"Singe", "Retourne à Molenbeek" : mystère et questions un an après l'incident raciste chez les pompiers de Bruxelles

Des messages racistes et crus adressés à un pompier en formation.
Des messages racistes et crus adressés à un pompier en formation. - © D. R.

"Arabe", "Pute", "Suceur", "Merde", "Singe", "Retourne à Molenbeek"… Un an après, on ne connaît toujours pas le ou les auteurs des insultes racistes rédigées sur le casque d’un aspirant pompier de Bruxelles. La RTBF vous en parlait fin octobre 2019. En rejoignant le vestiaire de la caserne centrale de l’Héliport, un pompier en formation, d’origine maghrébine, retrouve son équipement de travail souillé de messages à caractère xénophobe (et des croix gammées), rédigés au marqueur indélébile. Un choc au sein du SIAMU, le Service d’incendie et d’aide médicale urgente.

Le ou les auteurs toujours pas été identifiés

L’affaire fait grand bruit au sein du corps des pompiers, dans les médias, dans la classe politique. Pascal Smet (sp.a, one.brussels), secrétaire d'Etat de tutelle réagit : "Le racisme n’a pas sa place au SIAMU. J’ai demandé une enquête approfondie. Nous attendrons un rapport et, si nécessaire, des mesures supplémentaires seront prises".

D’autant que quelques jours plus tard, le même aspirant est la cible de nouvelles attaques. Son casier a été fracturé, des tranches de jambon ont été déposées sur son uniforme et des canettes de bière renversées. Plaintes auprès de la police sont déposées par la direction et la victime.

Les jours, les semaines, les mois ont passé. Un an après, quelles suites ont été données à ce dossier ? L’incendie, il faut bien le dire, n’est toujours pas éteint. En interne, le ou les auteurs n’ont pas été identifiés. L’analyse des vidéos de surveillance, permettant de distinguer une éventuelle intrusion dans les vestiaires, n’a rien donné.

La victime reçoit son C4

En ce qui concerne la victime, on apprend qu’une médiation a été mise en place. En formation tout au long de cette procédure, il vient toutefois de recevoir son C4 il y a quelques semaines à peine, officiellement pour inaptitude. Certaines voix internes anonymes parlent d’une mise à l’écart volontaire par la direction du SIAMU, l’intéressé ayant été empêché de se présenter à de nouveaux examens. Celui-ci n’aurait pas renoncé à son projet de revêtir définitivement l’uniforme des pompiers. A Bruxelles ? Ailleurs en Belgique ?

Walter Derieuw, porte-parole du SIAMU, confirme qu’une médiation a eu lieu entre le service et la victime. "Mais que celle-ci est couverte par le sceau de la confidentialité." L’enquête interne, pour sa part, "n’a pas permis de trouver des éléments nous permettant de mener à bien une procédure disciplinaire." Le SIAMU attend donc les conclusions de la justice.

Le parquet de Bruxelles précise que l’enquête est entre les mains de l’Auditorat du Travail. Selon nos informations, l’analyse des pièces du dossier (casque, uniforme…) doit encore déterminer si des empreintes (ou traces ADN) sont exploitables.

Unia, audit externe…

Unia s’est également penché sur le dossier. Le centre interfédéral contre les discriminations a été sollicité à plusieurs reprises et a entrepris d’interroger des pompiers bruxellois sur la question du racisme au SIAMU. Les griefs en ce sens s’accumulent depuis l’affaire d’octobre 2019

Pascal Smet a décidé de lancer un audit externe. En juin, un député régional, Hicham Talhi (Ecolo) porte plainte contre le très médiatique représentant du SLFP-Pompiers, Eric Labourdette, après que ce dernier a qualifié des parlementaires de "bonobos". A la même période, la RTBF apprend qu’une banane a été lancée par un pompier sur un patient d’origine subsaharienne, dans l’enceinte d’un hôpital bruxellois.

Plus récemment, des commentaires Facebook émanant d’internautes se présentant comme pompiers indignent les politiques. Les auteurs disent espérer plus de morts Covid dans les communes d’Anderlecht, Molenbeek, Schaerbeek…

Et puis, il y a aussi eu, au début de l’année 2020, ce pompier sollicitant cette fois l’intervention de la "panzerdivision" (la division blindée allemande, terme se référant toutefois généralement à la division blindée pendant la Deuxième guerre mondiale) dans certains quartiers bruxellois subissant des scènes de vandalisme. Les faits s’enchaînent.

Un problème structurel de racisme au SIAMU ? Eric Labourdette ne le croit pas. Tout d’abord, si la jeune victime des actes d’octobre 2019 a été remerciée, c’était en raison de ses capacités.

"On crie au racisme, au sexisme. Mais ici, au SIAMU, il y a des pompiers d’origines diverses qui sont des pompiers comme tous les autres. Il faut savoir que l’instruction pour devenir pompier est particulière. On apprend au pompier en formation à assurer sa propre sécurité, celle de ses collègues et celle de la population. Et il arrive parfois que le candidat ne convienne pas", dit le syndicaliste libéral.

Je veux que cette affaire soit tirée au clair

Eric Labourdette, qui avait douté des faits dans un premier temps, l’affirme aujourd’hui : "Je veux que cette affaire soit tirée au clair. Si un agent du SIAMU s’est rendu coupable de tel fait, c’est une faute grave. Sans conteste !" "Et il y a des procédures disciplinaires qui existent pour cela", tacle-t-il à l’attention des parlementaires qui réclament des comptes et des têtes.

"Je suis le premier à condamner des actes racistes. Je rappelle aussi à l’ordre des collègues qui postent des commentaires douteux sur les réseaux sociaux. Je fais aussi le gendarme quand il le faut. Ce que je regrette toutefois, c’est qu’à force de voir le racisme partout, on le banalise", ajoute Eric Labourdette, qui nous apprend qu’il vient de déposer plainte pour diffamation contre le député PS Jamal Ikazban dans l’affaire des posts Facebook.

 

Un pompier en formation dépose plainte: archives JT du 29/10/2019

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