il est vrai qu’en comparaison à ce que j’ai vu lors de mes visites précédentes, c’est encore pire que pire. Ca s’est encore aggravé. La dernière innovation en date remonte à 20 ans. Trois hommes par cellule, un lit superposé et un matelas pliant qu’on met par terre quand on enlève la table, ce sont des conditions de survie. Je crois qu’il est grand temps d’appeler à l’aide et au secours, pour que la régie des bâtiments fasse quelque chose. Il est impossible de fermer la prison parce qu’il faut pouvoir reloger 731 personnes et je ne crois pas que ce soit une demande immédiate. Je veux absolument peser de tout mon poids même si je ne pèse pas beaucoup, mais en tous cas de toutes mes forces pour qu’on fasse quelque chose à cette surpopulation."

De toutes ses forces politiques, Magda de Galan a promis d'écrire au ministre compétent pour lui demander d'agir. En attendant, rien n'est réglé et les gardiens poursuivent leur grève du zèle, au moins jusqu'à la réunion, ce jeudi, entre syndicats et direction.

Véronique Fiévet
 

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