Succès, une ASBL pour aider les victimes de maltraitances

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Rencontre avec Betty Laurent, auteur "d'un coquelicot en hiver, pourquoi pas », et présidente de Succès.

Les victimes de violence peuvent trouver le chemin de la reconstruction. L'équipe de Succès est là pour les y aider.

Succès est née de la propre expérience de Betty et de sa reconstruction. Elle a écrit un livre, et aujourd'hui elle ouvre un site internet, avec un concept particulier : « ce sont les victimes d'hier, qui viennent en aide aux victimes d'aujourd'hui ».

A qui s'adresse Succès ?

A tout le monde. Et nous avons besoin des témoignages de vie des personnes qui sont aujourd'hui debout et qui vont bien. On n'en parle jamais, mais il y a des gens qui ont réussi à se reconstruire, et qui sont l'espoir de tous ceux qui sont encore détruits pour l'instant. Il est possible de s'en sortir, et c'est important de le dire. Grâce à Succès, on va publier des témoignages, pour avoir une base de données et pourvoir faire des statistiques. On parle du nombre de femmes battues, nous voulons aussi établir des statistiques concernant les femmes qui s'en sortent et comment elles s'en sortent.  On a une devise dans cette association, « la réussite n'est plus un mythe ».  Les obstacles ne sont pas des murs, ce sont des zones de brouillard que l'on peut traverser.

Succès est né de votre propre histoire ?

Oui, aujourd'hui je vais bien, j'ai écrit un livre mais tout le monde n'a pas cette envie, ou cette capacité. En revanche il est possible de raconter son histoire debout, le sourire aux lèvres. Nous avons plusieurs victimes, avec leur histoire, et nous nous réunissons pour distribuer les rôles de chacun. Nous allons aller témoigner dans les foyers et faire des conférences.

Vous allez dans les écoles aussi ?

Oui de manière préventive ; nous souhaitons parler aux filles, et aux garçons aussi, c'est important.  Et quand je raconte mon histoire, j'évoque mon enfance ; c'est une période qui leur parle. Ils sont très réceptifs, et ils lisent le livre.

Vous êtes un témoin privilégié ?

Oui j'ai un parcours de vie qui contient 36 000 petits obstacles. Ca commence dans ma petite enfance par des attentats à la pudeur. Je suis née dans un foyer belgo-marocain, avec des parents qui ont eu des vies très dures. Je suis ballotée entre le Maroc et la Belgique, et je ne parviens pas à ancrer mes racines. Mon père est violent avec ma mère, puis avec moi. Je suis maltraitée par mon père, puis par ma famille d'accueil. Ensuite je fais la rencontre d'un instituteur pervers, et je suis contente qu'on parle aujourd'hui de tout ce qui se passe dans l'enseignement parce que ce fut la période la plus difficile pour moi.  A l'adolescence je suis déjà brisée, je change trois fois d'école sur une année scolaire, je pars à Bruxelles, je multiplie les tentatives de suicide et je tombe dans l'alcool. Et pour faire court, au début de ma vie de femme, j'apparais comme une proie facile. Je pense avoir rencontré le prince charmant et pendant six ans je subis des violences conjugales. Je vais de foyers en hôpitaux, j'ai mon premier enfant dans ce chaos, il a des problèmes de santé et je touche le fond.

Vous avez le sentiment d'une fatalité ?

Je n'ai pas les bases solides qu'on acquiert dans la petite enfance, je n'ai rien construit, le respect n'existe pas, je n'ai pas reçu les outils pour faire face à quelqu'un qui m'agresse.  Quand on vous dit à longueur de journée que vous êtes une bonne à rien, vous n'avez pas l'estime de vous-même, et c'est le cas des femmes que je rencontre.  

Le livre parle de la victoire ?

Le livre parle d'abord de la descente aux enfers, puis de la remontée. Je m'en suis sortie il y a 17 ans, il a été écrit avec ce recul.  Quand je vais dans un foyer pour femmes battues, je parle à des femmes qui me considèrent comme leur sur. Et quand je leur dis qu'aujourd'hui j'ai ma maison, une famille, bref ce dont elles rêvent, elles se disent que c'est peut-être possible.  Et le fait que cela se sache, ça va aussi changer la mentalité des hommes.

Vous rencontrez également des hommes maltraités ?

Oui moins, mais il y en a bien sûr, et ils sont souvent maltraités psychologiquement.  Et le raisonnement est valable dans les deux sens.  Les hommes parlent difficilement.

Pratiquement, des rencontres, des conférences, une ligne ouverte ?

Non pas de ligne téléphonique, parce que nous n'intervenons pas dans les situations d'urgence, il y a des associations pour cela et on trouve les liens sur notre site.  Sur notre site il y a un appel à témoignages, nous avons des groupes de parole, et nous sommes là après l'urgence pour parler aussi du succès. Quand on a quitté une situation violente, le chemin est long pour se reconstruire et tout reste à faire.  Il y aura des activités proposées, et sur le site on pourra trouver tous les liens utiles pour avancer.  Nous avons des partenaires, et nous voulons interpeller les politiques afin de parler aussi des choses qui vont bien. Dans notre journal « Bonnes nouvelles », on fait appel aux témoignages et aux personnes qui ont envie de donner un coup de main. On trouve tout cela sur le site, nous sommes disponibles pour aider les personnes qui en ont besoin, et il y a un n° de téléphone. 

http://succesasbl.com/

Christine Pinchart

 

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