Schaerbeek : Ecuries van de Tram ou le business des occupations précaires

Schaerbeek : Ecuries van de Tram ou le business des occupations précaires
Schaerbeek : Ecuries van de Tram ou le business des occupations précaires - © Ecuries van de Tram Maison Fondée

C'est un lieu qui attire les convoitises. Un endroit branché du quartier Pogge qui accueille un marché bio, des concerts, des apéros, des évènements privés. Un espace, surtout, appelé à multiplier sa surface par quatre dans les années à venir. Qui sera à la manœuvre? Pour y faire quoi? Avec quelle finalité : sociale ou économique? Ce soir, au conseil communal, un projet de développement stratégique sera soumis au vote des élus, mais certains partenaires du projet contestent sa légitimité. Chacun place ses pions.

Propriété de la STIB, cet ancien dépôt de tram est occupé depuis 2015 par l'asbl Maison Fondée qui a insufflé une nouvelle dynamique à ce lieu à l'abandon, via une occupation précaire en attendant une affectation définitive dans les années à venir. L'an dernier, la commune de Schaerbeek reprenait la main sur le lieu sous forme de location à la STIB. Suite à un appel à projets, Maison Fondée était confirmée dans ses activités, comme l'asbl Molengeek appelée à rejoindre les écuries pour y développer un pôle de compétence lié aux nouvelles technologies. Mais le véritable vainqueur de l'appel à projets, c'est la SPRL Entrakt, société spécialisée dans la gestion de biens inoccupés ou à occupation précaire.

Entrakt, cible de critiques

La commune de Schaerbeek a sélectionné Entrakt pour disposer d'un interlocuteur unique capable d'assurer la gestion patrimoniale et le développement des Ecuries van de Tram. Mais les cinq premiers mois de collaboration entre Entrakt et l'occupant principal du lieu s'avèrent très compliqués. "On attendait un respect mutuel, on n'y est pas du tout, regrette Paul-Henri Guilmin, président de Maison Fondée. Mail après mail, coup de fil après coup de fil, cela fait cinq mois qu'on demande un rendez-vous, de voir des plans, de discuter de nos projets. Nous n'avons plus aucun contact avec eux." Le loyer demandé est aussi au centre de tensions :"80% d'augmentation. La première facture est arrivée. On est passé de 2000 à 3600 euros. C'était prévu dans la convention, mais une fois que les travaux seraient effectués, en ayant à disposition toutes les surfaces prévues. Aujourd'hui, aucune demande de permis n'a été introduite. On continue donc à payer 2000 euros, le loyer que nous demandait la commune", indique Paul-Henri Guilmin.

Autre critique, la manière dont a été communiqué au collège communal le plan stratégique de développement des lieux. "On a appris son existence par la presse. C'est un copié-collé de ce que notre asbl avait prévu. (...) Je me sens dépossédé, floué. Je ne veux pas me faire évincer par quelqu'un qui vient prendre tout le travail qui a été monté depuis plus de trois ans par notre asbl." La crainte de Paul-Henri Guilmin est d'autant plus grande qu'Entrakt vient de lancer un nouvel appel à projets sur les activités aujourd'hui exercées par Maison Fondée.

Élargir l'offre

"La relation de confiance est très compliquée", reconnait Dries Vanneste, le directeur d'Entrakt. Pointant des problèmes de communication, de gestion et d'efficacité qui "freinent le chiffre d'affaires des commerçants", Dries Vanneste précise sa pensée : "on n'a aucun problème avec les marchands individuellement. On a un souci avec la gestion de Maison Fondée qui est devenue une structure un peu inutile. La situation actuelle n'est pas viable. Les concerts, les apéros, c'est très bien, mais ça ne suffit pas et ça ne profite qu'à quelques personnes. (...) Dans ce projet, la commune nous a demandé d'assurer une bonne ambiance, d'augmenter l'offre et d'élargir les heures d'ouverture", martèle le directeur de la société Entrakt.

Contacté par nos soins, le bourgmestre de Schaerbeek maintient sa confiance en Entrakt et joue la carte de l'apaisement. "Maison Fondée a participé de la dynamique du développement du quartier, donc j'espère qu'ils seront dans le projet de développement du site et des ambitions nouvelles, déclare Bernard Clerfayt. Mais il faut qu'ils puissent s'insérer avec tous les autres partenaires dans un partage des responsabilités. C'est à Entrakt d'ordonner tout cela, c'est son job, dans le bien du quartier et le respect, je l'espère, des partenaires qui ont fait le succès du lieu."

Autre lieu, mêmes critiques

Paul-Henri Guilmin, lui, continue de taper sur le clou. "Cette société vient dans un endroit où des associations ont initié des projets. Elle dit qu'elle va s'occuper du bâtiment. Une fois installée, elle veut gérer toutes les activités à son profit et tirer un maximum d'argent du lieu. Nous avons appris par des intermédiaires que ce n'est pas une pratique unique."

Paul-Henri Guilmin fait ici allusion au Studio Citygate, un centre d'art anderlechtois dont le bâtiment est également géré par Entrakt. L'an dernier, trois associations quittaient volontairement le projet, non sans regret : "De par la faute d'Entrakt, tout l'aspect de plus-value sociétale, artistique et culturelle s'en est allé, pour faire place à un projet purement économique." Une impression confirmée par une source interne à Entrakt qui confie que "le soutien à l'économie circulaire dont se targue Entrakt, ce n'est que de la com'."

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