Soupçonné à tort de terrorisme, un couple de Bruxellois interpellé en plein film à l'Imagibraine

Méprise, vendredi soir, au cinéma Kinépolis Imagibraine dans le Brabant wallon. A tort, un couple de Bruxellois, Nabil Benrkia, 25 ans et sa fiancée de 22 ans, ont été pris pour des soutiens du groupe terroriste Etat islamique. Vers 18 h, plusieurs policiers les ont interpellés, en pleine séance du film "Escobar" avant de les fouiller ainsi que leur véhicule. 

Nabil, postier dans la capitale, raconte à la RTBF: "Je vais quasiment deux à trois fois par mois à l'Imagibraine. Je suis un habitué des lieux. Vendredi soir, j'y ai été avec ma fiancée. Au départ, nous étions deux dans la salle. Puis nous ont rejoint un couple, qui s'est installé derrière nous."

Après 45 à 50 minutes, le deuxième couple s'en va. "Ma fiancée et moi, on était surpris qu'ils s'en aillent avant la fin du film", raconte Nabil. "Bon, on n'a pas prêté plus attention que cela." Mais dix minutes plus tard, la salle n'est plus dans le noir, la lumière se rallume. Dérangeant pour les deux seuls spectateurs. "Je me suis levé, j'ai vu une personne sortir de l'espace de projection et je dis à cette personne que la lumière s'est rallumé. Mais ce n'était pas une personne qui travaillait pour le cinéma."

Le drapeau de Daesh

En fait, il s'agit d'un policier qui demande fermement à Nabil et sa compagne de s'écarter. Un policier enchaîne: "Il est où le drapeau?" De quel drapeau parle l'agent? "Il s'agissait du drapeau de Daesh. Je ne comprenais pas", confie Nabil.  Dans la salle, outre le couple, interviennent tout de même une dizaine de policiers. Ils vont fouiller notre interlocuteur, sa fiancée, regarder les photos dans le smartphone de Nabil. "La police m'annonce qu'on leur a dit que j'avais un drapeau de Daesh, des photos d'Israël et de la Palestine dans mon GSM. C'est fou! Je n'ai pas du tout cela!"

Si la compagne de Nabil fond en larmes, Nabil lui préfère garder la tête froide et rassurer les forces de l'ordre. "Avec deux policiers, nous irons chercher ma carte d'identité dans mon véhicule sur le parking. Ils fouilleront ma voiture." Au final, RAS, rien à signaler! "J'étais droit dans mes bottes. Mais ce qui était gênant, c'était le regard des gens dans le cinéma, quand la police nous escortait. C'est gênant quand tu sais que tu n'as rien fait. Ce qui était également impressionnant, c'était le déploiement: j'ai vu 6 ou 7 voitures de police sur le parking!"

Une dénonciation calomnieuse

Après vérifications et questionnements, la police laisse repartir le couple. C'était une méprise qui tient sa source d'un appel. "La police nous a dit que des gens les avaient contactés pour leur dire que j'avais un drapeau de Daesh. Qui les a contactés? Le couple assis derrière nous? C'est fou: on nous a catalogués parce que nous sommes d'origine maghrébine et que ma compagne porte le voile. Un simple voile, pas une burqa!"

Nabil n'en veut pas à la police: "Je comprends totalement les forces de l'ordre, elle intervient pour notre sécurité vu le climat actuel. C'est normal! J'en veux davantage à ces personnes qui nous ont dénoncé de manière calomnieuse sur base de rien".

La police regrette l'incident

Contacté par la RTBF, le chef de la zone de police Stéphane Vanhaeren dit regretter l'incident. "Nous avons contrôlé deux personnes sur base d'un appel inquiétant par rapport à des choses que des personnes ont cru voir", explique le chef de zone. "Conformément à la loi, notre intervention (sans usage de la force, NDLR), la fouille et le contrôle des personnes étaient justifiés. Cette intervention s'est avérée négative. C'est toujours désagréable de faire l'objet d'un contrôle quand on n'a rien à se reprocher. Je me mets facilement à la place de ce couple." Le chef de zone se dit également disposé à entrer en contact avec Nabil et sa compagne pour balayer tout malentendu.

Nabil est rassuré mais se déclare marqué par l'incident de vendredi. "Ma fiancée encore plus.

Vendredi soir, en quittant le cinéma et sur l'insistance d'un agent de police, le cinéma a accepté d'offrir 4 places gratuites au couple. Un geste commercial qui laisse un goût amer à Nabil. "Pour l'instant et vu ce qui s'est passé, je ne suis pas prêt de retourner à l'Imagibraine."

 

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