Schaerbeek: le livre qui explique l'étonnante raison de la démission du bourgmestre Roger Nols en 1989

Jean-Marie Le Pen à Schaerbeek en 1984, reçu par le bourgmestre Roger Nols.
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Jean-Marie Le Pen à Schaerbeek en 1984, reçu par le bourgmestre Roger Nols. - © FILES - BELGA

Séisme à Schaerbeek! Le 23 mai 1989, Roger Nols annonce sa démission. Le bourgmestre de Schaerbeek, en poste depuis 1970, quitte le navire à la surprise générale. Le populiste, qui s’est fait connaître médiatiquement pour ses multiples positions anti-immigrés et pour avoir invité Jean-Marie Le Pen à Schaerbeek prend tout le monde de court. Officiellement: pour des raisons de santé.

Jean-Pierre Van Gorp (PS) a été son échevin en 1988. Dans ses mémoires "De l’ombre vers la lumière", qui retracent son très long parcours politique schaerbeekois et qui sortent ce lundi, Jean-Pierre Van Gorp évoque une autre raison. La démission de Roger Nols fait suite à un épisode moins conventionnel.

Nous sommes en mai 1989 et Jean-Pierre Van Gorp est attablé dans un restaurant avec Roger Nols, le commissaire en chef de la police et le secrétaire communal. "Alors que je m'apprête à quitter les lieux, Roger Nols m’appelle à sa table. Il me propose un pousse-café. Je me souviens parfaitement d’avoir pris un café avec un cognac. J’avais un rendez-vous à 14h30 et je prends congé. Tous les trois se lèvent en même temps que moi et nous regagnons la maison communale ensemble", écrit Jean-Pierre Van Gorp.

"Une scène qui nous laisse effarés"

Les trois pénètrent par l’entrée de l’ancien commissariat. En longeant un bureau, le trio entend des bruits étranges émanant d’un bureau. "Roger Nols saisit la poignée de porte et l’ouvre d’un geste sec. Nous voyons alors tous les quatre une scène qui nous laisse pantois et effarés. Sous nos yeux, Anne Nols épouse du bourgmestre (fonctionnaire communale NDLR), en position plus que scabreuse en présence de deux policiers (…). Le bourgmestre referme la porte. Il est livide. Pas un mot ne sort de sa bouche. Nous nous taisons aussi au vu de la scène dont nous venons d’être les témoins. Je continue en silence vers mon bureau, le commissaire Mathys va vers le sien, le secrétaire communal se dirige vers l’ascenseur. C’est la dernière fois que j’ai vu Roger Nols avant sa démission."

Près de 30 ans après, Jean-Pierre Van Gorp est convaincu de l’influence de cet épisode sur la décision politique à venir. "Suite à cette humiliation, je suis persuadé (même si je n’ai pas de preuve formelle) qu’il (Roger Nols) a fait le choix de se venger. Je crois qu’il lui était insupportable qu’elle profite impunément de son statut d’épouse du bourgmestre pour s’autoriser les pires dérapages. Roger Nols démissionna pour se retirer dans sa maison de campagne située à Herock, petit village au fond de la province de Namur. Il avait cependant démissionné sans se préoccuper de désigner son successeur. Cela promettait de belles foires d’empoigne."

A Roger Nols, succéderont Léon Weustenraad (1989 à 1992), Francis Duriau (1992 à 2000) et Bernard Clerfayt (depuis 2000). C’est la vie politique de la cité des Anes au cours de ces 30 dernières années que raconte Jean-Pierre Van Gorp dans son ouvrage décliné en 147 épisodes.

"Cela fait deux ans que je me dis qu’il faut laisser la place aux jeunes. Et je me suis dit qu’il serait dommage de partir sans partager tous ces souvenirs, tout ce vécu. Et aussi le fait d’avoir pu observer dans certains cas, accompagner dans d’autres l’évolution de Schaerbeek qui vient de très loin", explique à la RTBF celui qui ne sera pas candidat aux communales de 2018. "Le Schaerbeek de l’époque n’est plus le Schaerbeek d’aujourd’hui qui attire une nouvelle population, qui est une commune branchée. Pour les anciens, ce livre rappellera beaucoup de souvenirs. Pour les plus jeunes, ce livre leur permettra de savoir qu’il y a des femmes et des hommes qui se sont battus au quotidien pour que Schaerbeek devienne ce qu’elle est aujourd’hui et que cela ne s’est pas fait par hasard."

Sans tabou

Jean-Pierre Van Gorp aborde tout, sans tabou. De ses débuts en politique, positionné plutôt à la droite extrême - avec un slogan "Agir ou partir, il faut choisir" - avant sa farouche opposition au Nolsisme, son passage au FDF et enfin au PS. "Je pense que j’ai toujours fait de la politique avec passion et émotion. J’ai fait les choses pour les choses et pas par rapport aux choses. Chacune de mes évolutions m’a permis d’être en équilibre avec moi-même."

Jean-Pierre Van Gorp a été échevin de 1988 à 2006 et multiplie les réalisations. C’est à lui qu’on doit le concours de Miss Schaerbeek, le retour de cortège carnavalesque, la création du cimetière multiconfessionnel et les premières parcelles pour défunts musulmans, la création des canisites sur le territoire communal, la venue du Roi Pelé à Schaerbeek dans le cadre d’une opération anti-drogue, la création des premières maisons de jeunes… "Quand je regarde en arrière, je me dis que mon parcours n’a pas été mal réussi.

"De l’ombre vers la lumière", véritable brique de 333 pages, ne dresse pas qu’un bilan comptable ou un satisfecit. Loin de là. Il y est question d'un Schaerbeek que les plus jeunes n'ont pas connu. Mais surtout de rapports humains avec la population et les responsables politiques locaux et nationaux. Daniel Ducarme, Laurette Onkelinx, Didier Gosuin ont également une place dans l’ouvrage, aux côtés d’anonymes, de fonctionnaires, d’éducateurs, d’artistes… Tous ces contacts sont appuyés par de solides détails. "Quand j’ai commencé à écrire ce livre, j’ai compris une seule chose. Il y avait une petite voix qui me disait depuis bien longtemps de garder mes agendas, mes photos et mes articles de presse. Je me suis toujours demandé pourquoi mais j’ai continué à écouter cette petite voix. Et quand j’ai entamé ce livre il y a deux ans, j’ai enfin eu la réponse."

Prescription après 30 ans

Les raisons du départ de Roger Nols en 1989, qui ne redeviendra pas bourgmestre lors des élections de 1994, constituent toutefois LE passage fort du livre. "Il se trouve que pendant toutes ces années, je me suis souvent retrouvé au bon endroit au bon moment", confie Jean-Pierre Van Gorp. "Cette fois-là, je me suis retrouvé à cet endroit avec huit autres personnes. Je suis le dernier survivant. Aujourd’hui, je pense qu’il est important de mettre en évidence les raisons qui font que contre toute attente Roger Nols décide de quitter son mayorat. Face à cette scène, pour cet homme, les limites du soutenable ont été dépassées. Sa femme n’en faisait qu’à sa tête, elle lui faisait honte et il a décidé de la punir en ne lui permettant plus d’être la femme du bourgmestre. Cet épisode, personne ne l’a jamais su. Alors on rétorquera que c’est invérifiable. Mais force est de constater qu’il y a une raison qui a fait en sorte que Roger Nols démissionne brutalement. J’aurais pu raconter cet épisode avant, je ne l’ai jamais fait, je ne l’ai jamais utilisé politiquement. Mais après 30 ans, j’estime qu’il y a prescription et que cela fait partie de l’histoire politique de Schaerbeek. Face à l’histoire, on ne peut pas avoir de scrupules. Heureusement, dans mon livre, il y a beaucoup d'autres anecdotes moins scabreuses", sourit le mandataire local.

Les mémoires de Jean-Pierre Van Gorp sont préfacées par l’ancien secrétaire communal Jacques Bouvier. Elles ont également été relues par un juriste.

Le livre sera disponible dès ce lundi soir lors d'une présentation prévue à l'hôtel communal et ensuite dans toutes les librairies schaerbeekoises au prix de 30 euros.

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