Semi-conducteurs, bois, métal : ces pénuries qui menacent l’économie bruxelloise

Ces jeudis et vendredi, les chaînes de montage d’Audi à Forest sont à l’arrêt. Si aucune voiture ne sort de l’usine, c’est parce qu’elle n’a plus de puces électroniques, ces semi-conducteurs de plus en plus présents sous les capots. Un arrêt de travail qui a un goût de déjà vu : en février de cette année, déjà, l’usine bruxelloise avait dû suspendre la production pendant une semaine, pour la même cause.

Peter D’Hoore, le porte-parole d’Audi Forest, se veut modérément optimiste : " L’approvisionnement en puces restera tendu au cours des prochains mois, et une nouvelle adaptation de la production n’est pas à exclure. Mais au cours du second semestre, nous prévoyons une amélioration. "

Boom du télétravail

Le consensus au sein de l’industrie, c’est que le pire est derrière nous, mais que les effets de ces pénuries à répétition devraient se faire sentir jusqu’au début de l’an prochain. La cause, on la connaît : suite au boom forcé du télétravail et des loisirs à domicile, la demande d’ordinateurs et de smartphones a explosé. Sans compter que les voitures, avec toutes les aides à la conduite, sont de plus en plus gourmandes en puces. Et le seront encore plus au fur et à mesure qu’elles deviendront plus autonomes. La solution, pour éviter une pénurie de semi-conducteurs en provenance d’Asie, viendrait-elle d’une relocalisation de la production chez nous, en Europe ? L’Union européenne y songe, mais Ben Van Roose, d’Agoria, la fédération belge des industries technologiques précise que ce n’est pas si simple :

Créer une usine pareille, ça coûte du temps. Et ça coûte une fortune : on parle de 10 à 12 milliards pour une usine performante. Mais la volonté y est. "

Coût de la main d’œuvre

Off the record, un observateur de la vie économique est moins optimiste : " Prenez les écrans d’ordinateurs. Les conditions de stérilité nécessaires à leur fabrication sont tellement exigeantes qu’il n’y a que deux usines qui en produisent pour le monde entier. En installer une nouvelle en Europe n’aurait pas de sens : elle ne pourrait pas atteindre un volume de production suffisant pour être rentable. Il ne faut pas oublier non plus qu’une usine ne travaille pas seule : elle dépend, pour ses composants, d’autres producteurs. Si on installe chez nous une chaîne qui se contente d’assembler des éléments importés d’Asie du Sud-Est, on n’aura pas changé grand-chose au problème. Et, si c’est pour faire de l’assemblage, la main d’œuvre reste meilleur marché à l’étranger. "

Construction en berne

Autre secteur important dans l’économie bruxelloise lui aussi frappé par la pénurie : la construction. Frédéric Béguin est un entrepreneur. Ces derniers temps, ses journées se passent moins sur les chantiers. Et plus chez les fournisseurs, pour trouver tel ou tel produit.

On commence à courir partout pour trouver les bons bois qu’il nous faut. Beaucoup de bois, surtout de grande longueur (plus de six mètres) sont difficiles à trouver. L’OSB, également, des planches très classiques, qui sont généralement très faciles à trouver, est manquant et a vu son prix multiplié par cinq en quelques mois aux USA."

Car qui dit pénurie dit augmentation des prix. Pour le bois. Mais aussi pour le métal : " Il y a des produits qu’on trouve à +10, +20 ou + 50%. Les vis ont pris 10%.La cause : Chine et USA ont une fringale de métal et de bois, pour assurer leur reprise. Et l’embouteillage du canal de Suez, fin mars, n’a rien arrangé.

Construction: pénurie de matériaux et flambée des prix (JT 20/05/2021)

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