Sans le FDF, le MR restera-t-il le premier parti à Bruxelles ?

A Bruxelles, le prochain scrutin communal s'annonce particulièrement délicat pour le président du MR, Charles Michel.
A Bruxelles, le prochain scrutin communal s'annonce particulièrement délicat pour le président du MR, Charles Michel. - © Belga

Après 18 ans de cartel, la scission entre les libéraux et le FDF se profile. Le FDF a laissé entendre lundi qu’il votera l’éclatement suite à l’accord intervenu sur BHV. Une séparation qui risque d’avoir un impact lourd pour le MR dans la capitale. Car c'est précisément en Région bruxelloise et en périphérie que le FDF a la toute grande majorité de ses électeurs et de ses élus.

Le FDF a donc laissé entendre qu'il voterait le divorce ce dimanche. Il garde en travers de la gorge le soutien du parti libéral à l'accord sur BHV. 

A un an des élections communales, la question se pose : quelles conséquences aurait une telle séparation en Région bruxelloise? Dans la capitale, il y a actuellement neuf bourgmestres MR : quatre FDF et cinq libéraux. La question est donc plutôt de savoir qui sera réélu si les deux partis font listes séparées dans les communes?

Faire des pronostics est très risqué, parce qu'aux élections communales de nombreux électeurs votent pour une personne quels que soient les aléas de son parti. Une personne avec laquelle ils ont des affinités par exemple. Et c'est pareil pour les listes.

Les listes communales rassemblent souvent des personnes qui s'entendent bien, même si leurs partis sont notoirement brouillés. ''Au niveau communal, les sections locales sont beaucoup  plus libres d’agir dans la composition de leur liste et dès lors de s’allier avec des partis avec lesquels elles ne sont pas nécessairement alliées au préalable'', déclare Caroline Van Wijnsberghe. Et la politologue de l'UCL d’ajouter : ''Si la scission devait être confirmée, rien n’empêcherait de présenter des listes communes entre libéraux et FDF, si ce n’est peut-être des rancœurs personnelles ou des consignes de parti…''

Si le MR éclate, les jeux seront en tout cas plus ouverts lors du prochain scrutin communal. Libéraux et FDF pourront bien faire liste commune mais ce ne sera plus systématisé. On devrait voir apparaître des listes plus variées.

Le MR, toujours premier parti à Bruxelles ?

Les libéraux ont coutume de dire qu'ils sont la première formation politique en Région bruxelloise en termes de voix, devant les autres partis francophones. Si le divorce est prononcé, difficile de garder cette première place. ''Le MR revendique cette place de premier parti à Bruxelles'', rappelle Régis Dandoy (politologue à l'ULB), ''c’est grâce en partie à l’apport du FDF. Les libéraux, sans le FDF, risque de perdre cette place.'' La fin de l’alliance signifierait bien ''une remise en cause de toute la stratégie électorale et de pouvoir du MR ; au niveau des coalitions avec d’autres partis pour revenir au pouvoir dans la Région bruxelloise et tenter – le cas échéant – de s’y maintenir.''

''Je te soutiens mais à contrecœur et par discipline''

Il est bien entendu trop tôt pour évaluer concrètement les effets d’un tel divorce. Mais la perspective de séparation provoque déjà quelques tiraillements. Exemple : les trois bourgmestres non nommés de la périphérie bruxelloise. Leur sort est fixé par ce fameux accord sur BHV.

Ces trois bourgmestres MR sont, on s’en doute, insatisfaits de l’accord. Depuis cinq ans, ils font bloc avec des revendications communes, plus fermes. L'un des trois bourgmestres non nommés n'est cependant pas FDF, mais libéral. Il s'agit du bourgmestre de Wezembeek-Oppem, François van Hoobrouck. L’homme a dû ainsi choisir entre rester fidèle à son discours habituel et la fidélité à son parti. Il a tranché : ''J’ai envoyé un SMS à Charles Michel. Il fait cinq lignes : IMPOSSIBLE D’ETRE PRESENT AU CONSEIL DU MR. JE SOUTIENS TA POSITION SUR BHV A CONTRE-CŒUR ET PAR DISCIPLINE. VEUX-TU COMMUNIQUER MA POSITION A TON CONSEIL ? BIEN A TOI. C’est ce que j’ai envoyé.''

Une décision difficile à prendre, mais justifiée – estime François van Hoobrouck – par l’affaiblissement de la périphérie. ''Je la prends par discipline de parti. C’est la première fois de ma vie que je suis confronté à une décision aussi délicate où, contre mes opinions, je soutiens la ligne de mon parti. J’ai joué l’apaisement pour permettre un accord, car j’estime que le pays en a besoin. Aux élections communales, j’espère que tout le monde restera uni sur une liste unique.''

Si la scission entre libéraux et FDF se confirme, les cartes risquent bel et bien d'être complètement redistribuées sur l'échiquier bruxellois.

Jérémie Giltaire, Geoffroy Fabré, Myriam Baele

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