STIB : vers un flop du métro automatique?

Des portiques automatiques seront-ils installés un jour sur les quais?
Des portiques automatiques seront-ils installés un jour sur les quais? - © MARTHE DELEERSNYDER - BELGA

Longtemps présentée comme la solution miracle pour soulager les lignes 1 et 5 saturées de voyageurs, l'automatisation du métro a aujourd'hui du plomb dans l'aile. L'idée germe il y a une dizaine d'années. Elle s'officialise en 2011, sous le nom de code "Projet Pulsar". A l'époque, on évoque une mise en service des rames de métro automatiques en 2018. Nous sommes début 2019, et rien ou presque à l'horizon. Les discours sont flous, à la STIB comme au sein du gouvernement bruxellois.

Toute simple à l'origine, l'idée de l'automatisation est de réduire les pertes de temps liées aux interventions humaines, celles du conducteur comme des voyageurs. Avec un métro automatique, la STIB peut envisager, sur le tronçon central de son réseau, un passage de rame en station toutes les 1'30 minute, contre 2'30 minutes aujourd'hui.

Se passer à terme de conducteurs nécessite une nouvelle signalisation plus moderne permettant un écart moindre entre les métros, du nouveau matériel roulant et l'installation de portiques automatiques sur les quais. Coût total de l'opération : plus de 600 millions d'euros. C'est là que ça coince et que les retards s'accumulent.  

Ne dites plus automatisation, mais modernisation

Si la STIB a acquis 43 rames adéquates qui lui seront bientôt livrées, le reste est plus compliqué et confus. La nouvelle signalisation est annoncée pour 2022. Pour ce qui est de l'installation de portiques automatiques, des tests limités à quatre stations sont prévus en 2024. Quant aux conducteurs, s'en passera-t-on réellement un jour dans le métro bruxellois? Ce n'est plus du tout une certitude.

Bref, l'automatisation se réduit peu à peu, et même dans les discours, à une modernisation de la signalisation. Celle-ci permettra, et c'est déjà ça, de gagner 30 secondes entre deux rames. Mais c'est moins que le gain d'une minute avec l'automatisation complète. 30 secondes de différence qui changent évidemment beaucoup en termes de capacité d'accueil des voyageurs...   

L'argent débloqué pour l'automatisation a été injecté dans le métro Nord

Alors pourquoi les ambitions ont-elles été revues à la baisse? "Clairement, le gouvernement a demandé à la STIB de mettre le holà sur l'automatisation complète", nous confie un membre du Conseil d'administration de la STIB. Pour quelle raison? "Les projets d'automatisation et d'extension du métro, c'est le même département au sein de la STIB, il fallait définir une priorité, et cela a été l'extension", poursuit cet administrateur. 

Concurrents, donc, les projets d'automatisation et de métro nord? C'est également ce que pensent les écologistes, par ailleurs frileux sur l'extension du réseau. "On a l'impression que l'argent qui avait été débloqué pour l'automatisation a été injecté dans les études sur le métro Nord, explique Zoé Genot. Nous ne voulons pas que l'on monopolise tous les budgets d'investissements au profit de projets aux dates très incertaines et éloignées. A l'inverse, l'automatisation, ça permettait une augmentation de l'offre trois ou quatre ans plus tard", compare la cheffe de groupe Écolo au Parlement bruxellois. 

Les centaines de millions pour réparer les tunnels ont retardé considérablement le projet Pulsar

Autre point de vue, autre vision. Partisan du métro nord, le MR bruxellois voit une autre raison à la décision du gouvernement bruxellois de temporiser sur l'automatisation. "C'est la gabegie liée au non-entretien des tunnels, estime Vincent De Wolf. Les centaines de millions qu'il a fallu emprunter et mobiliser pour réparer les tunnels ont retardé considérablement le projet Pulsar. C'est une grave erreur et une responsabilité importante du gouvernement actuel", conclut le chef de file de l'opposition MR.  

Au cabinet du Ministre de la mobilité Pascal Smet (sp.a), on ne souhaite pas rentrer dans la polémique : retards ou non, l'automatisation se poursuit, investissements à la clé. On n'en saura pas beaucoup plus.