Schaerbeek: deux élèves de primaire exclus suite à des attouchements sexuels répétés sur d'autres enfants

Les faits ont été signalés au Service d'Aide à la Jeunesse.
Les faits ont été signalés au Service d'Aide à la Jeunesse. - © FILIP DE SMET - BELGA

C'est le choc dans une école fondamentale de la commune de Schaerbeek! Deux enfants de sixième primaire font l'objet d'une procédure d'exclusion par le conseil de classe. Celle-ci sera présentée et avalisée au collège des bourgmestre et échevins le 8 janvier prochain. Motif? Les deux garçons auraient procédé à des attouchements sexuels répétés sur d'autres enfants de sexe masculin de leur école (NDLR: la RTBF a décidé de ne pas la citer). Des enfants plus jeunes. L'échevin de l'Instruction publique, Michel De Herde (DéFI) confirme les faits. Ceux-ci s'étalent sur plusieurs semaines.

Comportement inapproprié

"Il ne s'agit pas de viols, mais d'attouchements fréquents et réguliers sur d'autres garçons, sans leur consentement", précise l'échevin. "Il s'agit là d'un comportement totalement inapproprié dans un contexte de sexualité naissante et d'une situation sociale et familiale compliquée."

Une enquête interne a été menée au sein de l'établissement. Plusieurs élèves et les victimes ont été interrogés par la direction, avec le concours du service PMS (Psycho-médico-social). Les parents des auteurs présumés des faits ont été convoqués. Au terme de l'enquête, il s'est avéré que, selon l'école, les charges étaient établies. Il a donc été décidé de procéder à l'exclusion des deux garçons.

"Cette décision d'exclusion a été prise pour ramener de la sérénité dans les classes et afin d'éviter d'aggraver le stress des victimes et de leurs parents. Notre premier rôle est de protéger les victimes." Comme le prévoit la procédure, une solution scolaire doit toutefois être proposée aux élèves sanctionnés. L'un d'eux retrouvera ainsi une école dès janvier, dans une autre commune de la Région bruxelloise. Pour l'autre enfant, la recherche est toujours est en cours.

Le PMS a également proposé un suivi psychologique aux parents des auteurs. 

Dossier transmis au Service d'aide à la Jeunesse

Si les parents des victimes ont finalement accepté de ne pas déposer plainte auprès la justice, la commune de Schaerbeek a signalé les faits auprès du SAJ (Service d'Aide à la Jeunesse). "L'un des deux enfants a déjà un dossier ouvert auprès du SPJ cette fois, le Service de Protection de la Jeunesse", précise l'échevin Michel De Herde. "Si les parents des victimes ont décidé de ne pas faire appel à la justice, c'est parce qu'elles ont estimé que l'école et la commune ont assuré un bon suivi du dossier et apporté une réponse à leurs inquiétudes."

Pour Georges Verzin, conseiller communal MR (opposition) et ancien échevin de l'Instruction, "ce type de phénomènes est délicat. Cela demande qu'on prenne des mesures appropriées. Pas seulement répressive pour que le phénomène s'arrête. Mais aussi pour accompagner les parents et la communauté éducative pour que ce genre de phénomènes se reproduisent le moins souvent possible". 

Des cas similaires en 2014 et 2015

Car il faut rappeler que ce n'est pas la première fois qu'une école schaerbeekoise est secouée par des faits de mœurs entre élèves. En 2014 et à nouveau en 2015, un écolier d'un autre autre établissement primaire se rend coupable d'attouchements sexuels sur des filles plus jeunes. Des faits qui déboucheront sur l'ouverture d'un dossier au parquet de Bruxelles. Dans ce cas-là, l'enfant n'a pas été exclu. "Il y a eu une collaboration de ses parents, un suivi psychologique a été mis en place, qui a fonctionné", rappelle l'échevin Michel De Herde. "L'enfant a poursuivi sa scolarité, a obtenu son CEB et est aujourd'hui en secondaire."

Mais pour Georges Verzin, "les enfants qui sont à la découverte de leur sexualité ont parfois tendance à développer des comportements qui ne sont pas adéquats et qui doivent être gérer de manière intelligente. Il faut que dans le cours d'éveil à l'éducation affective et sexuelle, il y ait un accompagnement des enseignants, dans leur formation et des enfants. J'ai le sentiment que cette partie n'est pas suffisamment prise en charge. Sinon ce genre de comportements risque de se répéter avec des problèmes de gestion, d'équilibre et de confiance des parents dans la communauté éducative. Nous avons eu un cas en 2014, un autre en 2015 et à nouveau en 2018. Et ce qu'il faut également, c'est ne pas imposer le secret et interdire la communication entre enseignants. Dans ce genre de situation, il faut appliquer le principe du secret professionnel partagé. Quand un phénomène se produit, il est indispensable que la direction de l'école et l'ensemble de la communauté éducative, enseignants, éducateurs et PMS prennent le problème à bras le corps et profitent de l'émoi suscité par la circonstance pour apporter des solutions globales et mettre en place des procédures pour renforcer les cours d'éveil de l'éducation sexuelle responsable."  

L'avis du pédopsychiatre

Michaël Simon, pédopsychiatre au CHR de Liège, des cas d'attouchements, entre enfants, ce n'est pas rare. "Ce sont des faits inquiétants. Dans le cas présent, ce qui m'interpelle, c'est qu'il s'agit de faits répétés et qu'il y a une différence d'âge entre les auteurs des attouchements et les victimes. En soi, qu'il y ait des attouchements entre enfants, du même âge, cela arrive souvent. Je travaille avec une équipe SOS Enfants qui dépend de l'ONE: ce sont des questions qui reviennent régulièrement, tous les deux mois en moyenne. Cela fait partie de la découverte du corps, cela arrive dans toutes institutions où il y a des enfants. Sans connaître les faits, le fait qu'ils soit répétés, c'est plus interpellant."

La sanction radicale prise par Schaerbeek, à savoir l'exclusion, elle, est plutôt rare. "La plupart du temps, les faits ne mènent pas à l'exclusion de l'enfant. Quand un fait isolé se produit, le PMS intervient, les parents sont prévenus, des services extérieurs sont alertés. Et cela suffit! Pour l'école concernée par les faits qui sont aujourd'hui rapportés, est-ce justifié? D'une part, pour l'école, le fait qu'on parle d'actes répétés doit être compliqué à gérer. Etait-ce tenable pour l'école? La question est là. Et puis, il faut aussi s'inquiéter des auteurs. Eux aussi n'ont-ils pas été soumis ou ont-ils eu accès à une sexualité adulte, d'une manière ou d'une autre? Les écoles vont donc avoir une attitude protectrice envers les victimes et les auteurs."

Les familles de victimes n'ont pas porté plainte. Pour le docteur Simon, les démarches judiciaires ne sont pas toujours nécessaires. "Il s'agit de jeunes enfants. C'est plus complexe. Une démarche judiciaire peut-elle apporter quelque chose? Quelles mesures un juge de la jeunesse peut-il prendre contre ces jeunes, à part les stigmatiser davantage? Pour de grands adolescents, c'est différent. Quand ils sont plus jeunes, il faut s'inquiéter sur les raisons qui ont poussé ces jeunes à avoir de tels actes? L'appui du Service d'aide à la Jeunesse peut donc être utile."