Suicide d’une adolescente après un viol : "Les choses auraient pu se passer autrement" selon le père, si elle avait pu recevoir l’aide médicale nécessaire

C’est une histoire tragique qui a secoué toute la Belgique et notamment le nord du pays. Le 15 mai, une adolescente de 14 ans a été violée dans le cimetière Westerbegraafplaats de Gand. Elle avait rendez-vous avec un ami, mais quatre autres jeunes les ont rejoints. Ils sont suspectés d’avoir violé la victime tout en se prenant en photo et d’avoir ensuite diffusé les images sur les réseaux sociaux. Quatre jours après son viol, la jeune fille s’est donné la mort. Selon le papa de la victime, ce drame aurait pu être évité si sa fille, souffrant de troubles mentaux, avait pu être prise en charge en temps et en heure.

Ce drame vient mettre le doigt sur une problématique de très longue date en Flandre, à savoir le manque criant de places pour mineurs dans les services de psychiatrie. Dans une interview à la VRT, Me. Jeff Vermassen, avocat du père de la victime, a raconté les vaines tentatives de faire prendre en charge l’adolescente dans les services de psychiatrie.

Au début du mois dernier, la victime aurait en fait confié à son père d’être affecté de troubles mentaux. Le 5 mai, l’homme essaie de la faire admettre dans un hôpital de Gand. "Il a demandé une prise en charge car il voulait qu’elle soit bien observée, mais il n’y avait qu’un seul lit et on les a refusés, explique l’avocat. Ils y sont retournés le 12 mai, ils ont fait une nouvelle fois fait la demande mais ils ont essuyé un nouveau refus".


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S’indignant de cette problématique, l’avocat a également affirmé que le drame aurait pu être évité, si la jeune avait été hospitalisée au moment opportun : "C’est tellement tragique qu’il n’y ait pas suffisamment d’accueils dans les hôpitaux pour les mineurs qui ont des problèmes. On en revient donc là : à quel point cette fille a-t-elle souffert ? Nous ne le savons pas, car elle était réservée sur ce qui s’est passé. On ne sait pas non plus depuis quand ça durait. Si elle avait été admise, on l’aurait peut-être su. Et deuxièmement, cela ne serait pas arrivé, car elle n’aurait pas été disponible. Tout cela est très lourd à supporter pour le père".

Le partage d’abus de mineurs prolifère sur les réseaux sociaux

Outre la composante psychologique, ce fait divers remet à la Une le danger que constituent les réseaux sociaux, notamment en matière de protection des victimes. En effet, les auteurs présumés du viol auraient partagé les images des abus sur internet, de quoi amplifier le traumatisme pour la jeune.

Sur les réseaux sociaux prolifèrent de groupes de discussion où les images de viols et d’abus sont partagées. Une équipe de la VRT est parvenue à accéder à l’un d’entre eux, sur l’application Telegram. Y sont partagées environ 16 mille photos et images, souvent de filles mineures. Le groupe compte 100.000 adhérents : bon nombre d’entre eux sont des adolescents.


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Souvent, les images de viol sont accompagnées de messages comme celui-ci, que la VRT a pu lire : "Sale pute qui aime le sexe par téléphone". Le numéro de GSM de la fille en question était également donné.

On y retrouve également des messages concernant la jeune fille de 14 ans qui aurait été violée dans le cimetière Westerbegraafplaats de Gand : quelqu’un demande si la vidéo est disponible et s’il est possible de la partager. Et souvent, ces diffusions ont lieu sans que la victime le sache.

Le partage peut devenir un business

"Certains de ces garçons cherchent simplement à se venger car ils viennent de se faire larguer par leur copine ou par quelqu’un de leur entourage. Par exemple, sur Telegram on peut lire 'Je vois ici des gens à la recherche d’attention ou de vengeance, une vengeance sous forme d’exposition'. Une sorte de course se crée alors : une envie de se prouver, en dénudant ces filles et en partageant ces photos le plus vite possible. Certains reçoivent même de l’argent en échange s’ils sont les premiers à y parvenir ", décrypte la journaliste de la VRT Helen Goedgebeur.

Pour remédier aux conséquences de ces événements, le gouvernement flamand a récemment adapté un décret lié au droit de la jeunesse qui devrait permettre des sanctions plus lourdes pour les mineurs qui se rendent coupables de viol. Pour rappel, parmi les cinq suspects dans le cadre de l’affaire gantoise, trois sont des mineurs. Ils se trouvent actuellement dans des institutions fermées. Les deux autres sont placés en détention.

 

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