Le loup est entré en Wallonie: comment expliquer ce retour?

Il avait disparu de nos contrées il y a plus d’un siècle, mais aujourd’hui il est de retour. Un loup a été aperçu dans les Hautes-Fagnes. Faut-il avoir peur du loup? Comment expliquer ce retour? On sait que l’animal est présent en France, en Allemagne et en Flandre, et qu’une louve avait été aperçue récemment. Alain Licoppe, responsable du réseau Loup au Département de l’étude du milieu naturel et agricole, décrypte le phénomène.

Selon Alain Licoppe, le loup fait l’objet, depuis les années 70-80, d’un programme de protection à l’échelle européenne. Il est resté quelques populations qui avaient survécu, notamment en Pologne et en Italie. Suite à ces programmes de conservation, ces populations sont en développement tout à fait naturel.

"Le loup a une faculté de dispersion assez importante, et étant donné que les effectifs de loups croissent en Italie et en Pologne, et passent en France et en Allemagne. C’est très logiquement que, très progressivement, certains spécimens commencent à se disperser vers la Belgique et la Wallonie. Nous sommes sans doute l’une des dernières régions d’Europe à être colonisées par le loup. Le loup qui, à l’origine, couvrait l’ensemble du continent européen." Nous assistons donc à quelque chose de parfaitement logique, avec recolonisation sur son ancienne aire de répartition.

Sur son ancien territoire, le loup aussi disparu parce suite à la chasse dont il faisait l’objet. Maintenant qu’il est protégé. Le loup est attiré par les grands espaces où le gibier est fort présent.  

Pour créer une nouvelle meute

Alain Licoppe précise que la meute ne se déplace pas. C’est d’abord un individu qui, en phase de dispersion, partira à la recherche d’un territoire. Ensuite si cet individu est rejoint par un autre, une meute peut se créer. Mais il faut relativiser. "En Europe occidentale, la meute n’est pas aussi nombreuse qu'aux États-Unis, ce sont des meutes de quatre ou cinq individus en général. Il peut aussi y avoir simplement des loups qui s’installent mais ne trouvent jamais de partenaires et restent seuls pendant toute leur vie".

Une raison de ce déplacement, explique Alain Licoppe, est que le loup en quête d’une place au soleil n’est plus le bienvenu dans sa meute d’origine. Sans doute considéré comme un concurrent potentiel pour le couple dominant. "Ce sont en général des jeunes loups, des mâles ou femelles subadultes, qui vont voyager parfois sur de grandes distances et vont s’arrêter à certains endroits. On ne sait donc pas toujours si le loup qu’on a aperçu chez nous a décidé de s’implanter." On n’a en tout cas aucune idée de ce qu’il est devenu depuis la photo qui été prise récemment ."Le loup a une grande plasticité, c’est un animal assez opportuniste et finalement le seul vrai besoin pour le loup, ce sont les ressources alimentaires, sous forme de gibier essentiellement, donc de cervidés, de sangliers, etc."

Le loup régulateur de gibier?

Le gibier étant fort présent dans nos forêts, le loup pourrait en devenir le prédateur naturel. "On a beaucoup de gibier -chevreuils, cerfs, sangliers-. Est-ce que le loup va pouvoir réguler cette population ? C’est difficile à dire. Il aura fort localement un rôle à jouer sur les effectifs de grand gibier. Il va certainement aussi avoir un rôle par rapport à la modification du comportement de ce gibier, qui va être un peu plus stressé et qui ne fréquentera donc plus les mêmes endroits. Ce qui va donner parfois une impression de vide à certains endroits"

Un plan Loup

L’idée est bien, comme l’explique Alain Licoppe, de disposer d’un lan de gestion Loup, comme la Flandre aura le sien vers le mois de septembre. "Il va falloir mettre sur papier les différents cas de figure que l’on pourra rencontrer à l’avenir et les différentes mesures de gestion qui devront être adaptées localement aux situations en fonction de la quantité de troupeaux, de moutons essentiellement dans un premier temps, puisque c’est vraiment le bétail qui sera le plus sensible au loup. Par la suite, on verra bien comment cela évoluera."

Les forêts belges trop fragmentées

Un obstacle à l’implantation des loups sur notre territoire est le maillage important de notre réseau routier. "La probabilité pour qu’un loup puisse arriver jusque chez nous sans se faire accidenter est relativement faible. Il y a une quantité d’individus qui se font écraser sur les routes. C’est vrai pour arriver en Allemagne et en Belgique. Même une fois qu’un loup déciderait de s’implanter chez nous, son domaine vital serait quadrillé par toute une série d’infrastructures qui pourraient lui être fatales. Il y a pas mal de risques de mortalité pour ces animaux."

Le loup est-il dangereux?

La question qui vient immédiatement à l’esprit est: ‘faut-il avoir peur du loup?’ Pour nous et pour le bétail ? Alain Licoppe fait référence à ce qui ce passe à l’étranger." Chez nous, c’est la raison pour laquelle le ministre a décidé d’ajouter le loup aux espèces indemnisables en cas de dégâts, en cas d’attaque de troupeaux. Cela a été fait fin de l’année dernière en prévision de ce retour. Effectivement, il y a toute une série de précautions à prendre à partir du moment où on en saura un peu plus, si ce loup s’implante ou non, si on arrive à délimiter son aire, son espace vital. À partir de là, je crois qu’il faudra effectivement lentement envisager toute une série de mesures de protection ou d’anticipation d’éventuelles attaques."

Et pourquoi nous fait-il si peur ?

Cette peur du grand méchant loup, explique Alain Licoppe, vient d’une époque révolue, où le loup, en tant que dernier grand prédateur, était un animal marquant au sein de nos sociétés. Il y avait des loups enragés capables de s’en prendre aux humains. "Certains loups sains s’en sont également pris aux humains par le passé, mais dans des contextes fort différents de conflits, de guerres, de champs de bataille, d’extrême pauvreté. Où aux époques où l’on envoyait les gamins surveiller les moutons en forêt. Et aussi lorsqu’il y avait une compétition importante entre le loup et l’homme pour le gibier qui était quasiment inexistant au milieu du XIXe siècle. Tout ce qui pouvait être pâturé à l’époque par les moutons l’était, en ce compris les forêts. Il y avait donc une beaucoup plus grande interaction entre le loup et l’être humain. Et toute cette peur du loup a été cultivée au travers de contes et d’histoires pour enfants."  On pense bien sûr au Chapeau rouge. Et c’est tout ce contexte passé qui exige aujourd’hui un travail de sensibilisation.

Rencontre avec les touristes

Aujourd'hui, la forêt étant parcourue par des touristes, des rencontres seront donc inévitables, mais sans être dangereuses pour autant : "Le loup est réellement craintif vis-à-vis de l’homme. Si vous croisez un loup en forêt, essayez de le prendre en photo et envoyez-nous l’image. C’est surtout ça que je peux vous conseiller"

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